Une étude internationale révèle que la combinaison de la crise sanitaire mondiale et de phénomènes climatiques extrêmes a «profondément» modifié l'équilibre de l'atmosphère qui connaît depuis 2019 une concentration inédite de méthane, deuxième gaz à effet de serre d'origine humaine après le CO2. Alors que les scientifiques constatent que «la quantité de méthane, deuxième gaz à effet de serre d'origine humaine après le dioxyde de carbone, a augmenté à un rythme sans précédent au début des années 2020», l'étude «lève aujourd'hui le voile sur les mécanismes à l'origine de cette envolée», indique un communiqué du Centre français de la recherche scientifique (CNRS) qui a pris part à ses travaux dans le cadre du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE). À la baisse des émissions de certains polluants constatée lors du confinement s'ajoute le «rôle amplificateur du climat et des zones humides», selon l'étude publiée la semaine dernière dans la revue spécialisée Science. En analysant les observations satellitaires, les mesures au sol, les données sur la chimie atmosphérique et en utilisant des modèles informatiques avancés, l'étude a mis en évidence deux facteurs : «sa moindre captation dans l'atmosphère suite à la baisse des émissions de polluants» et «des émissions accrues en provenance des zones humides». La chimie de l'air modifiée D'après le CNRS, l'étude montre qu'une forte baisse des radicaux hydroxyles entre 2020 et 2021 explique environ 80% de la variation annuelle de la croissance du méthane, précisant que ces radicaux, dont la baisse est en partie liée aux confinements pendant la pandémie de covid-19, sont produits par le rayonnement ultraviolet qui transforme certains gaz polluants de l'air en molécules très réactives et jouent un rôle clé dans le «nettoyage» de l'atmosphère en détruisant le méthane. Lorsque leur concentration a diminué, le méthane s'est accumulé beaucoup plus rapidement, décrypte la même source, qui note que la réduction des émissions de certains polluants atmosphériques, comme les oxydes d'azote et le monoxyde de carbone, a «modifié la chimie de l'air et affaibli temporairement la capacité de l'atmosphère à éliminer le méthane en réduisant la concentration de ces radicaux». Pour un meilleur tracking du méthane À ce premier facteur s'est ajoutée «une augmentation réelle des émissions naturelles de méthane, en particulier celles provenant des zones humides (marais, lacs, sols saturés en eau)». Entre 2020 et 2023, une période climatique marquée par des conditions plus humides (La Niña) a en effet favorisé, selon la même source, l'activité microbienne dans ces milieux, notamment en Afrique tropicale et en Asie du Sud-Est, entraînant avec elle une hausse des émissions de méthane. A l'inverse, les zones humides d'Amérique du Sud ont connu un déclin marqué en 2023, lors d'une sécheresse extrême liée au phénomène El Niño. Les chercheurs, qui considèrent que les modèles actuels d'émissions de méthane sous-estiment encore largement le rôle des zones humides et des écosystèmes inondés, affirment que les résultats de leurs travaux plaident pour «un renforcement de la surveillance environnementale, une meilleure compréhension des processus microbiens et une intégration plus fine de la chimie atmosphérique et de la variabilité climatique». En apportant «une vision intégrée des interactions entre climat, chimie atmosphérique et émissions naturelles», cette étude fournit «des clés essentielles pour mieux suivre l'évolution du méthane à l'échelle mondiale» et rappelle aussi que «la lutte contre le changement climatique passe par une compréhension fine des équilibres naturels, parfois fragiles, de notre planète», conclut le CNRS.