«Le courage de mon père fut de quitter sa terre natale pour me donner un meilleur destin. Le mien fut de me déraciner d'Aurillac pour continuer mes études». De cet arrêt de bus bondé de la cité de Canteloube aux marches qui mènent vers l'enceinte du Sénat, il y a du chemin ! Un chemin que M'jid El Guerrab décrit comme «une longue route sinueuse». On le croira volontiers lorsqu'on sait que ce jeune diplômé de Science Pô (Aix-en-province), titulaire d'un master en management interculturel et médiation religieuse est, à tout juste 28 ans, conseiller au cabinet du Président du Sénat, Jean-Pierre Bel, chargé des relations avec la presse. «Incroyable !» dira-t-il lorsqu'il revient sur son parcours. «Celui qui faisait des concerts de rap face à un public de villageois apeurés» est aujourd'hui un habitué des hautes sphères de la République. Et pour cause, avant de rejoindre la garde rapprochée de Bel, El Guerrab était pendant trois ans (de 2007 à 2011) conseiller en communication et relations de presse auprès du Président du groupe socialiste, des verts et des apparentés du Sénat. Avant cela, il vivait les présidentielles de 2007 au cœur de l'action, alors qu'il occupait le poste d'attaché de presse et de responsable des médias de la candidate socialiste Ségolène Royal. Entre-temps, El Guerrab n'oublie pas son pays d'origine et débarque en 2009 en pleine métropole Casablancaise où il monte son affaire ; un cabinet de conseil en communication politique, institutionnelle, et en stratégie d'influence. Il le baptisera Link World Vision. Duclaux ou les marches du Sénat Et dire que tout a commencé sur les bancs de ce lycée de province : «Je me rends compte aujourd'hui avec encore plus d'acuité combien je dois à ce petit lycée public de province». «Emile Duclaux, se rappelle-t-il, a été le carrefour de ma vie». Le lycée, comme c'est d'ailleurs souvent le cas, représente cet espace-temps où «tout se décide»... pour le futur homme qu'il était impatient de devenir. S'il se décrit lui-même comme «un pauvre plouc de province, de surcroît issu de l'immigration», El Guerrab n'en sera pas moins parvenu à réaliser ce qu'il pensait être «impossible» à cette époque, à savoir «entrer dans une école d'excellence». Pourtant, le «fils de bûcheron et petit-fils de Guerrab (porteur d'eau)» qu'il est, parvient à rejoindre les bancs de Science Po d'Aix-en-Provence après un passage par l'IEP d'Aix et l'IUT GEA d'Aurillac. C'est entre les deux qu'il découvrira «la grande gueule qui se cachait derrière le triste clown». Cette même «grande gueule» qui laissera des hommes et des femmes politiques lui confier leur communication et du même coup leur image. «Quand je compare les deux (ndlr. sa vie à celle de son père), je me rends compte que ma vie fut douce face à celle d'un homme que la pauvreté a poussé à tout quitter, que la vie n'a pas ménagé car dès l'aube il était debout à porter du bois à mains nues dans ces montagne enneigées» raconte-t-il à cœur ouvert. Comme celui de son père avant lui, le parcours d'El Guerrab inspirera de nombreux autres jeunes marocains ici ou de l'autre côté de la Méditerranée. «Nous sommes tous les héritiers de notre éducation et de nos histoires familiales» commente le conseiller de Jean-Pierre Bel , et de conclure «la mienne a été ce mélange curieux entre l'école de la République que fut le lycée Emile-Duclaux et cette peur de rester pauvre».