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Maroc–Espagne : économie, énergie, sécurité, les leviers d'un nouvel élan bilatéral
Publié dans Les ECO le 04 - 12 - 2025

À Madrid, ce 4 décembre, la XIIIe Réunion de Haut Niveau Maroc–Espagne, précédée d'un forum économique stratégique, consacre un rapprochement politique devenu levier économique. Alors que les deux gouvernements affichent leur volonté de structurer un partenariat durable, les attentes sont fortes en matière d'énergie, de commerce, de migration et d'influence régionale.
Le vent était sec et froid, mercredi 3 décembre à Madrid, mais l'atmosphère à l'intérieur du siège de la Confédération espagnole des organisations patronales (CEOE) était tout autre : feutrée, polie, mais chargée d'attentes. Hommes d'affaires, hauts fonctionnaires, ministres et experts étaient réunis afin de préparer le terrain de la XIIIe Réunion de haut niveau (RHN) entre le Maroc et l'Espagne, prévue aujourd'hui.
Ce forum économique bilatéral, organisé pour la deuxième fois en deux ans, n'est pas une simple antichambre diplomatique. Il est le reflet d'une dynamique croissante entre deux voisins que l'histoire a parfois opposés, mais que les réalités géopolitiques et économiques actuelles rapprochent inexorablement.
Des ambitions convergentes
Dès 15h30, les délégations affluaient au siège de la CEOE pour une série d'échanges qui allaient durer tout l'après-midi. À 16h, la séance inaugurale s'est ouverte avec les interventions d'Antonio Garamendi, président de la CEOE, de Chakib Alj, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), et de José Luis Bonet, président de la Chambre de commerce d'Espagne. Tous ont insisté sur le moment stratégique que représente cette rencontre, dans un contexte de rapprochement politique inédit.
La secrétaire d'Etat espagnole au Commerce, Amparo López Senovilla, a non seulement abordé la qualité des relations bilatérales mais aussi mis en avant les efforts consentis pour fluidifier les investissements bilatéraux. La parole est ensuite revenue aux responsables ministériels, avec la participation du ministre marocain délégué chargé de l'Investissement, Karim Zidane, et de son homologue espagnol de l'Agriculture, Luis Planas. Les deux hommes ont salué les synergies croissantes dans les domaines agricole, logistique et industriel. Le premier dialogue sectoriel a abordé les thématiques clés de l'eau, l'énergie et la mobilité.
Modérée par Marta Blanco, présidente de la Commission des relations internationales de la CEOE, cette session a permis à Julián Núñez (SEOPAN), Ahmed Nakkouch (Fédération de l'énergie) et Ali Seddiki (AMDIE) d'évoquer des projets précis d'interconnexion électrique verte, de gestion intelligente de l'eau et de mobilité durable.
Par la suite, une session originale a exploré les opportunités de co-développement en Afrique et en Amérique latine. Modéré par Adil Rais, coprésident du Conseil économique Maroc–Espagne (CEMAES), ce panel a réuni Narciso Casado (CEIB) et Mehdi Tazi (CGEM), qui ont plaidé pour un positionnement triangulaire des entreprises marocaines et espagnoles sur ces marchés émergents. Enfin, la session de clôture, très attendue, a été marquée par deux prises de parole clés.
Le ministre espagnol du Transport et de la Mobilité durable, Oscar Puente, a rappelé l'importance des interconnexions transfrontalières, en particulier dans la perspective du Mondial 2030. Puis le chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, a pris la parole pour dresser un tableau stratégique des priorités marocaines, avec un message clair appelant à nourrir une diplomatie économique à la hauteur de l'amitié politique. Cette séquence économique a posé les bases d'une journée diplomatique chargée.
Ce jeudi 4 décembre, selon le planning provisoire de la Réunion de Haut Niveau, la journée s'ouvre au palais de La Moncloa, d'après un programme minuté et solennel. Les délégations ministérielles marocaines sont accueillies, avant que le chef du gouvernement Aziz Akhannouch ne soit reçu par son homologue espagnol Pedro Sánchez.
La matinée devrait être rythmée par une série de rencontres : une réunion bilatérale prolongée entre les deux chefs de gouvernement, des réunions sectorielles parallèles entre ministres marocains et espagnols, puis une séance plénière conjointe. Et juste après la traditionnelle photo de famille réunissant chefs de gouvernement, ministres et ambassadeurs, une cérémonie de signature d'accords est programmée.
Des opportunités à foison
Il faut dire que depuis le tournant stratégique de 2022, marqué par le ralliement de Madrid au plan d'autonomie marocain pour le Sahara, les relations entre les deux Royaumes ont connu une accélération sans précédent. Ce revirement diplomatique, encore impensable il y a quelques années, a levé un verrou politique majeur.
La RHN de février 2023, tenue à Rabat, avait alors symbolisé cette bascule. Vingt-quatre accords avaient été signés, couvrant un large spectre de domaines allant de la migration à l'environnement, en passant par l'éducation, la formation professionnelle ou encore la sécurité. Mais surtout, cette réunion avait permis d'établir un mécanisme de suivi régulier sous la forme de groupes de travail mixtes, réunissant des experts des deux pays, chargés de veiller à l'application des engagements.
Deux ans plus tard, ces mécanismes ont porté leurs fruits, en posant les jalons d'un dialogue plus technique, plus professionnel, plus productif… Le forum économique de mercredi l'a confirmé. Les projets sont identifiés, les besoins sont clairs et les synergies sont réelles. L'Espagne reste le premier partenaire commercial du Maroc, avec un volume d'échanges de plus de 22 milliards d'euros en 2024, selon les douanes espagnoles.
Ce chiffre témoigne d'une relation commerciale particulièrement dense : l'Espagne est non seulement le principal partenaire commercial du Royaume dans l'Union européenne, mais aussi sa première destination d'exportation. Le Maroc, de son côté, est devenu le principal partenaire africain de l'Espagne, et figure à la septième place de ses partenaires mondiaux. Les échanges couvrent des secteurs clés tels que l'automobile, le textile, l'agroalimentaire et l'énergie.
L'Espagne exporte vers le Maroc des machines, véhicules, produits chimiques ou encore des denrées alimentaires, tandis que le Royaume livre à son voisin ibérique des textiles, fruits, légumes, poissons et composants électriques. Et les perspectives d'investissement sont, elles aussi, en croissance. La CEOE et la CGEM tablent sur 5 milliards d'euros d'investissements croisés d'ici à 2028, concentrés dans les énergies renouvelables, les infrastructures, la logistique, l'industrie et les technologies vertes. Mais ce n'est pas seulement l'économie qui est au cœur de cette RHN. La question énergétique, en particulier, concentre les regards.
Le Maroc développe à grande vitesse ses capacités en matière d'énergies renouvelables, et ambitionne de devenir une plateforme énergétique régionale, notamment grâce à l'hydrogène vert. L'Espagne, avec son expertise technologique et ses interconnexions européennes, pourrait devenir la porte d'entrée de cette énergie propre sur le continent européen. Plusieurs projets sont à l'étude, mais aucun n'a encore été formalisé à grande échelle. La RHN 2025 pourrait donc constituer un tournant si un accord-cadre venait concrétiser cette ambition commune. Autre sujet crucial : la gestion migratoire.
Depuis plusieurs années, la coopération sécuritaire entre les deux pays s'est renforcée. Elle repose sur des échanges de renseignement, des opérations conjointes de surveillance et des dispositifs de contrôle aux frontières. Mais dans les villes autonomes de Sebta et Melilia, l'attente reste forte, parfois teintée de frustration. Des voix s'élèvent regrettant l'absence d'une «vraie» douane commerciale opérationnelle. Les observateurs attendent de la RHN 2025 qu'elle marque un pas décisif vers la formalisation de cadres bilatéraux plus robustes, incluant des calendriers, des objectifs mesurables, et une implication directe des entreprises.
Les attentes sont d'autant plus fortes que la RHN de 2023 à Rabat avait vu la signature d'un protocole financier de 800 millions d'euros destiné à soutenir des projets liés aux infrastructures, à l'eau, aux énergies propres et aux services sociaux. À Madrid, de nombreux acteurs espèrent une enveloppe équivalente, voire supérieure, pour consolider ces chantiers et en initier de nouveaux.
Parmi les sujets sensibles figurent les exportations agricoles marocaines, notamment celles en provenance des provinces du Sud, que le Maroc ambitionne de transformer en pôles économiques structurants. Ces perspectives soulignent l'enjeu politique autant qu'économique de ce sommet. Le volet culturel, souvent relégué au second plan, sera également discuté.
La mobilité académique, les échanges d'étudiants, les projets artistiques conjoints et la valorisation des diasporas marocaine et espagnole pourraient constituer des relais d'une diplomatie plus inclusive. Pour nombre de responsables, la jeunesse doit être placée au cœur du partenariat, à travers des programmes de co-formation, d'apprentissage des langues, de stages croisés ou de création entrepreneuriale.
Enfin, le projet de co-organisation de la Coupe du monde 2030 par le Maroc, l'Espagne et le Portugal offre un levier diplomatique et économique transversal. Ce mégaprojet ne se limite pas aux stades, mais il implique des infrastructures, de la logistique, du tourisme, de la mobilité transfrontalière, en plus d'une coordination culturelle et médiatique inédite. À ce titre, le Maroc veut en faire la vitrine d'une coopération euro-africaine réussie et un symbole d'union des deux rives.
Pour que la RHN 2025 tienne ses promesses, il faudra franchir un cap dans l'opérationnalisation. À Rabat, l'attente est tout aussi forte d'un partenariat stratégique, basé sur la confiance, l'égalité et des projets communs clairement définis. Ce sommet est donc bien plus qu'un moment de diplomatie convenue. L'enjeu, pour les deux rives, est de transformer l'élan actuel en actes, de passer de l'intention à l'exécution et de faire de cette RHN non pas un aboutissement, mais le socle d'un nouveau cycle stratégique.


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