D'aucuns y ont vu un spectaculaire épisode de la chronique internationale. L'arrestation du président vénézuélien par la force américaine est, pourtant, bien plus que cela. C'est le signal du retour brutal d'une réalité que les marchés avaient partiellement reléguée à l'arrière-plan. La géopolitique, loin d'avoir disparu, continue de façonner l'accès aux ressources stratégiques au seul détail près que ces jeux de force s'opèrent selon des règles nouvelles, plus diffuses, moins prévisibles. À première vue, la réaction du marché pétrolier peut surprendre. Malgré la gravité de l'événement, les cours du brut ont reculé, confirmant que l'abondance de l'offre mondiale et la capacité d'anticipation des opérateurs l'emportent désormais sur les chocs politiques ponctuels. L'affaire vénézuélienne rappelle d'abord l'évidence, souvent oubliée, que la richesse en ressources naturelles ne constitue plus une protection stratégique. Lorsqu'un Etat concentre son économie, sa diplomatie et sa stabilité politique autour d'un seul actif stratégique, il s'expose à une double dépendance, aux prix mondiaux, d'une part, et aux appétits géopolitiques, d'autre part. Pour des pays comme le Maroc, importateurs nets d'énergie et insérés dans les chaînes mondiales de valeur, la leçon est claire. La sécurité économique ne se joue plus seulement dans la stabilité des fournisseurs, mais dans la diversification des sources, la résilience logistique et la capacité à absorber des chocs exogènes de plus en plus politiques. Les turbulences à venir sur les marchés des matières premières ne seront pas nécessairement spectaculaires, elles seront récurrentes, fragmentées, parfois déconnectées des fondamentaux physiques. De manière plus générale, l'affaire vénézuélienne ne dit pas tant que le monde est plus instable qu'avant. Elle montre surtout qu'il est devenu plus cynique, plus rapide à arbitrer, et moins enclin à permettre de distinguer entre puissance économique et puissance politique. Pour les Etats comme pour les marchés, la vraie question n'est plus de savoir si un choc surviendra, mais s'ils sont préparés à en encaisser les effets sans illusion, avec méthode et lucidité. Meriem Allam / Les Inspirations ECO