Sur le marché des changes, la semaine écoulée a rappelé avec netteté qu'en période de tension géopolitique et de regain d'aversion au risque, le dollar retrouve rapidement sa fonction de refuge, au prix d'un réajustement brutal des grandes parités. Dans l'univers des changes, certaines semaines déplacent plus que des cours. Elles redessinent la hiérarchie des monnaies, reconfigurent les arbitrages et rappellent que, dans les moments de tension, la liquidité reste un refuge en soi. C'est exactement ce que montre la dernière note de BMCE Capital Global Research. Sur fond d'escalade militaire au Moyen-Orient, de tensions persistantes autour du détroit d'Ormuz et de regain du risque énergétique, le billet vert a retrouvé une nette vigueur. L'indice DXY a progressé de 1,56% sur la semaine, porté à la fois par le retour de l'aversion au risque et par des statistiques américaines suffisamment solides pour entretenir l'idée d'une Réserve fédérale toujours prudente. Le tableau macroéconomique dressé par BKGR conforte ce mouvement. Aux Etats-Unis, les prix à la production ont accéléré à 0,5% à fin janvier, le PMI manufacturier s'est établi à 51,6 en février, l'indice PMI de Chicago a grimpé à 57,7 et les créations d'emplois ADP ont atteint 63 000 en février, après 11 000 un mois plus tôt. Même si certains indicateurs ont été moins bien orientés, comme la productivité non agricole revenue à 2,8% au quatrième trimestre 2025, l'ensemble a suffi à nourrir un biais favorable au dollar dans un marché dominé par la recherche de protection. L'euro pénalisé par la géopolitique et les hésitations européennes Face à ce retour en force du dollar, l'euro a cédé du terrain. La monnaie unique a reculé de 1,59% contre le billet vert dans une séquence où le risque géopolitique s'est superposé à des signaux économiques européens contrastés. La zone euro a certes affiché un PMI manufacturier en légère amélioration à 50,8 en février, ainsi qu'un PMI services à 51,9, mais les ventes au détail se sont contractées de 0,1% en janvier. S'y ajoutent une inflation allemande plus modérée et une perception de Banque centrale européenne plus prudente, qui ont contribué à fragiliser l'euro au moment même où le marché privilégiait les devises refuges. La livre sterling a, elle aussi, subi la pression du dollar, reculant de 0,92% face à la devise américaine. Mais elle a mieux résisté que l'euro, au point de s'apprécier de 0,69% contre la monnaie unique. BKGR y voit moins l'effet d'une force intrinsèque britannique qu'une conséquence de la hiérarchie des flux de refuge dans un environnement dominé par l'incertitude. Autrement dit, la semaine n'a pas consacré une devise européenne alternative. Elle a surtout validé la domination du dollar comme actif de protection dans un marché redevenu nerveux. Le dirham sous pression face au dollar, plus ferme contre l'euro Au Maroc, cette recomposition s'est traduite par une dépréciation du dirham face au dollar et, inversement, par une légère appréciation contre l'euro. Sur la semaine, la paire USD/MAD a progressé de 1,53%, tandis que la paire EUR/MAD a reculé de 0,12%. Au 5 mars 2026, le spot USD/MAD ressortait à 9,292, contre 9,1743 le 25 février. Dans le même temps, l'EUR/MAD s'établissait à 10,7890, contre 10,8134 quelques séances plus tôt. Le cours EUR/USD est, lui, revenu à 1,1611, ce qui résume bien le mouvement de fond observé à l'international. Les graphiques reproduits dans la note montrent par ailleurs une remontée de la volatilité implicite sur l'EUR/USD, ainsi qu'un changement marqué du positionnement sur les options, notamment à travers l'évolution du risk reversal. Ces éléments traduisent un marché qui ne se contente plus d'ajuster ses anticipations de taux. Il recommence à intégrer une prime de risque géopolitique et énergétique plus élevée. Pour le dirham, cela signifie que la pression venue du dollar pourrait rester sensible tant que persistera cet environnement international tendu, même si la devise marocaine conserve un comportement plus résilient face à l'euro.