Le feuilleton est loin d'être fini. Voilà près de quatre ans déjà que le torchon brûle entre producteurs nationaux et importateurs de carreaux céramiques, et la tension ne semble pas prête de s'apaiser. Elle a même été ravivée ces derniers jours à l'annonce des quotas autorisés pour les importations de céramique au titre du 2e semestre 2010. Le ministère du Commerce extérieur établit à 7,2 millions de mètres-carré la quantité de carreaux céramiques pouvant être importée pour cette deuxième moitié de l'année, sans assujettissement à un droit additionnel. Ce contingent alimente la discorde entre producteurs et importateurs, les premiers le jugeant excessif. Il est vrai que ce contingent a évolué plus rapidement que ce qui était initialement prévu. À son introduction en 2006, il devait augmenter de 10% par an. Ceci l'aurait établi théoriquement à un peu plus de 10 millions de mètres-carré en 2010, sachant que le seuil fixé en 2006 était de 7 millions de mètres-carré. Au lieu de cela, le quota, pour l'année en cours, atteint 14 millions de mètres-carré. «Il aura, de ce fait, marqué une hausse de 75% par rapport à 2008, alors que dans le même temps, le marché local de la céramique a régressé de 10% du fait de la crise du secteur de l'immobilier», rapporte un professionnel. La grogne des producteurs est également alimentée par la durée de la mesure de sauvegarde. Prévue initialement pour une période de trois ans, de 2006 à 2009, cette mesure a, certes, été prorogée jusqu'à fin 2010; mais les producteurs jugent cette période insuffisante. Ils tablaient en fait sur une rallonge de quatre ans, c'est-à-dire jusqu'à fin 2012, de manière à faire coïncider la levée de la sauvegarde avec l'ouverture totale prévue par plusieurs accords de libre-échange. C'est ce qu'il faut, par ailleurs, «pour mener à son terme le programme d'ajustement mis en place pour parvenir à la compétitivité concurrentielle en 2012. Le programme a nécessité des investissements qui dépassent 1,6 milliard de dirhams», argumente-t-on. L'on ne désespère pas, non plus, d'obtenir une rallonge. La réplique des importateurs Du côté des importateurs, on ne se démonte pas non plus. On oppose sans concession, «l'échec de la mise à niveau de la filière de production de carreaux céramiques». On dénonce même des pratiques anticoncurrentielles consistant notamment à remplacer le gaz naturel par le gaz butane subventionné dans les usines céramiques locales. Les importateurs revendiquent enfin un statut de pourvoyeur d'emplois plus performant que l'industrie locale.