L'escalade militaire enregistrée dans le conflit entre les Etats-Unis et l'Iran, déclenché fin février 2026, rebat les cartes économiques à l'échelle mondiale et fait peser de nouvelles incertitudes sur les grands chantiers. Hausse des prix de l'énergie, tensions sur les chaînes d'approvisionnement et renchérissement du financement… Mohamed jadri, économiste, décrypte les impacts potentiels de cette crise sur les projets d'infrastructures au Maroc, notamment ceux liés au Mondial 2030. Dans un contexte marqué par l'escalade des tensions entre les Etats-Unis et l'Iran, la question du coût des infrastructures liées à la Coupe du monde 2030 prend une nouvelle dimension. Selon Mohamed Jadri, économiste, l'enveloppe nécessaire pour les infrastructures directement liées à l'événement (stades, logistique urbaine et adaptations de transport) serait comprise entre 3 et 5 milliards de dollars. Cette estimation, avancée dès 2024, demeure globalement pertinente, même si certains projets pourraient pousser la dépense vers le haut de cette fourchette. Ces investissements concernent principalement les équipements sportifs et les aménagements urbains nécessaires à l'accueil des spectateurs lors des matchs. Toutefois, une partie importante des infrastructures (lignes à grande vitesse, autoroutes, aéroports et projets d'aménagement urbain) s'inscrit déjà dans la stratégie de développement du Royaume et ne doit pas être attribuée exclusivement à la tenue du Mondial. La Coupe du monde agit surtout comme un catalyseur, insiste l'économiste, accélérant certains chantiers sans en changer fondamentalement la nature. L'impact des tensions géopolitiques sur ces projets pourrait être significatif. Une intensification des actions militaires entre les belligérants pourrait contribuer à renchérir davantage les prix du carburant et du transport maritime, affecter la disponibilité de matériaux importés et accroître la volatilité des coûts. De plus, le carburant représente 30% à 40% du coût du transport routier et le transport lui-même constitue entre 10% et 15% du coût total d'un chantier. Ainsi, une augmentation de 10% du prix du gasoil peut mécaniquement se traduire par une hausse de 1% à 1,5% du coût global d'un projet. Cet effet peut s'amplifier sur certains matériaux sensibles aux coûts énergétiques, comme le ciment, l'acier ou le bitume. Enfin, si les tensions géopolitiques et la volatilité des marchés de l'énergie persistent, il est possible que les coûts des infrastructures connaissent une progression cumulative. Dans un scénario modéré, la hausse pourrait rester comprise entre 5% et 10% d'ici 2030, tandis que des perturbations durables sont susceptibles de générer des augmentations allant jusqu'à 20% sur certains projets spécifiques, explique Jadri. Abdelhafid Marzak / Les Inspirations ECO