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L'intégrisme d'Etat
Publié dans Lakome le 13 - 06 - 2013

Le discours officiel tente de montrer que le contenu fondamentaliste et extrémiste de certaines fatwas qui sont émises ici et là, est indépendant de la volonté de l'Etat et que ce dernier n'a aucune responsabilité dans l'élaboration de ce contenu. Par conséquent, L'Etat ne saurait être tenu pour responsable ni de son émergence, ni de sa propagation et encore moins de son adoption.
Ce discours essaie de nous convaincre que l'Etat a tranché une fois pour toutes son choix en faveur de la modernité, et qu'il a mis en place tout un arsenal de solutions et d'outils pour contenir l'intégrisme incarné par certaines fatwas, en se basant sur les fondamentaux du projet de société «moderniste et démocratique», et que l'Etat, par le recours à la nationalisation, la marocanisation et la régulation du domaine des fatwas en le plaçant sous la présidence du Commandeur des croyants, a accompli son devoir et prouvé qu'il était pour la modernité, l'ouverture, la modération et de progrès. Ainsi, l'Etat lui-même serait victime des émetteurs de ces fatwas fondamentalistes.
Cependant, le cas de la fatwa récemment publiée par l'instance scientifique chargée de l'émission de fatwas religieuses officielles (dépendant du Conseil Supérieur des Ouléma), nous met directement en face d'un choix sans équivoque de la pensée fondamentaliste lorsqu'elle affirme que l'apostat doit être exécuté. Depuis longtemps, le droit musulman a développé deux approches pour traiter du cas de l'apostat, notre honorable instance a choisi l'approche fondamentaliste rigoriste.
Le Ministre des Habous et des Affaires islamiques a tenté d'édulcorer cette fatwa en affirmant qu'il s'agissait juste d'une opinion, et qu'il revenait au Commandeur des croyants de décider l'application ou non de la fatwa, et que les oulémas ont estimé de leur responsabilité de la « maintenir en réserve », tout en étant conscients qu'en fin de compte ce sont les tribunaux qui prononcent les sentences conformément à la loi, et que toute disposition légale ne peut être changée que par une nouvelle loi, et que le dépositaire du pouvoir suprême a la faculté d'évaluer selon le contexte, si oui ou non l'apostasie constitue réellement une menace pour la nation.
Mais le problème posé par une telle fatwa ne se rapporte pas nécessairement à la crainte de son application officielle ou non dans le pays, beaucoup d'émetteurs de fatwas sachant pertinemment qu'elles ne seront jamais appliquées et qu'elles n'ont pas été émises pour être appliquées. Le problème concerne plutôt la nature de la mentalité qui a produit cette fatwa et qui se permet de l'adopter, apportant ainsi la preuve concrète que l'institution officielle en charge de la défense d'un islam modéré, s'oppose ouvertement à cette modération. Le Ministre des Habous a tenté de justifier la publication de la fatwa, et l'a considérée comme juste une "fatwa de secours" qui ne serait pas mise en œuvre dans les circonstances normales, et que c'est le Commandeur des croyants qui évalue les circonstances et l'éventuel contexte cité plus haut.
Cette justification est en fait destinée à satisfaire tous les protagonistes et toutes les écoles de pensées, même les plus contradictoires. Certains auteurs ont considéré que cette fatwa est une simple erreur dans laquelle serait tombée l'instance scientifique, mais si la même fatwa avait été émise par des islamistes, elle aurait vite été taxée de terrorisme intellectuel. Les mêmes auteurs n'ont pas soulevé la crainte que des individus, sous l'influence de la fatwa, portent atteinte à la vie ou à la sécurité de celui qu'ils considèrent comme apostat sous prétexte que l'Etat manque à son devoir.
Si l'institution étatique, censée adopter une approche modérée, juge qu'il faut exécuter une personne qui choisit de changer de religion, que reste-il à l'approche extrémiste !? Il est vraiment triste que le monde nous regarde en train d'adopter officiellement une fatwa qui comprend le meurtre d'un musulman qui change de religion, alors que nous crions à la face du monde que nous combattons l'extrémisme et défendons les valeurs de tolérance, de «modération» et les droits de l'homme tels qu'ils sont universellement reconnus !
Dans beaucoup de cas, nous sommes en présence de multiples efforts théologiques et de multiples interprétations du même texte religieux mais la mentalité intégriste choisit l'interprétation qui sert ses intérêts, convient à ses désirs et correspond à sa paresse cérébrale et son arriération intellectuelle. C'est le problème de cette mentalité et non pas le problème de l'islam. Les fondamentalistes ignorent des interprétations potentielles ou existantes, qui ne manquent pas de raison d'être logiques, et ne heurtent pas non plus la charia, mais ils préfèrent toujours les explications qui se conforment à leur prédispositions psychologiques.
Dans le cas d'apostasie, certains se sont appuyés sur le hadith suivant : « Quiconque change sa religion, tuez-le ». Mais, il y a une autre opinion qui rappelle qu'il y a des doutes qui planent sur l'authenticité de ce hadith, que le Coran n'approuve pas. Il est donc plus raisonnable de s'en tenir à la règle générale établie par le Coran (Sourate de la Génisse verset 256) : «Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s'est distingué de l'égarement.»
Dans le cas de femmes battues, il y a un avis qui se base sur les versets de la Sourate des Femmes : « Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d'elles dans leurs lits et frappez-les » pour décréter que le mari est autorisé à frapper sa femme d'une façon non sévère, tandis qu'un autre avis s'est basé sur l'attitude du Prophète (paix soit sur lui) qui, durant toute sa vie, répugnait à ce qu'une femme soit battue et n'a jamais frappé une femme lui-même, car il n'a jamais frappé personne, hormis lors de sa participation aux guerres. Sans oublier que dans le texte coranique, le mot frapper peut prendre le sens de l'ironie, du voyage et aussi de l'acte de quitter. Selon cette vision, il n'est pas licite de frapper sa femme, le mari étant tout au plus autorisé à s'éloigner du domicile conjugal s'il en ressent trop de contrariétés.
Dans le cas de la question de l'obligation de présence d'un tuteur pour le mariage, il y a une position fondée sur le hadith où il est dit: «Il n'y a pas de mariage sans tuteur » pour en déduire l'obligation d'un tuteur pour conclure le contrat de mariage, mais le rite hanafite estime que ce n'est pas obligatoire, en se basant sur ce verset du coran: (La Génisse, 232) «Et quand vous divorcez d'avec vos épouses, et que leur délai expire, alors ne les empêchez pas de renouer avec leurs époux, s'ils s'agréent l'un l'autre, et conformément à la bienséance ». La liste des exemples est longue ...
Si l'Etat a choisi dans le cas de l''apostasie, à travers l'une de ses institutions sensibles, l'approche de l'intégrisme religieux (adopté par les islamistes extrémistes pour décréter entre autres le droit du mari à battre sa femme et l'obligation du tuteur dans le mariage), c'est qu'il estime nécessaire d'utiliser cette approche dans au moins deux cas : le premier consiste à l'utiliser dans la défense du passé, du statuquo et justifier ainsi la pérennité de son modèle autoritaire du pouvoir qui s'accorde plein de privilèges, le second est l'instrumentalisation de cette approche pour ses surenchères avec les mouvements islamistes.
Pour le premier cas, on peut se référer ici à :
- La «fatwa» du ministre des Habous jugeant que le pacte d'allégeance est un contrat spirituel et politique, entre le peuple et le roi, bien qu'il soit connu que le seul contrat politique qui lie un peuple à ses gouvernants dans un Etat moderne est la Constitution, que cette dernière est censée remplacer l'allégeance et que le pouvoir constituant est à l'origine des autres pouvoirs et qu'il s'exprime par référendum ;
- La «fatwa» qui veut que le parasol placé au dessus de la tête du roi, lors de la cérémonie d'allégeance, illustre l'arbre sous lequel a eu lieu l'allégeance envers le Prophète (Paix et salut sur lui);
- La «fatwa» en vertu de laquelle le célèbre sermon du vendredi au cours de la campagne pour le référendum constitutionnel avait décrété que le devoir d'obéissance au souverain, auquel est soumis chaque musulman, lui dicte de voter « oui », alors que les concepts de référendum et d'obéissance ne peuvent pas cohabiter ensemble, car le vote est construit, théoriquement, sur une réflexion, voir une méditation, relative au contenu global de la constitution, qui aboutit à l'élaboration d'une opinion. En conséquence, tout engagement préalable d'approbation fait perdre à la notion de référendum tout son sens;
- La «fatwa» en vertu de laquelle la liberté de croyance a été supprimée du texte de la Constitution, après avoir figuré dans le projet présenté par l'ensemble de la commission nommée par le roi ;
- La «fatwa», en vertu de laquelle on persécute des citoyens marocains musulmans pour le seul motif qu'ils auraient adopté le chiisme ;
- La «fatwa» qui empêche l'enseignement du persan, dans la cadre de la lutte contre le chiisme ;
- La «fatwa» en vertu de laquelle des gendarmes ont trainé un professeur à leur brigade, en se basant sur une plainte l'accusant d'athéisme, ...etc.
Le second cas concerne la surenchère avec les mouvements islamistes. Chaque fois que l'Etat s'aperçoit que ces derniers gagnent en popularité au nom de la défense de l'Islam, il se met à son tour à élever la barre et à combattre ses adversaires avec les mêmes armes. Nous assistons à une course entre l'Etat et les mouvements islamistes, chaque camp s'évertuant à prouver qu'il est plus musulman que l'autre. L'Etat sent aujourd'hui qu'il doit apporter tous les jours la preuve de son islamité en livrant plusieurs batailles au nom de la protection de la paix spirituelle des Marocains (escalade verbale contre une grande partie des défenseurs des libertés individuelles, création de plusieurs mécanismes et institutions religieuses, expulsion des étrangers qui auraient pratiqué le prosélytisme, renforcement de l'orientation religieuse traditionnelle dans l'enseignement et dans les médias...), mais sans compromettre les activités et les événements qui servent la réputation d'ouverture (soutien à quelques festivals, à certaines productions de cinéma, aux échanges touristiques et aux conférences internationales...).
L'Etat marocain a ainsi deux visages: l'un «fondamentaliste» et l'autre «moderniste». Cela semble contradictoire, du point de vue du simple raisonnement logique, mais l'Etat considère que c'est une complémentarité nécessaire.
Pour cela, l'Etat opère à partir d'un pari stratégique qui lui dicte de chercher à conclure un pacte avec les modernistes - ou la majorité d'entre eux - contre les islamistes et contre un type particulier d'extrémisme, et défendre certains aspects de la modernité économique et sociale, et en même temps chercher à conclure un autre pacte avec les islamistes - ou partie d'entre eux du moins - pour renforcer son échafaudage interne fondamentaliste, tout en récoltant le bénéfice politique de l'intégrisme, ce qui sape les idées de progrès et le caractère Civil de l'Etat.
L'Etat propose donc une alliance avec un protagoniste, pour défendre un pan de la modernité, et une alliance avec un autre protagoniste, contre l'autre pan de la modernité. La Constitution de 2011 a révélé ce projet d'alliance duale, où l'Etat s'arrange pour être gagnant sur les deux tableaux.
Par Mohamed Sassi
Traduction de l'arabe : Ahmed Benseddik


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