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Majorité gouvernementale : que cherche encore le PJD ?
Publié dans La Vie éco le 19 - 02 - 2018

Le PJD, du moins un clan du parti, continue de jouer sur les deux bords. Ayant frôlé la crise, les membres de la majorité se décident, si tout va bien, à signer enfin la charte de la majorité. Le gouvernement, imperturbable, ne veut pas se laisser distraire.
C'est un véritable test de solidité et de solidarité auquel la majorité gouvernementale a été soumise ces deux dernières semaines. Les récentes déclarations de l'ancien secrétaire général du PJD, dans lesquelles il s'en est pris, de manière virulente, aux deux partis membres de la majorité sont le point culminant d'un malaise qui a duré, en réalité, depuis plusieurs mois. Il faut dire que le parti islamiste a annoncé la couleur depuis le début. Le «soutien conditionnel» du parti, promis au gouvernement, annonçait en réalité une politique à deux visages, un pied dans la majorité et un autre dans l'opposition. Une politique qui lui a si bien réussi, aux dépens des intérêts du pays, bien sûr, pendant le dernier mandat et qui lui a rapporté ses 125 sièges et la possibilité d'être reconduit à la tête de la majorité gouvernementale. Mais, cette fois, le risque est énorme. Les conséquences d'une telle politique n'ont pas tardé à poindre aussi bien au niveau du Parlement que dans les rapports entre l'institution législative et l'Exécutif. Cela d'autant qu'il s'agit d'un jeu aussi dangereux que contre-productif. Ainsi, note cet analyste politique, le groupe parlementaire du PJD à la première Chambre a présenté des amendements, qu'il a soutenus mordicus, au projet de loi relatif au transfert des attributions du ministère public au parquet général près la Cour de cassation, adopté en juillet 2017, avant de finir par les retirer. Le même groupe a déposé, fin mai 2017, un amendement du projet de Loi de finances selon lequel il veut prémunir les communes contre les jugements à caractère financier des tribunaux, le fameux article 8 bis, avec toute la polémique qui s'en est suivie et il s'est résigné finalement à le retirer. Il en fait de même plus récemment, lors des débats du projet de loi organique relatif à la réorganisation du CNDH (www.lavieeco.com). En parallèle, les députés PJD qui ciblaient naguère les ministres RNI et, accessoirement USFP et des responsables du département de l'intérieur, ont commencé à s'attaquer à leurs propres ministres. Le ministre d'Etat chargé des droits de l'Homme, Mustapha Ramid, en a fait l'expérience. Ce dernier qui a mené, avec d'autres dirigeants, une offensive contre le troisième mandat de Benkirane semble le payer aujourd'hui. Il a dû affronter au moins à deux reprises, en quelques mois, les députés de son parti une fois au moment du débat du budget sectoriel du département des droits de l'Homme et une autre à l'occasion justement des débats du projet de loi organique relatif au CNDH.
Attaques en série
Un autre ministre, cette fois le socialiste Mohamed Benabdelkader, chargé de la réforme de l'Administration publique, a été également pris à partie par les élus du PJD lors de l'examen, en deuxième lecture, du projet de loi relatif au droit d'accès à l'information. Rappelons que tous ces deux textes, y compris le dernier PLF, également très critiqué par le PJD, ont été élaborés par la majorité, conduite justement par le parti islamiste, validés en conseil de gouvernement dirigé par le même parti. Or, les élus du PJD, comme ceux des autres partis de la coalition gouvernementale, sont censés les soutenir et les voter au Parlement. C'est, du moins, ce qu'exige la logique démocratique. Même en dehors du Parlement, les membres du gouvernement n'échappent pas à la vindicte des militants du parti islamiste. Ils a suffi, en ce sens, que le ministre de la jeunesse et des sports, Rachid Talbi Alami, exprime son opinion sur les pratiques de certaines associations, pendant les colonies de vacances, en faisant veiller très tard des enfants pour écouter des chants ou en les faisant lever très tôt ou encore en les exposant au soleil de midi pour la prière pour qu'il s'attire la vindicte des membres de ce parti et de sa matrice, le MUR. Il n'en fallait pas plus, d'ailleurs, pour que les fameuses «brigades électroniques» reprennent, de nouveau, du service. Ses collègues, le ministre de l'économie et des finances, Mohamed Bousaid, notamment à cause de la hausse des droits de douane sur les produits de textile turcs, et Mohamed Aujjar de la Justice, entre autres, ont également à un moment ou un autre été la cible des élus et autres membres de ce parti. Pour des raisons que personne n'ignore, le RNI est particulièrement ciblé avec l'USFP par les attaques des pro-Benkirane au PJD. Des attaques qui ne risquent d'ailleurs pas de prendre fin de sitôt et cette fois pour des considérations internes du parti. Car il semble que charger les autres est la seule tactique que le parti ait trouvée pour survivre à ses propres crises. C'est que même en interne le PJD bouillonne. Dans les coulisses, certains dirigeants du parti exigent que le secrétariat général sorte de son mutisme et renie officiellement les déclarations de Benkirane. Plus hostiles que jamais, les pro-Benkirane montent au créneau. Certains s'inquiètent face aux «dysfonctionnements des institutions», d'autres exigent que le parti soutienne ouvertement son ancien secrétaire général, d'autres encore, d'un tempérament plus radical, vont jusqu'à appeler à la dissolution du Parlement et l'organisation des élections anticipées !
Pour plus de discipline partisane
Face à cette situation et les risques qu'elle suppose, les partis de la majorité ont décidé de mettre les bouchées doubles pour consolider et «sécuriser» leur alliance contre les tentatives de perturbation du PJD, ou pour plus de précision, un clan de ce parti. Les premiers signes émanent de la direction même de ce parti. Ainsi, l'enregistrement vidéo de l'intervention de Benkirane devant la jeunesse, samedi 3 février, a subitement disparu du site officiel du parti. Le parti est-il en train de prendre ses distances vis-à-vis de son ancien secrétaire général et ses sorties ? Il est encore tôt pour trancher. Cela dit, le secrétariat général qui ne s'est pas réuni pendant plus de deux semaines a tenu une réunion en catastrophe, dimanche, avec un seul point à l'ordre du jour.
Il s'agit du retrait, ou du moins, le gel jusqu'à la prochaine session du printemps de la proposition de loi portant sur la liquidation du régime de retraite des députés présentée par son groupe parlementaire. Ce texte étant, rappelons-le, l'un des points de discorde, avec les propositions de lois relatives au cumul des mandats électifs et des indemnités liées à ces mandats, entre différentes composantes de la majorité (www.lavieeco.com). Une entreprise somme toute délicate, surtout après que l'ancien patron du parti s'est déclaré contre le principe de la retraite des parlementaires. Ce qui est considéré comme un signe d'encouragement aux députés du PJD, principalement le clan qui lui est resté fidèle, pour maintenir leur proposition. Bref, le PJD est également attendu sur un autre point, à savoir un communiqué du secrétariat général pour se désolidariser des propos incriminés de son ancien patron. En parallèle, le comité chargé de finaliser la charte de la majorité devrait avoir finalisé son travail pour que le texte soit prêt pour signature jeudi 15 février, «si tout se déroule comme prévu», nous affirme une source proche du dossier. Cet acte qui devait intervenir au lendemain de la nomination du gouvernement a été retardé parce que le secrétaire général d'alors du PJD refusait de le parapher. L'évolution de la situation a donné raison aux autres membres de patienter quelque temps avant de procéder à sa signature, si bien que le texte a été amélioré depuis.
En plus des principes fondamentaux contenus dans la précédente charte, la mouture finale de l'actuel texte, insiste, expliquent nos sources, sur la discipline et la soumission des partis membres aux décisions de la majorité. De même, le nouveau texte interdit aux dirigeants élus et autres responsables des formations de la majorité de s'attaquer aux autres partis membres et à leurs dirigeants. En outre, le texte propose de régler les différends entre les membres devant les instances de la majorité dont les réunions devraient être plus régulières. Outre la coordination, déjà existante, entre les membres du gouvernement, le projet de la charte de la majorité impose également une concertation entre les groupes parlementaires. En ce sens, il a prévu de mettre en place un comité de coordination entre les groupes pour discuter d'une attitude collective à adopter face aux projets et aux propositions de loi. Pendant ce temps, El Othmani tente de montrer la voie. Ceux qui auront suivi ses déplacements en régions, l'auront noté. Il parle et agit en tant que chef de gouvernement et quand il annonce des projets, il le fait au nom du gouvernement. Difficile de ne pas faire le lien avec son prédécesseur qui tirait profit de chaque déplacement pour s'offrir une tribune pour sa propre promotion et celle de sa formation.
[tabs][tab title ="Gouvernement : histoire d'un malentendu"]Tout le monde l'a remarqué, la réunion du conseil du gouvernement du jeudi 8 février a été la plus courte. Certains ministres RNI et USFP n'y ont, en effet, pas assisté. Contexte oblige, des scénarios ont vite été montés, parlant tantôt de boycott, tantôt de tentative de faire pression sur El Othmani. En réalité, il n'en est rien. Les ministres absents étaient tout simplement en mission. Et ce cas de figure est bien prévu par la loi organique relative au fonctionnement du gouvernement. Et de l'avis du propre chef du gouvernement, si boycott il y avait, ce qui est loin d'être le cas, les deux partis auraient assumé leur décision. Or, aucune des instances dirigeantes des deux formations n'a sorti un communiqué en ce sens. Cela d'autant que le RNI pris dans le processus de consolidation de ses propres institutions a toujours fait preuve de respect des institutions constitutionnelles. Bref, deux jours plus tard, le scénario du boycott a de nouveau été mis sur la table. Certes, les ministres RNI n'ont pas non plus fait le déplacement à Oujda avec le chef du gouvernement lors de sa visite régionale dans l'Oriental, mais ce n'est nullement avec une finalité politique. Le chef du gouvernement a d'ailleurs été mis au courant de la situation. Les ministres RNI s'étaient, en effet, rendus avec la direction du parti à Laâyoune dans le cadre d'un agenda interne fixé il y a plusieurs mois. Le parti de la Colombe a en effet tenu ses deux congrès régionaux de la région de Laâyoune-Sakia El Hamra et Béni Mellal-Khouribga au cours du week-end dernier. Rappelons que l'idée d'un déplacement ministériel régulier dans les régions en fin de semaine émane justement du RNI. Son président s'était engagé, au moment des négociations de formation du gouvernement, que les ministres de son parti allaient faire beaucoup de terrain, en se rendant régulièrement dans les régions à l'écoute des attentes des citoyens.[/tab][/tabs]


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