Rattrapée par une rumeur virale évoquant le renvoi d'une cargaison destinée à l'export, la filière oléicole marocaine a dû réagir pour défendre la réputation de l'huile d'olive nationale. L'interprofession dément toute irrégularité et rappelle les efforts engagés pour renforcer le contrôle, la traçabilité et la qualité du produit. Cette controverse intervient au moment où s'ouvre une nouvelle campagne de récolte, annoncée nettement plus favorable que la précédente, laissant entrevoir une amélioration de l'offre et un rééquilibrage des prix sur le marché. L'interprofession marocaine de l'olive se retrouve au centre d'une attention inhabituelle. Ces derniers jours, des rumeurs relayées sur les réseaux sociaux et certains médias sont vite devenues virales. Ces derniers ont évoqué le renvoi d'une cargaison d'huile d'olive par un pays européen, invoquant des motifs sanitaires. Rapidement, la nouvelle a suscité des interrogations quant à la qualité des huiles destinées à l'exportation, un secteur stratégique pour l'agroalimentaire national. Face à ces allégations, Interprolive, la fédération des professionnels de l'olive, a opposé un démenti ferme, dénonçant des informations dépourvues de fondement scientifique ou de documentation. Fausse alerte Interprolive s'est appuyée sur les données de l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), ainsi que sur des échanges directs avec les autorités belges, pays au cœur de la rumeur. Ces dernières ont confirmé n'avoir procédé à aucun renvoi de cargaison d'huile d'olive marocaine pour raisons sanitaires, ni émis la moindre alerte à ce sujet. Selon l'interprofession, il s'agit d'une «fausse information» qui pourrait nuire injustement et porter préjudice à la réputation d'un produit exporté dans plusieurs marchés internationaux et considéré comme l'un des fleurons agricoles du pays. Au-delà du démenti, Interprolive rappelle que la filière est engagée depuis plusieurs années dans un travail de mise à niveau structurelle. En partenariat avec l'ONSSA, des actions de formation, de contrôle et d'accompagnement technique ont été déployées auprès des unités de trituration et des exploitations oléicoles. L'objectif est d'aligner les pratiques de production sur les standards internationaux, d'améliorer la traçabilité et d'instaurer une culture de la qualité jusque dans les maillons les plus petits de la chaîne. Cette dynamique s'inscrit dans le programme d'action 2025–2027, conduit avec le ministère de l'Agriculture. La vigilance, souligne l'interprofession, concerne également la lutte contre les huiles frauduleuses, un marché parallèle qui revient de manière cyclique. Les autorités locales ont multiplié les saisies ces derniers mois, notamment dans des circuits de distribution informels. Pour Interprolive, protéger la réputation de l'huile d'olive marocaine exige autant de rigueur dans la production que dans la répression des contrefaçons. L'organisme appelle aussi les consommateurs à vérifier l'étiquetage et les autorisations sanitaires, garants d'un produit conforme. Des prémices favorables Cette polémique intervient précisément à l'ouverture d'une nouvelle campagne oléicole qui, selon les acteurs du secteur, s'annonce nettement meilleure que la précédente. «Le début de saison est encourageant, à condition que les conditions climatiques restent favorables», confie Rachid Benali, président d'Interprolive. La production, affectée l'an dernier par la sécheresse, devrait connaître un rebond significatif. «Elle pourrait être multipliée par deux», estime-t-il. Une embellie particulièrement attendue dans les régions les plus touchées par la faiblesse de la récolte précédente. D'ailleurs, ce redressement s'observe déjà sur les prix. Le litre d'huile d'olive extra vierge se négocie actuellement entre 55 et 60 dirhams en moyenne, niveau nettement inférieur à celui enregistré l'an dernier, lorsque la rareté du produit avait entraîné une flambée tarifaire. L'olive destinée au pressage se vend autour de 7 dirhams le kilo, tandis que les olives de table varient entre 7 et 10 dirhams en fonction du calibre et de la qualité. Certains professionnels indiquent que les prix pourraient continuer à baisser au fil de la progression de la récolte, la maturation des olives ayant été légèrement plus tardive cette année. Ce mouvement d'ajustement reste toutefois tributaire du rendement en huile par quintal d'olive, un paramètre déterminant dans la formation des prix. La reprise de la production a également rouvert les perspectives d'exportation. Après une campagne marquée par une limitation des volumes afin de préserver l'approvisionnement du marché national, les opérateurs disposent cette année de marges plus importantes. Les «fenêtres» commerciales sur les marchés internationaux, notamment européens et nord-américains, ont été réactivées, ce qui pourrait contribuer à stabiliser les prix pour les producteurs tout en maintenant une offre accessible aux consommateurs locaux. Cette conjoncture positive n'efface pas les tensions de fond auxquelles la filière reste confrontée, au premier rang desquelles la dépendance aux aléas climatiques. Les professionnels insistent sur la nécessité d'accélérer les investissements dans l'irrigation raisonnée, les variétés résistantes et la modernisation des huileries artisanales encore nombreuses dans le pays. La structuration de la filière, amorcée depuis plusieurs années, s'avère plus que jamais indispensable pour consolider la réputation d'un produit qui occupe une place culturelle, économique et identitaire majeure. Rachid Benali Président d'Interprolive «Le début de saison est encourageant, à condition que les conditions climatiques restent favorables. La production, affectée l'an dernier par la sécheresse, devrait connaître un rebond significatif. Elle pourrait être multipliée par deux.» Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO