Largement distancée par sa voisine Tanger, Tétouan essaie progressivement de faire pousser ses zones d'activités économiques et industrielles. Le retard à rattraper est énorme, mais les perspectives peuvent d'ores et déjà s'annoncer prometteuses. Tétouan veut changer de visage sur le plan industriel et économique. Longtemps associée à son commerce traditionnel, à son artisanat et à son attractivité touristique, la ville compte s'imposer progressivement comme un pôle industriel structuré du Nord du Maroc. En 2025, les indicateurs liés aux zones économiques locales confirment une montée en puissance réelle, portée par des investissements privés soutenus et une offre foncière mieux organisée. Le cœur de cette transformation repose sur Tétouan Park, principale zone industrielle de la ville. Déployée sur 156 hectares, cette plateforme accueille aujourd'hui 126 projets installés ou en cours de développement dans l'industrie légère, la logistique, les services et certaines activités de transformation. Le volume cumulé des investissements privés mobilisés atteint 900 MDH. Côté emploi, environ 4.000 postes ont déjà été créés, un chiffre significatif pour une ville historiquement moins industrialisée que sa voisine Tanger. Phase IV L'année 2025 a également marqué une accélération qualitative. La quatrième phase d'extension de la zone, couvrant près de 39 hectares supplémentaires, est désormais opérationnelle. Elle cible notamment les petites et moyennes entreprises ainsi que les jeunes porteurs de projets, avec une offre de lots et de bâtiments industriels adaptés à des structures de taille intermédiaire. Cette orientation traduit une stratégie claire : consolider un tissu industriel local diversifié plutôt que dépendre exclusivement de grands groupes. Projets récents Plusieurs projets récents illustrent cette dynamique. L'entreprise Omimeuble, spécialisée dans la fabrication de mobilier, a mobilisé environ 7,5 MDH d'investissement au sein de Tétouan Park, générant une trentaine d'emplois directs. Dans le secteur de la logistique et de l'emballage, la société Marspapel, active dans la distribution de papier et de solutions d'emballage, a engagé près de 18 MDH pour la mise en place de ses installations, créant une cinquantaine de postes. Ces investissements, bien que de taille intermédiaire, traduisent la montée en densité du tissu productif local, porté par des PME structurées et orientées vers des segments à valeur ajoutée. L'un des faits marquants récents reste toutefois l'implantation du groupe Japan Tobacco International (JTI) au sein de Tétouan Park. Son unité industrielle, représentant un investissement d'environ 931 MDH, prévoit la création de 170 emplois directs. Ce projet d'envergure internationale renforce la visibilité de Tétouan auprès des investisseurs étrangers et consolide la crédibilité industrielle de la plateforme. Structuration Au-delà des zones strictement industrielles, la dynamique entrepreneuriale locale confirme cette tendance. En 2025, plus de 1.600 nouvelles entreprises ont été créées à Tétouan, tous secteurs confondus. Cette vitalité montre que l'écosystème ne repose pas uniquement sur les grandes plateformes, mais aussi sur un entrepreneuriat local actif, soutenu par l'amélioration des procédures administratives et par une meilleure structuration de l'offre d'accompagnement. Le positionnement géographique de Tétouan constitue un atout stratégique. Située dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, elle bénéficie de la proximité des grandes infrastructures portuaires et logistiques du Nord, tout en proposant un coût d'implantation plus modéré et un environnement urbain plus compact. Cette combinaison attire des entreprises à la recherche d'un équilibre entre compétitivité foncière, accessibilité et disponibilité de main-d'œuvre. Périphérie industrielle Le défi reste néanmoins important. Pour consolider sa mutation, Tétouan devra continuer à attirer des investissements à plus forte intensité technologique, développer les compétences locales en adéquation avec les besoins industriels et renforcer l'intégration de ses entreprises dans les chaînes de valeur nationales et internationales. La question n'est plus de savoir si la ville peut industrialiser son économie, mais à quelle vitesse et avec quel niveau de montée en gamme. Quoiqu'il en soit, Tétouan tente de quitter la périphérie industrielle pour entrer dans une phase de structuration solide. À Fnideq aussi ça bouge ! La Zone d'activités économiques de Fnideq s'impose comme un levier stratégique pour le développement économique du nord de Tétouan. S'étendant sur près de 95 hectares, elle vise à structurer le commerce de gros, la distribution et la logistique dans un contexte marqué par la fermeture du passage commercial avec Sebta et la volonté des autorités de lutter contre la contrebande. Ses entrepôts normalisés, ses voiries adaptées au transport de marchandises et ses espaces modulables accueillent déjà plusieurs dizaines d'unités opérationnelles, générant des centaines d'emplois directs et indirects. Cette zone ne se limite pas à une simple plateforme commerciale : elle constitue un projet de modernisation économique, offrant un cadre sécurisé aux investisseurs tout en favorisant l'insertion professionnelle des populations locales. Fnideq illustre ainsi la volonté du Nord du Maroc de conjuguer développement industriel, régulation des flux et impact social durable, tout en renforçant l'ancrage logistique du littoral méditerranéen. Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO