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Arganier: Un plan de bataille pour le nouveau pétrole vert
Publié dans L'Economiste le 30 - 12 - 2015


Belles perspectives d'avenir pour
l'arganier qui représente aujourd'hui un fort potentiel pour le commerce extérieur. Un des marchés internationaux les plus friands du produit de l'arganier, reste la France du fait de sa proximité géographique. Le volume des exportations vers cette destination avoisine les 1.000 tonnes/an.
La France n'est pas le seul pays qui affectionne l'huile d'argan. L'Allemagne, les USA, l'Italie, la Pologne et l'Angleterre sont aussi de grands clients du Maroc. Actuellement, le chiffre d'affaires généré par ce produit du terroir est de 600 millions DH, pour une production annuelle d'huile de 4.000 tonnes. Des performances qui génèrent la création de 6.800.000 journées de travail par an, selon les chiffres avancés par l'Agence de développement des zones oasiennes et de l'arganier (Andzoa). Cet arbre endémique, appelé aussi Argania Spinoza, justifie ainsi son appellation de patrimoine porteur de richesse.
La volonté du ministère de l'Agriculture et de la pêche maritime (MAPM) est de réaliser, à l'horizon 2020, une production de 10.000 tonnes par an, avec 30.000.000 journées de travail annuelles. Pour des retombées économiques de 1,5 milliard DH. C'est dans cette perspective que le contrat programme de développement de la filière de l'arganier est convenu entre l'ensemble des parties prenantes qui s'accordent, durant la période 2011/2020, à préserver et développer l'arganeraie selon une gouvernance novatrice basée sur les principes de l'intégration, de partenariat et de la contractualisation. L'optique étant d'intervenir tous et en même temps de manière intégrée sur le même territoire. La mise en œuvre de ce contrat programme a été entamée, par l'Andzoa en collaboration étroite avec le HCEFLCD, l'INRA, les DRA, la Fimargane et la Fédération nationale des ayants droit usagers de l'arganeraie, par un ensemble d'actions intégrées visant la mise à niveau de la filière de l'arganier. Les réalisations ont concerné des actions d'appui à la recherche scientifique dont l'une des perspectives est l'émergence d'un pôle de compétences en recherche et développement intégré dédié à l'arganier. C'est dans ce sens que le Congrès International de l'arganier est organisé. D'autre part une initiative d'encouragement de la recherche a été mise en place à travers un «Prix jeunes chercheurs sur l'arganier» qui récompense trois thèses et une «Bourse jeunes chercheurs» qui a appuyé 8 doctorants inscrits dans 6 institutions universitaires nationales de formation et de recherche.
Depuis le lancement du contrat programme, une dynamique partenariale entre les différents acteurs institutionnels, MAPM, HCEFLCD, l'ANDZOA et les représentants des Usagers ayant droit de l'arganeraie (FNADUA), est mise en place. Cette nouvelle approche basée sur la concertation et la participation dans l'élaboration des programmes a permis de porter les efforts de réhabilitation de l'arganeraie à près de 12.000 ha en 2015. Aussi, un fort intérêt pour l'arganiculture est enregistré avec un portefeuille projets de près de 3.000 ha mobilisés à partir de 2015, dont 2.500 ha d'arganiculture solidaire du pilier II et 455 ha du pilier I du Plan Maroc Vert (PMV).
Le lancement de ce programme a été donné à l'occasion de la version 2015 du Congrès international de l'arganier. Et ce, par l'inauguration de la première plantation moderne de l'arganier agricole sur 600 ha au niveau de la province de Tiznit dont 200 ha à la Commune rurale d'Arbea Resmouka à Tiznit.
Un levier économique
L'espace de l'arganeraie où vit une population majoritairement rurale évaluée à près de 3,5 millions d'habitants, joue un rôle socio-économique et environnemental important grâce notamment aux usages multiples de l'ensemble des parties de cet arbre précieux.
Les statistiques récentes sur les prix montrent une augmentation au niveau national enregistrée entre 2012 et 2014 par rapport à la période 2010/2012. En 2015, le prix sur le marché a atteint 300 DH le litre d'argan
La population locale en tire, en effet, de nombreux avantages à travers des activités agro-sylvopastorales, avec notamment, exploitation du bois, des fruits et des sous-produits. Toutefois, l'arganeraie est soumise à une dégradation accentuée à cause de l'installation de cultures intensives consommatrices d'eau, de l'urbanisation et de la surexploitation des ressources fourragères de la forêt. Donc, le souci aujourd'hui est d'en assurer la pérennité et la valorisation. «La protection et la gestion rationnelle de l'arganeraie dans le cadre d'une stratégie de développement intégré restent les seuls garants pour en assurer la durabilité», explique Brahim Hafidi, président de la région Souss Massa. «Tous les efforts convergent vers une contribution effective dans l'économie locale», a-t-il ajouté. Ainsi, l'objectif est de gérer et conserver le système économique et écologique «Arganeraie», tout en développant l'économie de la région. Pour ce faire, il a été décidé de lui conférer un statut lui permettant d'atteindre cet objectif. Ce statut est celui de la Réserve de biosphère de l'arganeraie (RBA) qui lui a été conféré en 1998 par l'Unesco. De ce fait, la RBA bénéficie d'unpe protection juridique. Elle est le théâtre de la mise en application de concepts modèles pour la protection, l'entretien et le développement de ces zones. Et ce, en collaboration avec les populations qui vivent sur ces lieux et les gèrent économiquement.
Dans ce sens, il faut noter que, en préservant la biodiversité, le bien-être économique des habitants locaux, en particulier celui des femmes, est amélioré. «La RBA se caractérise par une diversité naturelle et culturelle riche, Plaine de Souss, Anti-Atlas, Haut Atlas, plateaux de Haha», explique Abderrahman Ait Lhaj, Chef du département d'appui à la recherche à l'Andzoa. «Ce zonage a favorisé la représentativité de tous les milieux naturels et les valeurs culturelles qui leur sont associées», a-t-il ajouté. Ainsi, on distingue 18 aires centrales (zones A), 13 zones tampons (zone B) et 14 zones de transition (zones de développement ou zones C). Ces zones sont soumises à un plan cadre qui s'articule autour de la stabilisation de la superficie des peuplements forestiers et de la diminution de la dépendance du cheptel vis-à-vis des ressources naturelles. Mais aussi, de la rationalisation de l'usage de l'eau et des cultures en plaine et de l'efficacité des mesures d'augmentation des revenus et de l'amélioration du niveau de vie de la population concernée.
Structuration
Dans la perspective de renforcer la structuration de la filière, les différentes parties prenantes, publiques et privées, ont appuyé différentes stratégies pour sa protection, valorisation et professionnalisation.
Le marché international est dominé par le marché français du fait de la proximité géographique. Le volume des exportations avoisine 1000 tonnes
Cette nouvelle étape du processus a été marquée par la mise en place d'une Indication géographique protégée (IGP). Et d'une association, l'Amigha, responsable de la sensibilisation, la gestion et la promotion de l'IGP Argane. L'Amigha représente aujourd'hui un des 5 collèges de la Fédération interprofessionnelle marocaine de la filière d'argan (Fimargane).
Créée en 2011 en vue de consolider l'organisation professionnelle de la filière et de mettre en place une structure de concertation stratégique et de gestion, la Fimargane regroupe les différents maillons de la chaîne de valeur argane, à savoir les ayants droit qui sont les producteurs de la ressource naturelle, les coopératives, les sociétés et les commerçants et utilisateurs d'argan.
La Fimargane est de même l'interface directe de l'Andzoa dont la mission principale demeure la protection et la valorisation des espaces oasiens et de l'arganier selon les fondements du développement durable et du Plan Maroc vert (PMV). La stratégie de développement de la filière est cadrée par un contrat-programme signé entre le gouvernement et l'Interprofession. Cette dynamique a permis d'asseoir une vision pour cette filière qui mûrit au fur et à mesure de sa mise en œuvre.
Pour rappel, le programme de développement de la filière de l'argan vise des objectifs stratégiques. Notamment, la réhabilitation de 200.000 ha de l'arganeraie, la domestication de l'arganier et l'extension de sa culture en conduite moderne sur 5.000 ha et l'augmentation de la production de l'huile d'argan pour atteindre, 10.000 tonnes /an en 2020. Sachant qu'actuellement, elle est estimée à 4.000 tonnes/an. Mais aussi la mise en place de projets Pilier I Pilier II en vue d'une valorisation et d'une promotion modernes des produits de l'arganier, de la défense de la singularité du «Label Maroc» de l'arganier et de l'ensemble de ses produits et dérivés sur le marché international.
Creuser le filon argan-santé
La 3ème édition du Congrès international sur l'arganier a mis l'accent sur l'importance de l'interaction homme/écosystème pour la création de richesse. Les résultats de la recherche ont abouti à des recommandations importantes. Il s'agit entre autres d'actualiser les bases de données sur l'arganeraie et l'arganier en vue d'une meilleure gestion des programmes de préservation et de valorisation. Il faudrait également approfondir les recherches concernant la restauration écologique de la ressource et effectuer des études sur la biodiversité dans l'arganeraie dans la perspective de sa valorisation.
La valeur santé de l'huile et des autres produits de l'arganier étant démontrée par plusieurs recherches, il serait judicieux d'explorer les différentes actions de l'huile d'argan sur certaines maladies, en particulier les pathologies lourdes, et d'approfondir le travail sur la filière santé-bien être (études cliniques, biochimie, physiologie) pour une plus grande efficacité. Des recommandations horizontales ont aussi été émises. Elles concernent la promotion des nouvelles approches et techniques de communication et d'éducation en impliquant les jeunes générations. Avec l'élaboration d'un lexique normalisé avec une terminologie spécifique à l'arganier. Et la mise en place d'un programme de recherche commun et des mécanismes de financement de la recherche spécifiques.


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