Avec ses deux retournés acrobatiques victorieux contre les Comores et la Zambie, Ayoub El Kaabi a offert à cette CAN 2025 deux de ses plus beaux buts. Couronné roi de la bicyclette, l'attaquant des Lions de l'Atlas s'impose comme l'un des hommes forts du tournoi au moment où débute la phase à élimination directe. Retour sur un parcours atypique. La pression, écrasante depuis le coup d'envoi de la Coupe d'Afrique des nations disputée à domicile, a fini par trouver un exutoire. Dans un contexte où chaque ballon touché par les Lions de l'Atlas semblait peser le poids de l'histoire, Ayoub El Kaabi a rappelé qu'un but pouvait aussi être un geste libérateur. Deux retournés acrobatiques, surgis au moment où le doute gagnait les tribunes, ont suffi à rallumer la ferveur et à remettre le Maroc dans le sens de sa CAN. Longtemps circonspects après une entame laborieuse, les supporters ont soudain retrouvé un héros capable de faire basculer l'ambiance d'un stade en une fraction de seconde. El Kaabi n'a pas seulement marqué des buts : il a redonné de l'élan à une équipe et apaisé un public exigeant, conscient que le temps des ajustements était compté. Le geste qui libère les Lions À l'image des grands buteurs de l'histoire, l'ancien attaquant de Berkane et du Wydad s'est approprié un geste devenu sa signature. Là où d'autres transforment des penalties, lui privilégie l'instinct et l'audace. À 32 ans, le joueur de l'Olympiakos partage la tête du classement des buteurs de la CAN 2025 avec Brahim Diaz et Riyad Mahrez, tous auteurs de trois réalisations. Mais El Kaabi se distingue par une statistique parlante : ses buts ont tous été inscrits dans le jeu, dont deux par des retournés acrobatiques. Sa première bicyclette du tournoi reste gravée dans les mémoires. Entré en jeu lors du match inaugural face aux Comores, alors que le Maroc peinait à imposer son rythme sous une pression énorme et sous une pluie diluvienne, El Kaabi, entré 9 minutes auparavant, s'est élevé dans les airs à la 74e minute pour faire parler la foudre et faire chavirer le stade. Un geste pur de buteur et un but libérateur, venu faire oublier une première période terne qui avait même valu des sifflets à la sélection nationale à la pause. Quelques jours plus tard, face à la Zambie, pour un match décisif dans un groupe devenu piégeux après le nul concédé contre le Mali (1-1), l'attaquant a confirmé son rôle de catalyseur. Dans une atmosphère lourde, marquée par les critiques visant le sélectionneur Walid Regragui, El Kaabi a endossé le costume de leader offensif : ouverture du score de la tête, puis nouvelle acrobatie sur le troisième but marocain. Le message était clair : les Lions de l'Atlas avaient retrouvé leur tranchant. Le vent a alors tourné. Les débats sur le banc, les appels prématurés au changement et les comparaisons avec d'autres techniciens ont laissé place à un soutien plus massif autour de l'équipe. Le retour d'Achraf Hakimi, remis de sa blessure à la cheville, a renforcé ce sentiment d'un groupe enfin au complet, prêt à aborder la phase à élimination directe avec ambition. D'une jeunesse cabossée au héros national Si El Kaabi impressionne aujourd'hui, il faut dire que son parcours ne l'y prédestinait pas forcément. Derrière les gestes spectaculaires se cache une trajectoire marquée par la résilience. Ayoub El Kaabi a grandi à Casablanca, dans le quartier populaire de Derb Milla, dans un environnement modeste. Dans les années 1990, il connaît même la vie en bidonville. Très jeune, il quitte l'école pour aider sa famille, multipliant les petits boulots – charpente, nettoyage de tapis, colportage – tout en continuant à jouer au football dans la rue, son principal refuge. Repéré tardivement alors qu'il évolue encore dans le football amateur, il rejoint le Racing Casablanca et signe son premier contrat professionnel en 2014, à 21 ans. Un tournant décisif, après des années passées loin des projecteurs. Sa trajectoire le mènera ensuite en Chine, en pleine période de Covid, puis en Turquie, où il survit à un séisme, avant de trouver enfin une stabilité à l'Olympiakos à partir de 2023. Avec le club grec, El Kaabi franchit un cap historique. En 2024, il offre à l'Olympiakos la Ligue Europa Conférence en inscrivant l'unique but de la finale face à la Fiorentina. Il devient alors le premier joueur marocain à marquer en finale d'une compétition européenne. Un symbole fort, qui dépasse le simple cadre sportif. Aujourd'hui, au cœur d'une CAN organisée sur ses terres, Ayoub El Kaabi incarne bien plus qu'un buteur en forme. Il est le trait d'union entre un public exigeant et une sélection en quête de sacre. À l'image de ses retournés acrobatiques, son ascension a souvent défié la logique. Et c'est peut-être là que réside sa force : surgir quand on l'attend le moins, pour rappeler que, parfois, un seul geste suffit à relancer tout un pays.