À court terme, le Maroc ne court pas de trop grands risques de voir le niveau de la confiance de ses principaux partenaires financiers (FMI, Banque mondiale, BAD) s'éroder. La dernière décision du gouvernement de procéder à des coupes budgétaires a, certes, amplifié les inquiétudes sur la situation déjà alarmante de l'économie nationale, mais n'apporte pas de changement significatif dans la notation pays. C'est d'ailleurs ce qui ressort de la dernière note du FMI sur la situation économique du Maroc et les perspectives à court et moyen termes. Le rapport d'évaluation publié il y a quelques jours ne prend pas en compte la dernière évolution de la situation. Dans l'ensemble, il s'est basé sur les résultats de la mission conduite par les experts du FMI, fin décembre 2012, avant d'avoir été approuvé en février dernier par le Conseil exécutif du Fonds avant sa récente publication. C'est pour cette raison que le rapport n'apporte rien de nouveau relativement à la situation économique du pays. Tout au plus, le FMI a réitéré la nécessité pour le Maroc de procéder à des réformes structurelles destinées à insuffler un nouveau souffle à l'économie nationale. Des réformes sur lesquelles le gouvernement a tenu à réaffirmer ses engagements. Il va sans dire que les prochaines consultations apporteront certainement un peu plus d'éclaircies sur les répercussions des décisions prises par le cabinet Benkirane dans le cadre de la réduction des déséquilibres budgétaires. Il faut dire que jusque-là, les principales inquiétudes des institutions financières internationales sur le cas de l'économie marocaine restent liées à certains risques, endogènes et exogènes, qui peuvent affecter la résilience dont elle a fait preuve ces dernières années et au plus fort de la crise économique internationale. Cette menace qui reste toujours de mise avec la persistance de la conjoncture économique en Europe et les prix encore assez élevés des matières premières sur les marchés internationaux, a imposé au gouvernement de revoir ses projections pour cette année. Initialement, en effet, le gouvernement qui a pris comme base un déficit budgétaire aux alentours de 6,1%, comme l'expliquait le ministre de l'Economie et des finances, Nizar Baraka, pensait le ramener dès cette année à 4,8% du PIB et maintenir la cadence pour descendre sous la barre des 3% à l'horizon 2016. À l'évidence, cela va être difficile à réaliser et selon les derniers chiffres, le déficit est aux alentours de 7% du PIB (7,5% hors privatisation). Du coup, le gouvernement s'est vu dans l'obligation de revoir ses prévisions à la baisse en visant pour 2013, un déficit budgétaire aux alentours de 5,5%. Déséquilibre La restriction budgétaire décidée par le gouvernement s'inscrit donc dans le cadre d'une opération visant plus à rassurer les partenaires financiers, notamment le FMI qui a ouvert au Maroc, en 2012, une ligne de précaution financière destinée à lui permettre de faire face aux chocs extérieurs qui peuvent impacter davantage l'économie nationale et par la même occasion les investisseurs étrangers, comme l'a reconnu le ministre Baraka qui a d'ailleurs reconnu dans nos colonnes, que «c'est à travers la stabilisation des finances publiques et des comptes extérieurs que nous continuerons à produire de la croissance». De ce fait, le Maroc devra nécessairement adopter des mécanismes d'urgence pour se conformer aux engagements qu'il a souscrits auprès de ses partenaires. Il faut noter que ces derniers temps, les alertes ont foisonné tant au niveau interne que des agences de notation internationales sur la persistance de la détérioration des finances publiques. Alors que le Banque mondiale s'inquiétait des menaces sur la viabilité des finances publiques, le gouverneur de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri a mis en garde sur les risques à court terme de cette situation. Lors du point de presse qu'il a donné à l'issue du dernier Conseil d'administration de Bank Al-Maghrib du 26 mars dernier, le wali a clairement souligné que le Maroc a dévié de la bonne trajectoire. «Le déficit budgétaire qui ressort à 7,6% hors recettes de privatisation pour l'année 2012 pourrait être le point de rupture, si le Maroc ne se ressaisit pas pour se replacer dans la trajectoire sur laquelle il s'est engagé vis-à-vis du FMI et qui a pour finalité d'abaisser le déficit à 3% à l'horizon 2016», avait alerté Jouahri. Bien avant, la Banque centrale avait déjà estimé que les 4,8% de déficit prévu par le gouvernement étaient trop optimistes. Pour les analystes de la BAM, le niveau de 2012 pourrait même être dépassé si rien n'est fait. C'est pour cette raison que le gouverneur a conseillé au gouvernement de se replacer sur la bonne trajectoire, «sinon le FMI et les marchés en tireront les conséquences». Cette sonnette d'alarme qui rejoint déjà celles exprimées par plusieurs autres avis d'experts semble avoir trouvé une oreille attentive auprès du gouvernement, lequel de toutes les façons était dans l'obligation d'agir et en urgence. Le gouvernement a inscrit sa décision dans le cadre d'un vaste programme de relance économique qui passe d'abord par une maîtrise des déficits. Il va falloir maintenant passer à la vitesse supérieure en lançant les réformes structurelles (compensation, retraites) qui constituent la principale menace pour le pays. C'est là qu'il est toujours attendu surtout qu'il peut profiter maintenant de ce cours instant de répit qu'il a balisé. En attendant la prochaine mission d'évaluation du FMI de juin dernier, le ministre de l'Economie et des finances, Nizar Baraka, aura l'occasion de rencontrer ses principaux partenaires financiers lors des assemblées générales annuelles printanières du FMI et de la Banque mondiale qui s'ouvrent le 19 avril prochain à Washington D.C. Les motivations d'une décision Pour comprendre les motivations de la décision du gouvernement, il est intéressant de revenir aux tous premiers mois de l'exercice budgétaire en cours. Selon le ministre de l'Economie et des finances, c'est dès le mois de février dernier que le gouvernement s'est rendu compte de la réalité du niveau du déficit. Celui-ci n'était pas de 6,1 mais plutôt de 7% du PIB et même de 7,5% hors-privatisation. En cause, la compensation et l'investissement. Pour la compensation, l'économie de 5,7 MMDH sur laquelle tablait le gouvernement n'a finalement été que de 1,5 MMDH en raison du taux de change du dollar qui a augmenté. S'agissant de l'investissement, il s'agit du crédit de report sur les deux derniers exercices qui a culminé à 18 MMDH, alors qu'il n'a jamais atteint 10 MMH. Le gouvernement avait donc deux cartes à jouer. En 2012, c'était la hausse des prix des hydrocarbures, un scénario que le gouvernement ne pouvait envisager dans le contexte actuel et avec tous les risques que cela suppose. Il restait donc à agir sur l'aspect investissement où le gouvernement a plus de marge de manœuvre avec à la clé un gain de quelques points de croissance du PIB. Il faut noter qu'à la même période, le Conseil d'administration du FMI achevait sa première revue d'évaluation de l'accord en faveur du Maroc au titre de la ligne de précaution et de liquidité (LPL). Avec le FMI, c'est très simple ! La revue est prévue pour juin prochain. Nous avons signé une ligne de précaution et de liquidité (LPL), qui est toujours en cours et qui n'a pas été remise en cause par le FMI, mais les chiffres vont être revus en juin pour voir si le déficit de 2013 va être contenu à ce qu'on a prévu, c'est-à-dire à 5,5% et également pour s'assurer que la courbe va être réorientée de telle manière que le déficit s'établisse à 3% en 2016. Abdellatif Jouahri, Gouverneur de Bank Al-Maghrib, mardi 26 mars 2013.