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Programme d'amélioration de l'accès à l'emploi : la BAD signale les lacunes de gouvernance
Publié dans Les ECO le 11 - 02 - 2026

Le rapport de la BAD sur le PARAAE peint le portrait d'un programme qui a su, après restructuration, atteindre la plupart de ses objectifs opérationnels immédiats et toucher un nombre significatif de bénéficiaires, en particulier grâce à l'intégration d'Awrach. Les partenariats avec le secteur privé et la société civile portent leurs fruits. Cependant, il révèle aussi les profondes fragilités induites par une gouvernance parfois défaillante, des difficultés persistantes dans la gestion des infrastructures critiques et la vulnérabilité des objectifs d'impact face à des chocs exogènes majeurs comme la sécheresse. Détails.
Le Programme axé sur les résultats pour l'amélioration de l'accès à l'emploi (PARAAE) au Maroc, financé à hauteur de 96,6 millions de dollars (dont 96,79% déjà décaissés), affiche des succès tangibles sur ses activités directes (outputs). C'est ce que révèle le récent rapport d'avancement (Implementation Progress and Results Report – IPR) de la Banque africaine de développement (BAD) sur le PARAAE, daté du 17 décembre 2025.
Si le document souligne une mise en œuvre globalement «satisfaisante» et des résultats opérationnels souvent atteints ou dépassés, il révèle aussi la vulnérabilité du dispositif face aux chocs externes, tout en pointant des faiblesses persistantes dans la gestion et la gouvernance, avec des implications majeures pour l'ensemble des acteurs économiques. Soulignons que la majorité des indicateurs sont atteints, voire dépassés :
– Accès à l'emploi salarié : 133.209 bénéficiaires (dont 62.650 femmes), dépassant la cible annuelle (115.000) et finale (115.000) ;
– Programmes de soutien à l'employabilité (Tahil, Awrach) : 28.845 bénéficiaires (dont 11.538 femmes), proches
des cibles (30.000 / 12.000) ;
– Entrepreneuriat : 4.339 porteurs de projets accompagnés (ANAPEC), dépassant la cible (4.000) ;
– Formation qualifiante : 171.960 bénéficiaires, largement au-dessus de la cible annuelle et finale (120.000), avec 48.000 femmes atteignant leur cible spécifique ;
– Intermédiation : 274.357 chercheurs d'emploi accompagnés, dépassant largement la cible (200.000), même si l'accompagnement spécifique des femmes via les associations n'a atteint que 80% de sa cible annuelle (50.000).
– Renforcement des acteurs : 123 acteurs territoriaux formés (cible 80) et un nombre très significatif d'associations renforcées, intégrant le programme Awrach. «L'exécution du programme suite à la restructuration est satisfaisante, 12 des 14 indicateurs de résultats (outputs) sont atteints», constate le rapport.
L'intégration du programme national Awrach après la restructuration de juillet 2023 a visiblement boosté certaines activités, notamment l'intermédiation et le soutien associatif. Cependant, l'objectif de développement ultime – améliorer les conditions de vie via un accès inclusif à l'emploi – se heurte à une réalité économique difficile. «L'enchaînement de plusieurs années de sécheresse a impacté la création d'emplois», souligne le document.
Les indicateurs d'impact révèlent cette tension. Le taux de chômage est mesuré à 13%, alors que la cible révisée post-restructuration était de 11,7% pour 2025.
«L'effet conjugué des crises internationales, de la sécheresse et du séisme d'Al Haouz a entraîné un choc sur l'emploi. Entre 2022 et 2023, l'économie a perdu 157.000 emplois», précise le rapport.
Si la création nette d'emplois (103.000) dépasse la cible finale (100.000), ce résultat doit être nuancé par le contexte de pertes massives dans l'agriculture (-202.000 emplois).
«Les indicateurs d'impact sur l'emploi et le chômage témoignent d'une situation économique encore affectée par les années de sécheresse successives», reconnaît la BAD, ajoutant qu'une task force a été mise en place par le chef du gouvernement pour proposer une feuille de route. Un constat qui souligne la limite des programmes ciblés face à des chocs macroéconomiques et climatiques systémiques.
Des lacunes structurelles menaçant la pérennité des investissements
Le rapport identifie des fragilités opérationnelles et de gouvernance compromettant la durabilité des réalisations. Trois infrastructures critiques accusent des retards significatifs : le centre de formation de Kindy, dont l'exécution physique stagne à 40% au lieu des 50% prévus post-restructuration, voit ses délais dépasser la durée du programme, nécessitant son retrait des indicateurs liés au décaissement (ILD) malgré son maintien dans le cadre logique.
Une coordination défaillante a conduit à alerter la secrétaire générale et à exiger la désignation urgente d'un chef de projet au sein du DFP pour superviser les travaux. Son ouverture, initialement prévue en novembre 2025, dépend désormais de feuilles de route en discussion entre la CGEM et le DFP.
Parallèlement, le Centre de formation de formateurs de Tamesna, bien qu'achevé à 90%, est paralysé par un litige contractuel concernant son raccordement électrique. Une procédure de résiliation du marché a été recommandée par la BAD après mise en demeure en novembre 2023, mais un recours juridique pourrait retarder davantage sa mise en service, privant le système de formation professionnelle d'un outil vital.
À Casablanca, la réhabilitation du centre d'entreprenariat est suspendue à 50% d'avancement (contre 70% ciblé) en raison d'un conflit sur la révision des prix, exigeant la nomination d'un chef de projet pour relancer les négociations. Des retards qui s'accompagnent de défaillances chroniques dans le suivi-évaluation. La vérification des indicateurs ILDs 2023 accuse un retard critique, risquant de bloquer le décaissement final d'environ 12 millions d'euros.
Le rapport souligne que «la mission de l'IGF n'a pas été enclenchée par le MIEPEEC», malgré l'établissement d'un chronogramme avec l'UCO, et que la validation définitive par le COPIL reste pendante.
De surcroît, l'évaluation de l'impact des formations repose sur des données obsolètes : les taux d'insertion professionnelle (69,8% tous genres, 65% femmes), bien qu'atteignant les cibles, s'appuient sur des «chiffres de 2021» faute de mise à jour autorisée par le chef du gouvernement, remettant en question leur fiabilité pour mesurer l'efficacité récente des programmes. Ces lacunes s'inscrivent dans un contexte plus large de vulnérabilité institutionnelle.
L'élaboration d'une nouvelle Politique nationale pour l'emploi et l'entrepreneuriat (PNEE) révèle un besoin non comblé de «renforcement de capacité et de conduite de changement». La mort du coordinateur du programme en 2023 a fragilisé la gouvernance, nécessitant la recomposition de l'équipe par courrier officiel. Ces éléments convergent vers un risque systémique : l'incapacité à capitaliser durablement sur les investissements du PARAAE, malgré des résultats opérationnels satisfaisants.
Des retombées inégales face aux réussites et défis structurels
Le rapport esquisse un paysage contrasté pour les parties prenantes. Pour le gouvernement marocain, exécutant principal, les résultats valident sa capacité à déployer des programmes concrets (insertion, formation, accompagnement via Awrach), mais exposent des lacunes criantes dans la gestion de projets complexes, la coordination interministérielle (MEF, MIEPEEC, DFP) et la résolution des litiges.
La pression est accrue pour finaliser les infrastructures et sécuriser le décaissement final de 12 millions d'euros avant fin 2024. Si la création d'une task force sur l'emploi reconnaît les défis macroéconomiques, son efficacité reste à démontrer.
Le secteur privé, notamment la CGEM, bénéficie de partenariats fructueux (six centres sectoriels Charaka réalisés en PPP contre cinq prévus), mais pâtit des retards sur les centres de Kindy et Casablanca, compromettant l'accès à des infrastructures de formation adaptées à ses besoins. Son rôle dans la définition des curricula et l'opérationnalisation future de ces outils reste tributaire d'une coordination renforcée avec le DFP et d'une résolution rapide des blocages techniques.
Pour les bénéficiaires directs (jeunes, femmes, demandeurs d'emploi), l'accès élargi aux services d'intermédiation (274.357 personnes), de formation qualifiante (171.960 bénéficiaires) et d'appui à l'entrepreneuriat (4.339 porteurs de projets) constitue une avancée tangible.
Toutefois, l'impact sur l'insertion durable est atténué par les chocs externes (sécheresse, perte de 157.000 emplois). Les femmes voient des résultats contrastés : excellents pour l'emploi salarié (62.650 bénéficiaires dépassant la cible de 121%) mais limités dans l'accompagnement associatif (15. 000 sur 50.000 ciblés annuellement). La non-fonctionnalité des centres de Tamesna et Kindy prive ces populations d'un levier essentiel d'amélioration du capital humain.
La société civile émerge comme un acteur majeur, avec un renforcement capacitaire inédit (3.911 associations soutenues) grâce à l'intégration d'Awrach, lui permettant d'accompagner 40.000 chercheurs d'emploi – un succès qui démontre l'importance des relais territoriaux.
Enfin, pour la BAD, financeur du projet, le bilan confirme la validité de son approche (décaissement à 96,79%, outputs largement atteints), mais révèle les limites de son levier face aux fragilités de gouvernance locale et aux chocs exogènes. Ses recommandations pressantes (désignation de chefs de projet, résiliation de marchés) traduisent des préoccupations sur la pérennité des investissements, tandis que le risque de non-vérification des ILDs 2023 menace le décaissement final. In fine, le programme illustre la tension entre des réalisations opérationnelles solides et des vulnérabilités structurelles non résolues.
Un programme miné par des fragilités structurelles
Ainsi, le rapport final de la BAD sur le PARAAE révèle un paradoxe saisissant : une réussite opérationnelle indéniable – marquée par l'atteinte des cibles de décaissement (96,79%), la massification des services aux bénéficiaires (274.357 chercheurs d'emploi accompagnés, 171.960 formés), et l'intégration réussie du programme Awrach – coexiste avec des vulnérabilités systémiques menaçant sa pérennité.
La restructuration de 2023 a permis d'aligner le projet sur les réformes nationales et de booster les outputs, comme en témoignent les 3.911 associations renforcées (contre 50 initialement prévus) et les six centres sectoriels Charaka réalisés en PPP.
«Le programme restructuré a reflété les changements opérés par les autorités marocaines», souligne la BAD, validant cette adaptation stratégique.
Cependant, trois failles majeures obscurcissent ce bilan: l'incapacité chronique à gérer les infrastructures critiques, la vulnérabilité aux chocs exogènes et les lacunes dans le pilotage. En effet, la vérification tardive des indicateurs ILDs 2023 (risquant 12 millions d'euros de décaissement) et l'utilisation de données d'insertion obsolètes (2021) questionnent la robustesse du dispositif de suivi-évaluation.
In fine, le PARAAE illustre la tension entre l'efficacité tactique – démontrée par sa capacité à délivrer des services concrets – et les échecs stratégiques dans la transformation structurelle du marché de l'emploi. Comme le conclut la BAD, la capitalisation des «leçons apprises pour informer de nouvelles orientations stratégiques» sera décisive.
L'efficacité de la task force gouvernementale et la résolution des blocages sur Kindy/Tamesna constitueront des tests décisifs : sans une gouvernance rénovée et une gestion proactive des risques, les réalisations du programme resteront un succès de façade, incapable d'enrayer durablement les déséquilibres du marché du travail marocain.
Bilal Cherraji / Les Inspirations ECO


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