Avec une recette moyenne par chambre louée en hausse de 7%, à 1.734 dirhams, et un taux d'occupation de 61% en 2025, l'hôtellerie est lancée sur une trajectoire de forte croissance et de rentabilité. Du luxe à l'économique, tous les segments bénéficient de l'euphorie actuelle du tourisme. 19,8 millions d'arrivées, 43,4 millions de nuitées et 138,1 milliards de dirhams de recettes. Le tableau de bord 2025 du tourisme a plutôt fière allure. Mais ces indicateurs globaux ne renseignent pas sur la situation individuelle, ni sur celle des marges des entreprises opérant dans le secteur. Dans l'hôtellerie, les dirigeants surveillent particulièrement trois indicateurs cruciaux: la recette moyenne par chambre louée, le revenu moyen par chambre disponible dit RevPAR (le revenu dégagé des nuitées vendues rapporté à la capacité totale de l'hôtel) et le taux d'occupation. De l'état de ces indicateurs dépend l'état du RBE (Résultat brut d'exploitation) et, donc, la capacité d'une entreprise hôtelière à dégager assez de revenu pour assurer le service de la dette, rémunérer les actionnaires et investir dans la rénovation. La bonne nouvelle pour l'hôtellerie marocaine est qu'en 2025, tous ces clignotants ont été au vert. Du luxe-haut de gamme au super économique, tous les segments ont bénéficié de la forte croissance de l'activité malgré la présence d'une importante offre informelle. C'est la conclusion qui se dégage du baromètre du cabinet français In Extenso, spécialisé dans le tourisme et l'hôtellerie. Le taux d'occupation moyen s'est établi à 61% sur l'ensemble de l'année marquant une progression de 4 points. C'est un chiffre historique pour les hôteliers qui retrouvent ainsi un peu de marge de manœuvre dans les négociations des tarifs avec les tour-opérateurs et les plateformes de réservation en ligne. Amélioration de la valeur perçue du client La croissance a été telle que dans les pôles touristiques comme Marrakech, Tanger, Rabat ou Agadir, plusieurs établissements ont dû fonctionner au maximum de leur capacité, voire frôler la saturation. Les unités du milieu de gamme affichent un taux d'occupation de 69% en moyenne, en hausse de 5 points, et un revenu moyen par chambre louée de 919 dirhams, soit 6% de plus qu'en 2024. Une double lecture peut être faite de cette évolution : la croissance enregistrée par ces hôtels bénéficiaires, ils ne vendent plus à des tarifs bas grâce à une demande qui reste très haute. La deuxième lecture est que ces unités ont réussi à améliorer leur compétitivité, notamment l'écart entre la valeur perçue (par le touriste) et les coûts. Au sens du cabinet In Extenso, l'hôtellerie «milieu de gamme» regroupe «les établissements 4, voire 3 étoiles qui offrent des unités d'hébergement de dimension confortable, bien équipées, et une gamme de services destinée à attirer une clientèle diversifiée : individuels affaires, loisirs, séminaires, etc.» Les hôtels de «luxe et haut de gamme», portés par les enseignes stars du secteur à Marrakech et Rabat, et un mois de décembre euphorique, améliorent la recette moyenne par chambre (louée) de 6%, à 2.385 dirhams (hors taxes), assortie d'un taux d'occupation moyen de 58%, en hausse de 3%. Selon la nomenclature du cabinet In Extenso (qui peut être différente du nombre d'étoiles affichées sur les murs), les hôtels de luxe correspondent aux établissements les plus prestigieux, qui se démarquent par leur localisation, la qualité de leur bâti, leur notoriété internationale, leur gamme étoffée d'équipements et de services (haute gastronomie, spa, etc.) ou encore leur proportion élevée d'unités de prestige. Ce segment inclut l'ensemble des unités ayant obtenu la distinction Luxe ainsi qu'une partie des hôtels 5 étoiles. Dans le «haut de gamme» sont inclus des hôtels de standing 4 ou 5 étoiles. Selon les analystes d'In Extenso, ces unités s'inscrivent dans la tranche supérieure du marché et proposent une gamme de services élargie sans bénéficier du prestige de la catégorie Luxe. En général, elles s'adressent à une clientèle un peu plus large. L'hôtellerie économique enregistre un taux d'occupation moyen de 59%, en hausse de 9 points de pourcentage tandis que le revenu moyen par chambre louée s'élève à 514 dirhams. Le RevPAR progresse de 3%. Les hôtels économiques, majoritairement 3 étoiles, proposent une gamme plus restreinte de services. Ils s'adressent à une clientèle sensible au rapport qualité/prix. Les vrais gagnants de la CAN En décembre dernier, les performances ont été propulsées par la Coupe d'Afrique des nations de football (CAN), tenue du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, et les fêtes de fin d'année. Durant cette période, le taux d'occupation moyen dans l'hôtellerie (tous segments confondus) s'est établi à 57% et le prix moyen par chambre louée à près de 2.055 dirhams (hors taxes), soit le niveau de prix moyen le plus élevé de l'année. Par rapport à 2024, ces deux indicateurs ont progressé respectivement de 6% et 13%. Agadir, Rabat et Fès-Meknès enregistrent les niveaux de fréquentation les plus élevés, soit plus de 65% de taux d'occupation en décembre. Casablanca a enregistré un taux d'occupation de 63% et une croissance de 12% par rapport à décembre de l'année précédente. Quant aux prix moyens, ils ont bien augmenté en décembre et dans l'ensemble des destinations, avec une palme particulière pour Rabat (+37%), Fès-Meknès (+21%) et Agadir (+19%). Comprendre les indicateurs d'activité Taux d'occupation : il indique le niveau moyen de fréquentation d'un hébergement sur une période donnée. Exprimé en pourcentage, il se calcule en divisant le volume d'unités d'hébergement louées et la capacité d'accueil disponible à la vente. Recette moyenne par chambre louée : elle reflète le prix moyen auquel est vendue une unité d'hébergement (chambre, suite, studio, etc.) sur une période donnée, déduction faite des réductions concédées, tarifs spéciaux, promotions de dernière minute, etc. Exprimée hors TVA, la RMC est déterminée en divisant le chiffre d'affaires hébergement (hors petits-déjeuners et autres recettes annexes) par le nombre d'unités d'hébergement louées, hors gratuités. Revenu moyen par chambre disponible (RevPAR) : il s'agit du rapport entre le chiffre d'affaires hébergement et le nombre d'unités d'hébergement disponibles à la vente. Exprimé hors TVA, il reflète les performances d'un établissement à la fois en termes de fréquentation et de prix moyen. Abashi Shamamba / Les Inspirations ECO