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Sécurité hydrique : une course contre la montre encore mal organisée
Publié dans Les ECO le 02 - 02 - 2026

En matière de mobilisation des ressources en eau non conventionnelles , les progrès enregistrés à fin 2024 témoignent d'efforts soutenus, mais ils restent largement insuffisants au regard des objectifs ambitieux fixés à l'horizon 2030, estime la Cour des compte. Les retards réglementaires, la complexité institutionnelle, les insuffisances de planification, les coûts élevés et les pertes dans les réseaux de distribution montrent que la transformation du secteur nécessite une ambition renouvelée, portée par une vision intégrée, une coordination effective des acteurs et des mécanismes robustes de pilotage.
Nul n'ignore plus que le Maroc fait face à une pression hydrique croissante, amplifiée par les changements climatiques, l'intensification des phénomènes extrêmes et une demande en eau en constante augmentation. C'est dans ce contexte que la mobilisation des ressources en eau non conventionnelles, telles que le dessalement de l'eau de mer, la réutilisation des eaux usées traitées et la collecte des eaux pluviales, est apparue comme un levier essentiel pour renforcer la sécurité hydrique du pays.
Fin 2024, la capacité de production issue de ces ressources avait atteint environ 324 millions de mètres cubes par an pour l'eau dessalée et 52 millions de mètres cubes pour la réutilisation des eaux usées traitées. Ces chiffres montrent une progression notable, certes, mais ils restent loin des objectifs ambitieux fixés, visant à atteindre une capacité de 2,2 milliards de mètres cubes par an d'eau dessalée à l'horizon 2030, et 100 millions mètres cubes de réutilisation des eaux usées traitées d'ici à 2027.
La Cour des comptes, dans son évaluation de l'exercice 2024-2025, reconnaît les efforts investis dans ce domaine, mais elle souligne aussi la nécessité d'améliorer le modèle de planification stratégique et de clarifier le cadre institutionnel en vue de rendre ces efforts réellement efficaces et durables.
Des réponses d'urgence sans vision intégrée
L'accélération du stress hydrique a conduit à l'adoption de mesures d'urgence pour garantir l'approvisionnement en eau potable. Parmi celles‐ci figurent le plan d'urgence pour l'approvisionnement en eau de Safi et d'El Jadida par dessalement de l'eau de mer, ainsi que l'acquisition de stations mobiles de dessalement, comprenant 41 stations de dessalement de l'eau de mer et 162 stations de déminéralisation, pour une capacité totale d'environ 39 millions de mètres cubes par an.
Si ces mesures répondent à des besoins immédiats, la Cour constate néanmoins que les projets sont souvent réalisés sans une vision stratégique intégrée. Les initiatives sont menées en l'absence d'une feuille de route globale cohérente avec les documents de planification hydraulique existants.
Ce manque de coordination se traduit par l'absence d'orientations claires pour la structuration d'un système intégré de mobilisation des ressources non conventionnelles, incluant notamment le transfert de technologies, la recherche, la formation, l'intégration industrielle et l'usage des énergies renouvelables.
Retards réglementaires et cadre institutionnel flou
Sur le plan juridique, la loi n° 36.15 relative à l'eau, en vigueur depuis août 2016, devait être complétée par une série de textes d'application nécessaires pour encadrer la mobilisation des ressources non conventionnelles. Or, à la fin de 2024, neuf des textes prévus n'avaient toujours pas été publiés.
Parmi eux, figurent deux textes particulièrement importants, l'un sur les modalités d'élaboration et d'approbation des contrats de concession pour le dessalement, et l'autre relatif à la réutilisation des eaux usées traitées et à la valorisation des eaux pluviales.
La Cour souligne que ces retards sont imputables principalement à la lenteur des consultations entre les secteurs concernés, ce qui compromet la sécurité juridique des projets et retarde leur mise en œuvre effective. La gouvernance globale du secteur souffre aussi d'un cadre institutionnel insuffisamment clarifié.
La multiplicité des acteurs (ministères de l'Intérieur, de l'Equipement et de l'Eau, de l'Agriculture, Agences de bassin hydraulique, Office national de l'électricité et de l'eau potable (ONEE), Groupe OCP, collectivités territoriales, régies de distribution, délégataires privés et Sociétés régionales multiservices récemment impliquées) crée des chevauchements de compétences et une absence de pilotage centralisé.
Des réalisations en déphasage avec les objectifs
Sur le plan quantitatif, la production d'eau dessalée a augmenté d'environ 35 millions de mètres cubes par an depuis 2015, pour atteindre 324 millions à la fin de 2024. Bien que la capacité installée continue d'évoluer, la Cour constate que le rythme de production reste insuffisant pour atteindre l'objectif de 2,2 milliards de mètres cubes par an d'ici 2030, ce qui nécessiterait une augmentation annuelle moyenne d'environ 313 millions de mètres cubes entre 2024 et 2026.
Pour la réutilisation des eaux usées traitées, la situation est également en retrait. Et pour cause, le volume valorisé ne représente qu'environ 7% du total des eaux usées urbaines. On est bien loin de l'objectif du Programme national d'assainissement liquide mutualisé et de réutilisation des eaux usées traitées, qui vise à atteindre environ 14% d'ici 2027.
Actuellement, l'usage principal de cette ressource reste limité à l'arrosage des espaces verts, des terrains de golf et à certaines activités industrielles, sans réel élargissement vers d'autres usages plus stratégiques, comme l'irrigation agricole à grande échelle.
Concernant la collecte des eaux de pluie, la capacité de stockage n'a pas dépassé 53 .000 mètres cubes à fin 2024, alors que le plan national pour l'eau 2020‐2050 envisageait, par la mise en place d'un programme national de collecte et de valorisation, une économie annuelle de 300 millions de mètres cubes d'eau potable.
Partenariats public‐privé et complexité des projets
Le financement des initiatives en eau non conventionnelle a progressivement intégré le recours au partenariat public‐privé (PPP). Toutefois, le succès de ces partenariats dépend étroitement de l'efficacité de leur gestion, ce qui suppose un rôle central, clair et coordonné de l'acteur public, qu'il s'agisse du ministère de l'Equipement et de l'Eau, de l'ONEE ou du ministère de l'Agriculture, pour garantir la continuité de l'approvisionnement et éviter les ruptures.
La mise en œuvre des projets révèle des difficultés structurelles liées aux délais. Alors que le Programme national pour l'approvisionnement en eau potable et en eau d'irrigation prévoit des temps de réalisation compris entre cinq et sept ans, certaines expériences montrent que ces durées sont largement dépassées.
C'est notamment le cas de la station de dessalement d'Agadir, dont la réalisation a pris 14 ans, ou de celle de Casablanca, dont les travaux ont débuté seulement en 2024, alors qu'elle aurait dû être achevée en 2015. Ces retards mettent en exergue l'absence d'un pilotage proactif des risques et de mécanismes de suivi capables de surmonter les complexités techniques et financières de tels projets.
Coûts, rendement des réseaux et pertes d'eau
La Cour attire aussi l'attention sur les risques d'augmentation du coût de production de l'eau dessalée. À Agadir, le coût de référence du mètre cube d'eau potable dessalée a atteint 10,29 dirhams en 2024, soit une hausse de 16 %, du fait de la non‐obtention d'avantages fiscaux attendus et de coûts supplémentaires liés à la pandémie de covid‐19.
À Casablanca, le prix du mètres cubes est fixé à 4,48 dirhams, mais il reste exposé aux fluctuations des taux de change et à l'inflation. Un autre défi majeur est lié au rendement des réseaux de distribution d'eau potable, qui n'est pas adapté au coût élevé de production de l'eau dessalée.
En 2024, ce rendement a été estimé à 78% au niveau national, ce qui signifie que 22% de l'eau produite sont perdues avant même d'atteindre les usagers. Cette inefficacité pourrait entraîner en 2027 une perte d'environ 113 millions de mètres cubes d'eau dessalée par an, pour un coût supérieur à 506 millions de dirhams, malgré l'augmentation du budget alloué à l'amélioration des réseaux.
Contraintes sur la valorisation des eaux usées traitées
La réutilisation des eaux usées traitées, malgré son potentiel, est freinée par plusieurs contraintes. Outre l'obsolescence du cadre juridique, des préoccupations sanitaires liées à la méfiance des utilisateurs quant à la qualité de l'eau constituent un obstacle important.
Le coût élevé des traitements complémentaires nécessaires à garantir la sécurité sanitaire freine également l'adoption plus large de cette ressource. Enfin, les déchets industriels non traités dégradent la qualité de l'eau. Par ailleurs, l'absence de consensus sur le financement et la répartition des coûts entre acteurs complique davantage les efforts pour développer l'usage des eaux usées traitées, notamment dans le domaine agricole.
Les reco' de la Cour des comptes
Face à ces constats, la Cour formule des recommandations ambitieuses et structurantes. Elle appelle le chef du gouvernement à mettre en place une stratégie intégrée et concertée pour la mobilisation des ressources en eau non conventionnelles.
Cette stratégie doit aborder les différents aspects de la problématique, notamment le financement, la durabilité du modèle économique, l'utilisation des énergies renouvelables, l'usage agricole, le développement d'un système industriel dédié et l'optimisation des capacités déjà réalisées.
Elle recommande également de clarifier le cadre institutionnel pour la mobilisation des ressources non conventionnelles, afin de dissoudre les chevauchements de compétences et d'instaurer un pilotage coordonné. Elle insiste aussi sur la nécessité d'accélérer la réalisation des stations de dessalement et des programmes de réutilisation des eaux usées traitées et invite à revoir les objectifs fixés pour optimiser l'exploitation des potentialités disponibles. Elle recommande en outre au ministère de l'Intérieur de renforcer les efforts pour améliorer le rendement des réseaux de distribution d'eau potable, en particulier ceux qui transportent l'eau dessalée.
Enfin, la Cour appelle le ministère de l'Equipement et de l'Eau à améliorer le modèle de planification stratégique, afin de mieux préparer le pays aux situations critiques, d'offrir une meilleure visibilité au secteur agricole et d'accélérer l'adoption des textes réglementaires relatifs à la mobilisation des ressources en eau non conventionnelles.


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