DEVANT LES TRIBUNAUX : CHAMBRE CORRECTIONNELLE Escroquerie, usurpation de fonction, faux et usage de faux. Ce sont les chefs d'inculpation qui ont pesé sur les onze dossiers d'un certain docteur en énergie nucléaire et chargé de mission spéciale au ministère de l'Intérieur. La 12ème affaire vient d'être traitée par la police judiciaire locale de Hay Mohammadi-Ain Sebâa de Casablanca. Une information arrive aux oreilles des éléments de la police judiciaire de Hay Mohammadi-Ain Sebâa faisant état d'un individu suspect, aux comportements douteux. Pourtant, cet individu-là est d'allure très respectable. Il ne porte que des habits signés et loge dans les hôtels du centre de la métropole. L'informateur, l'ayant vu draguer une jeune fille, a douté de ses agissements surtout lorsqu'il a vu la fille en question payer et donner même de l'argent au mis en cause. Une fois les éléments de la police judiciaire sur place, les gérants et responsables de l'hôtel n'en croyaient pas leurs oreilles. Dr. Yassine est pour eux un type respectable et très influent. Il est pour eux officier de police des services secrets et chargé de mission au ministère de l'Intérieur. La photocopie de sa carte d'identité nationale mentionne qu'il est cadre administratif. A son arrivée à l'hôtel, Yassine tombe entre les mains de la police qui commence avec lui un interrogatoire musclé. Les employés de l'hôtel n'en revenaient pas, eux qui se mettaient en position de garde-à-vous à chaque fois que Yassine entrait ou sortait de leur établissement. Une perquisition dans la chambre qu'il occupait mettra les enquêteurs sur plusieurs autres affaires d'escroquerie. Ils trouveront des cartes d'identité, des copies de diplômes et de certificats, des numéros de téléphone et la copie d'un article de presse publié dans un hebdomadaire en langue arabe à grande diffusion. L'article en question portait comme titre : “Un ex-responsable de l'Intérieur subit des menaces et ses agresseurs lui proposent 6 MDH pour récupérer des dossiers secrets du ministère”. L'article sort et notre Yassine adresse une lettre au Premier ministre de l'époque, Abderrahmane Youssoufi, dans laquelle il invente des scènes et des faits desquels il prétend avoir été victime. L'affaire a été confiée à la Brigade nationale de la police judiciaire (B.N.P.J), qui, après enquête, a dévoilé la vérité : Yassine, le docteur en énergie nucléaire, l'officier des services secrets, n'était en fait qu'un bachelier en Sciences mathématiques et un escroc notoire. Onze condamnations remplissaient son palmarès. Yassine purge une peine de 2 ans et 8 mois de prison ferme et ressort pour poursuivre son processus. Pour s'attribuer le grade de cadre administratif, Yassine a contacté un ex-cadre des P.T.T à qui il a promis d'inscrire sa fille à l'Université Al Akhawayne. Le père constitue le dossier demandé par Yassine et lui joint la somme de 20.000 DH. Il lui prête même sa voiture personnelle. Yassine faisait croire à ses victimes que sa mission spéciale ne lui permettait pas d'être reconnu par le commun des mortels. Sur la photocopie de la C.I.N du père, il appose son nom, prénom, son pseudo et sa date de naissance pour garder la fonction et l'adresse sur Rabat. D'inscription à l'université, le père ne vit que du vent. Quant à la fonction d'officier de police, Yassine met la main sur un ex-policier à la retraite. Il l'embobine en lui miroitant un agrément de taxi : “Il est inconcevable que tu ne vives que de ta pension, après toutes ces années de bons et loyaux services, lui fait-il croire. Je te débrouillerai un agrément”, lui dit-il. Yassine prend la carte du retraité et y appose son nom et sa photo. A Fès, Yassine rencontre la veuve d'un ancien résistant décédé. Il lui fait le même coup. Toujours dans la même ville, il rencontre un tailleur d'habits traditionnels. Il lui propose d'inscrire sa fille à l'Académie militaire moyennant de l'argent. Le père verse la somme demandée et Yassine s'évapore. Seuls les documents ont été retrouvés dans la chambre d'hôtel. A Témara, Yassine rencontre un marchand de CD, un jeune licencié à qui il promet une fonction à la commune de Témara. Côté femmes, Yassine rencontre une certaine Aïcha grâce aux annonces matrimoniales parues dans Al Ahdat Al Maghribia. Il prend son téléphone et tâte le terrain. Lorsqu'il se rend compte qu'elle était fauchée, il la laisse tomber pour appeler une certaine Amina, licenciée et titulaire de plusieurs diplômes et certificats en informatique. Il lui promet un emploi à l'ODEP. Yassine, ne ratant rien ni personne, a escroqué aussi une femme grièvement malade. Il lui a promis de la faire admettre à l'hôpital militaire de Rabat, contre une somme d'argent. L'enquête de la police judiciaire a révélé que Dr. Yassine a usé de l'usurpation des fonctions citées pour soutirer autorisations et autres faveurs de la part de grands responsables au niveau des différentes préfectures et provinces du royaume. Il a été déféré devant le tribunal de première instance de Casablanca pour escroquerie, faux et usage de faux, usurpation de fonction et récidive.