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Le « on » est un double « je »
Publié dans La Gazette du Maroc le 28 - 11 - 2005


Michy Mano
Michy Mano est ce que l'on pourrait appeler un être atypique. Artiste complet, à la fois DJ, compositeur de musique, acteur, homme de théâtre, parolier et producteur, c'est un petit bonhomme grand comme trois pommes qui vit à la vitesse du son. Aussi allumé qu'une torche folle, il égrène les jours à la recherche de qui il est. Entretien pas comme les autres, exclusif pour La Gazette du Maroc. Et cela se passe dans un bar.
La Gazette du Maroc : Que vous inspirent des endroits comme ce bar ?
Michy Mano : l'inspiration ne vient que d'elle-même. Elle ne peut venir que quand je ne suis pas captivé par la conscience collective des uns et des autres. J'ai souvent dit que pour être moi-même (d'ailleurs je ne parle que de Moi-même, et les gens me le font toujours remarqué), il me faut scruter qui je suis. La femme qui vit avec moi, m'a un soir dit que je passais toute la sainte journée à parler de moi-même. J'ai pris conscience alors d'une chose : de quoi pourrais-je donc parler, en dehors de moi-même ?
L. G. M. : As-tu trouvé une réponse à cette question ?
M. M. : Qu'est-ce qu'il y a en dehors de moi-même sinon ma propre conscience de ce qui se passe autour de moi ? Prenez cette lumière que diffuse la bougie sur la table. La lumière pour être lumière à besoin du noir pour la révéler. D'où vient la lumière alors ? Elle vient du noir. C'est exactement cela l'idée de la perception du rien et du tout. Et donc de ma conscience au monde.
L. G. M. : Et le monde est-il vide ou plein ?
M. M. : J'ai toujours entendu que l'on est tous différents et tous les mêmes. Curieux paradoxe : on est différents, mais on est les mêmes. Et prenez cette même phrase dans toutes les langues imaginables, il y a les mêmes prépositions. Nous sommes différents ET les mêmes ou alors différents MAIS les mêmes. Dans les deux cas, le clash est là. Pour ma part, je dis que nous sommes tellement différents, que nous sommes les mêmes. Autrement dit, c'est notre différence qui nous rend les mêmes et c'est la similarité qui nous distingue.
L. G. M. : Vous êtes connu pour détruire tout ce que vous construisez comme face à un Mandala, pourquoi cette volonté du néant ?
M. M. : Peut-être que c'est la peur d'achever quelque chose. Peut-être est-ce le besoin d'être en constante quête de ce qui ne finira pas. Achever peut-être une fin en soi, pour moi, j'ai des limites un peu au-delà des extrêmes. Oui, je crois que la peur y est pour beaucoup. D'ailleurs, pour moi, la vie est amorcée par deux émotions. Nous sommes toujours poussés à agir par amour ou par son opposé qui n'est pas la haine, mais la peur. Prenez la jalousie, comme sentiment. Pourquoi suis-je jaloux, parce que j'ai peur de celui qui peut me prendre ce que j'ai ou ce que je crois avoir, et pourquoi j'ai peur de perdre, parce que j'ai une autre peur enfouie et plus secrète qui va démasquer une troisième et ainsi de suite jusqu'à l'infini de la méconnaissance de soi.
L. G. M. : Et qu'est-ce qui vous fait peur, à vous ?
M. M. : Je n'ai peur que de moi-même. Et si je me mets à réfléchir, je vais peut-être mentir sur les raisons de ma peur. Mais je sais que c'est moi-même.
L. G. M. : C'est peut-être votre folie, votre sens de l'illimité, votre envie d'aller au-delà des barrières ?
M. M. : Peut-être parce que je sais qu'il y a un mince fil entre la folie et la raison et j'appréhende le moment de le franchir, mais d' un autre côté, je ne saurai jamais ce qu'est d'être sain si je ne vis pas la folie. Il y a une seule chose au monde que j'ignore réellement, c'est la vie. Et je le répète aujourd'hui, je ne saurai ce qu'est la vie, que lorsque je serai mort. C'est l'expérience de la négation qui révèle la vérité des choses et des êtres.
L. G. M. : Et l'amour et la peur, comment peut-on les vivre en même temps ?
M. M. : L'amour, on ne sait pas vraiment ce que c'est parce que chacun à sa définition de l'amour. Il y a six milliards de définitions pour ce sujet et aucune ne ressemble à l'autre. Par contre, on sait tous ce qu'est la peur. Pour moi, par nature, l'amour est mystérieux et la peur identifiable. Nous, les êtres humains, on a inversé les choses, on essaie d'identifier ce qui est mystérieux, et on mystifie l'identifiable.
L. G. M. : Vous n'êtes ni un révolté ni un révolutionnaire, mais un anticonformiste. Comment peut-on vivre en refusant tant de codes et de barèmes sociaux ?
M. M. : J'ai toujours eu des graines d'anticonformisme, même enfant. Puis avec le temps, je crois que j'ai dépassé tous les pronostics. Et quand on me parle de ma musique et de son originalité, là aussi je dis que ce n'est pas ma musique. La musique a toujours été là avant moi, avant nous tous, et elle sera là après nous tous. Je peux trébucher sur une mélodie, une petite note, mais dans le cœur, je sais que cette note a toujours été là, quelque part à traîner et j'en suis, pour le moment, un vecteur, une simple passerelle, un pont, pour vous atteindre. C'est pour cela que je ne peux pas dire que c'est à moi.
L. G. M. : Parlons un peu du provocateur que vous êtes.
M. M. : Oui, je suis provocateur. Mais ce n'est jamais dirigé vers les autres. Non, c'est moi que je veux provoquer d'abord. Et même quand je sors des albums comme The cool side of the pillow, c'est toujours en me poussant à bout que j'arrive à faire des choses. Toujours en cherchant en moi, les limites les plus insoupçonnées. Les gens pensent que je fais des choses pour eux, non, c'est pour moi que je fais tout. Et pour arriver à l'autre, il faut que je passe par cet ego, qu'est le moi.
Vous dîtes souvent après plus de quarante ans de vie, aujourd'hui c'est le premier jour du reste de ma vie. Cela a-t-il vraiment du sens, ou c'est une phrase pour faire joli ?
Cela veut dire qu'il n'est jamais trop tard. Pourquoi se soucier d'un pont qui se trouve à 200 km alors que je peux vivre et faire la distance qui m'en sépare avant d'y arriver. Une fois devant le pont, je peux me dire il est sûr ou il est cassé et dans le deux cas, j'aurai vécu tous les instants sans se projeter constamment dans le futur. Finalement le grand malheur de nous tous c'est que nous sommes toujours dans l'après, jamais dans le maintenant.


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