On n'a pas le souvenir d'une telle pluie depuis plus de quarante ans. Des semaines entières d'averses, des oueds qui reprennent vie, des barrages qui se remplissent enfin. Après sept années de sécheresse éprouvante, le Maroc respire. Les campagnes verdissent, l'espoir renaît chez les agriculteurs, et les indicateurs hydriques repassent au vert. Mais l'euphorie ne doit pas nous faire oublier une réalité implacable : cette abondance pourrait n'être qu'une parenthèse. Aujourd'hui, le taux de remplissage des barrages frôle les 50%, un niveau inédit depuis des années. Près de 8 milliards de mètres cubes d'eau sont stockés grâce aux précipitations exceptionnelles enregistrées depuis la fin décembre. Pourtant, les climatologues sont clairs : le retour de cycles secs est probable. Et lorsque la pluie cessera, la chaleur, elle, ne tardera pas à s'installer. Si rien n'est fait, une partie importante de cette eau sera perdue, évaporée, consommée, dissipée. C'est maintenant que tout se joue. Le Royaume a engagé une stratégie ambitieuse de sécurisation de l'eau, dotée de 140 milliards de dirhams : autoroutes de l'eau, dessalement, nouveaux barrages. Mais un cap supplémentaire doit être franchi. Celui des barrages intelligents, capables non seulement de retenir l'eau en surface, mais surtout de la transférer vers les nappes phréatiques, à l'abri de l'évaporation. L'eau stockée sous terre est une assurance-vie face à la sécheresse. La pluie est là. Abondante, précieuse, presque inespérée. La question n'est plus uniquement de savoir si elle tombera demain, mais si nous saurons la conserver pour après-demain. Hicham Bennani / Les Inspirations ECO