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«Les mémoires d'outre-tombe», version Bouabid
Publié dans La Gazette du Maroc le 23 - 01 - 2006


Abderrahim Bouabid et les «carnets de route»
La fondation Abderrahim Bouabid vient de rendre publics les mémoires du chef historique des socialistes marocains. Un événement qui ne fera pas que des heureux. Présentation.
Enfin, les premiers carnets de route de feu Abderrahim Bouabid voient le jour. Tant de fois démentie et autant de fois confirmée, l'existence de ces mémoires a nourri bien des esprits. Pourquoi maintenant, risque-t-on à se demander ? La réponse de la Fondation A.B. balaye tout amalgame : «Dans le contexte actuel de débats sur l'écriture de l'histoire récente du Maroc, il s'agit ici de reconnaître la relation étroite entre mémoire et histoire» sans céder, note l'avant-propos, à la confusion des genres.
Le thème du premier numéro, consacré à la période charnière 1960-1961, publié par la presse du parti, n'est pas du genre à passer inaperçu. C'est là un retour sur une période fondatrice dans la vie du royaume et sur l'évolution ou le blocage de son édification postérieure. Tantôt examen critique de la prise de décision, tantôt un portrait acerbe d'une époque fatidique, les mémos sont également une demande d'éclaircissement à l'histoire. En ce sens que «les événements politiques qui ont scandé la période 1960-61 constituent (…) un tournant décisif dans la vie politique marocaine et ont marqué la trajectoire d'Abderrahim Bouabid». Des évènements et des hommes, il y en a beaucoup. Du renvoi du gouvernement Abdellah Ibrahim, à la présidence du gouvernement lui ayant succédé, en passant par la disparition du roi Mohammed V et l'intronisation de feu Hassan II, Bouabid réinvestit les plus grands thèmes d'un début crucial du Maroc indépendant. A la fois réfléchi et provocateur, sobre et intelligent, allusif ou carrément franc, le style d'Abderrahim Bouabid ne fait pas de «petits arrangements» avec les vérités telles que conçues par l'auteur. Concernant le plus jeune signataire du manifeste de l'Indépendance et un leader charismatique du Parti de l'Istiqlal, puis de l'UNFP et l'USFP, «les vérités» posthumes de Si Abderrahim, comme l'appellent ses amis, ne feront pas que des heureux.
Les hommes d'abord
C'est à Ahmed Réda Guédira, Mahjoubi Aherdane et, curieusement, Allal El Fassi que A. Bouabid consacre des portraits en vitriol. Retraçant le parcours du premier, il en brosse le profil d'un «homme habile, intelligent, sans passé patriotique» qui est devenu “l'homme-clé de la nouvelle équipe” gouvernementale, après le renvoi de l'équipe Abdellah Ibrahim, et au sein de laquelle feu A. Bouabid se chargeait de l'économie ; ou encore, clin d'œil : «il était catalogué, par les dirigeants du mouvement national (…) parmi la «nouvelle jeunesse» sur laquelle comptait le protectorat». Celui qui n'était que «l'ombre» de Mohamed Rachid Mouline, «s'est retrouvé dans l'entourage du prince Moulay Hassan». Tout est dit ? Loin s'en faut. «Dans le climat d'allégresse de l'époque, j'étais loin, note A. Bouabid, de déceler chez cet homme ses aptitudes à l'intrigue sournoise, et surtout ses sentiments de hargne à l'égard des dirigeants du parti», (l'UNFP, NDLR). Sorti vainqueur du bras de fer, aussi éphémère qu'inégal, avec feu Mohamed Aouad, directeur général du cabinet de feu Mohammed V, feu A.R.G devient ainsi le nouveau maître du jeu.
Des détails croustillants, et non moins incisifs, on retient cette sentence à l'égard du grand nationaliste Allal Fassi. Et de quelle manière ! «Le trait marquant, et quelque peu affligeant, était de voir les dirigeants de l'Istiqlal abandonner toute attitude de simple dignité devant le nouveau maître de jeu qu'était Guédira». Enfonçant ses frères-ennemis d'antan, il ajoute : «Même Allal El Fassi, avec son passé, ses susceptibilités était contraint dans la presse de son parti de faire l'éloge de l'Intelligence politique» de Guédira. «Parfois, il attendait deux heures, dit-on, avant de pouvoir bénéficier d'un entretien » avec le nouveau maître de jeu.
Certains autres passages, où l'analyse politique est conjuguée au regard personnel, risquent fort bien de secouer des retrouvailles, encore en convalescence entre l'USFP et le PI. D'abord, le chef historique des socialistes reproche à l'Istiqlal le travail de “sape” qui a été l'œuvre du vieux parti nationaliste. «La bourgeoisie, se réclamant de l'Istiqlal, commente-t-il, était déchaînée contre les mesures mises en application sur les plans de l'Industrie, etc.». Plus, “L'Istiqlal était le fer de lance de cette action de sabotage” qui se soldera par le renvoi du gouvernement Abdallah Ibrahim.
On ne le voit que trop : les propos de A. B. sont largement marqués par le «contexte» de l'époque ; ce qui laisse entendre que la date d'une partie de ces écrits remonte aux années 60. D'où cette sentence, lors des premières élections locales, en mai 1960. L'Istiqlal, «partenaire de la coalition et partant de la manœuvre politique» avait plus de possibilité «grâce à ses caïds, chioukhs et moquadmines de présenter des candidatures avec l'approbation du ministre de l'Intérieur».
Là aussi, un détail. Cette fois, c'est M'hamed Douiri, actuellement membre du Conseil de la présidence du PI, qui en fera les frais : “M'hamed Douiri, dirigeant de l'Istiqlal et ministre des Finances, s'était présenté comme candidat” dans l'une des circonscriptions de Rabat du quartier Souissi. Son rival de l'UNFP n'était autre qu'un «modeste artisan charbonnier» du nom de Laouinat. “Le prince-président (Moulay Hassan, alors vice-président du gouvernement présidé par feu Mohammed V), ayant tenu, au cours de la campagne, en compagnie du candidat Douiri, à faire le tour de la circonscription, apportant ainsi son appui au ministre des Finances”.
Mahjoubi Aherdane, lui, est ouvertement critiqué par le chef socialiste. «C'est cet ancien officier de l'armée française, hier encore insignifiant, presque falot» qui a été choisi, selon Bouabid, afin de
«casser dès sa naissance une institution (la Chambre constitutionnelle) créée par Mohammed V». Aprés son retrait de ladite Chambre et donc sa mise au pas, Bouabid conclut que «l'ancien petit caïd d'Oulmès, hier sous le protectorat sans envergure et sans audace, disposait aujourd'hui de hautes protections». Dernier dard : «Les pantins ne gesticulent pas tous seuls».
Avec feu Hassan II
Le retour des mémoires sur les échanges entre feu Hassan II et l'auteur jette une lumière différente sur plusieurs dates et circonstances. Des dîners en tête-à-tête, des confidences ou des échanges directs, ressortent des éléments nouveaux, une « contextualisation » quasi inédite des grandes dates de ce Maroc nouvellement indépendant.
Ainsi en est-il de la «révélation» faite par le prince héritier, à l'homme qu'il qualifie de «mon ami», à propos de la présidence du Conseil du gouvernement. A la question : «Et le président du gouvernement ?», feu Hassan II avait répondu : «C'est le prince héritier, moi-même». Une option qui, allait être reconsidérée différemment par la suite. En attendant, Bouabid raconte : «Nous faisions quelques pas dans le jardin. Et au moment de prendre congé, il me dit ceci : «Tu ne me comprends pas, Abderrahim. Mais, en tant qu'ami, je vais te dire : tu ne vois en moi que le prince héritier. Or, je suis également un militant, un homme, comme toi. J'ai l'ambition de jouer un rôle dans la vie de mon pays. Tu sais, mon père est jeune encore. Je ne veux pas attendre de porter un «dentier» pour lui succéder… Voilà le fond de ma pensée».
Autres circonstances, autres détails. Etant à Paris, Bouabid est en compagnie de Mehdi Ben Barka quand la radio annonce la mort de Mohammed V. «Nous restions silencieux, figés. Puis Mehdi Ben Barka me demanda :
-Tu savais qu'il allait se faire opérer aujourd'hui ?
-Non», répondis-je.
La mort subite et inattendue du Souverain très populaire soulève également pour Bouabid moult questions et appréhensions. Ainsi, il soutient «qu'il s'agissait bien d'une opération bénigne, banale, pratiquée couramment. Le Monarque aurait pu s'en passer, car il ne souffrait pas au point que l'urgence s'imposait». S'ensuivent interrogations et inquiétudes. Et Bouabid de s'interroger : «Quelle sorte d'accident ? Le docteur anesthésiste, un Suisse, était venu spécialement pour la circonstance. Aucun contrôle n'avait été fait sur les produits utilisés, ni sur les doses. Il n'y avait pas de cardiologue parmi l'équipe de médecins et il avait fallu attendre plus d'une demi-heure, sinon plus, pour en trouver un, à Mohammédia». Trop tard, donc.
Les paragraphes sur la mort de feu Mohammed V, sur le débat à propos de la constituante, sur les «humeurs et heurs» de certains leaders, dont Mehdi Ben Barka ou encore Mahjoub Ben Seddiq sont, assurément, de nature à raviver le débat. Jusqu'alors, aucun des partis politiques ou syndicats n'a réagi. Abbas Fassi n'a pas hésité à juger «dangereuse» et «portant atteinte aux valeurs sacrées de la nation», lesdits mémoires, en précisant toutefois que son parti «se prononcera sur l'affaire mardi prochain», date de la réunion du Comité exécutif du parti. Affaire à suivre.


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