À quatre ans du Mondial 2030, co-organisé par le Maroc, l'Espagne et le Portugal, le temps des annonces cède progressivement la place à celui des montages industriels et des partenariats concrets. Réunis à Salé ce mardi, les patronats des trois pays cherchent désormais à transformer l'événement sportif en véritable plateforme d'investissements et de création de valeur durable. À mesure que l'échéance de la Coupe du monde 2030 se rapproche, le discours change de registre pour devenir résolument économique. Un an après une première rencontre d'affaires Maroc–Portugal organisée à Rabat, les représentants du patronat marocain, espagnol et portugais se sont retrouvés à Salé à l'occasion du Forum d'affaires Maroc–Espagne–Portugal, accueilli au siège de la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Placée sous l'égide de Fouzi Lekjaa, président de la FRMF, la rencontre empruntait les codes d'un cadre institutionnel. Mais le message clé était que la réussite du Mondial 2030 se jouera avant tout sur le terrain de l'entreprise. « La Coupe du monde 2030 sera organisée, pour la première fois, entre deux rives, africaine et européenne, et par trois pays. L'entreprise est au cœur de cette compétition. Quelle que soit sa taille, elle est interpellée pour créer de la valeur dans les trois pays », a souligné Lekjaa. L'entreprise, acteur central du Mondial Le responsable de la FRMF insiste sur une mobilisation à tous les niveaux. Des grands chantiers d'infrastructures aux segments plus discrets — billetterie, contrôle d'accès, gestion des flux, services numériques —, le Mondial constitue une chaîne de valeur étendue, où les PME comme les grands groupes sont appelés à jouer un rôle actif. L'objectif n'est plus seulement de livrer des stades dans les délais, mais de structurer des écosystèmes économiques capables de survivre bien au-delà du coup de sifflet final. Infrastructures : un savoir-faire déjà éprouvé Côté marocain, le forum a également servi de vitrine aux acquis récents du Royaume. Mohammed Mahboub, président de la Fédération nationale du BTP, a rappelé que les entreprises locales disposent désormais d'un savoir-faire confirmé sur les grands ouvrages. Stades remis à niveau, nouvelles enceintes en construction, chantiers de modernisation à Rabat, Tanger ou Casablanca : « les entreprises marocaines ont déjà démontré leur capacité à réaliser des projets de grande envergure », assure-t-il. Au-delà des infrastructures sportives, l'effort porte sur l'ensemble de la logistique nationale. Ligne à grande vitesse Al Boraq entre Tanger et Casablanca, extension programmée vers Marrakech, développement du réseau autoroutier, voies express vers le Sud, modernisation des aéroports et montée en puissance des plateformes portuaires autour de Tanger Med : la Coupe du monde agit comme un accélérateur d'un chantier déjà engagé. L'Espagne, en ordre de marche Du côté espagnol, le patronat conduit par Antonio Garamendi, président de la CEOE, affiche une approche très opérationnelle. L'Espagne a déjà arrêté la liste de ses onze stades pressentis et engagé des travaux sur plusieurs enceintes majeures. Cette avance permet aux grands groupes ibériques de se projeter au-delà de leur marché domestique. Ingénierie, matériel ferroviaire, solutions technologiques ou exploitation d'infrastructures : les entreprises espagnoles cherchent à s'insérer dans la chaîne industrielle élargie du Mondial, y compris au Maroc. Le Portugal face à un déficit de connaissance Pour les milieux d'affaires portugais, 2030 est perçu comme un accélérateur de coopération avec le Maroc, notamment dans la construction, les services et les dispositifs d'accès aux stades. Mais un obstacle persiste : la méconnaissance du marché marocain. « Le Portugal connaît mal le Maroc », confie un entrepreneur lusitanien installé dans le Royaume. Un constat partagé par José Maria Texeira, président de la Chambre de commerce portugaise au Maroc, qui évoque l'étonnement récurrent d'acteurs économiques découvrant l'ampleur des projets déjà livrés ou en cours. À l'inverse, plusieurs entreprises marocaines peinent à identifier les spécialités industrielles portugaises et leur capacité d'accès à d'autres marchés européens ou africains. D'où l'insistance sur les partenariats croisés, les consortiums et les groupements d'entreprises mixtes. Au-delà du sport, un test économique La Chambre de commerce portugaise entend ainsi jouer un rôle de « plateforme de coopération », facilitant missions sectorielles, montages industriels et dialogue institutionnel. Plus largement, la Coupe du monde 2030 servira de test grandeur nature pour la maturité des relations économiques entre les trois pays. Car si les stades devront continuer d'exister après le tournoi, ce sont surtout les alliances industrielles et les chaînes de valeur créées à cette occasion qui seront jugées sur leur longévité.