Le marché des changes a brutalement changé de ton ces derniers jours, avec un dollar qui se renforce de nouveau face au dirham dans un contexte international plus nerveux. Le marché des changes a retrouvé, en l'espace d'une semaine, un niveau de tension que les opérateurs n'avaient plus observé depuis le début de l'année. Entre le regain d'aversion au risque provoqué par les tensions au Moyen-Orient et la solidité persistante des indicateurs américains, le dollar s'est nettement raffermi face aux principales devises. Le dirham n'y a pas échappé. Dans sa note hebdomadaire MAD Insights du 18 mars, Attijari Global Research souligne ainsi que la paire USD/MAD s'est appréciée de 1,27% sur la semaine, passant de 9,31 à 9,43. Le dollar reprend la main Selon AGR, ce mouvement s'explique d'abord par un environnement international devenu plus favorable au billet vert. La parité EUR/USD a reculé de 1,73% en une semaine pour revenir à 1,1417, soit sa plus forte baisse depuis le début de l'année. Le dollar a pleinement joué son rôle de valeur refuge dans un climat marqué par l'escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d'Ormuz, un corridor hautement stratégique pour le commerce énergétique mondial. Dans ce contexte, la poussée du Brent au-delà de 100 dollars le baril a ravivé la volatilité sur les marchés et renforcé la demande pour les actifs jugés les plus sûrs. Mais la dimension géopolitique n'explique pas tout. AGR met également en avant la publication de données macroéconomiques solides aux Etats-Unis. L'inflation de février est ressortie à +0,3%, en ligne avec les attentes, tandis que les demandes hebdomadaires d'allocations chômage ont légèrement reculé à 213.000. Les ventes de logements existants ont, elles aussi, dépassé les anticipations du marché. Résultat, les investisseurs continuent d'anticiper un statu quo de la Réserve fédérale lors du FOMC de mars 2026, avec une seule baisse de taux de 25 points de base envisagée en décembre. Autrement dit, le scénario d'un dollar durablement soutenu reste, à ce stade, intact. Le dirham pénalisé par le panier et la liquidité Sur le marché marocain, AGR observe que la hausse de l'USD/MAD a été alimentée par deux canaux simultanés. Le premier est l'effet panier, qui a contribué à hauteur de +0,64%, en lien avec l'appréciation du dollar sur les marchés internationaux. Le second est l'effet liquidité, également positif à +0,63%, signe d'un resserrement des conditions de liquidité sur le marché interbancaire des changes. Les spreads de liquidité se sont d'ailleurs resserrés de 61,6 points de base pour s'établir à -1,725% au 13 mars. Cette séquence confirme que le marché du change marocain reste très sensible au double jeu des facteurs externes et des conditions locales de financement en devises. Elle montre aussi que, même en régime de flexibilité encadrée, le dirham continue d'absorber rapidement les chocs venus de l'extérieur. Depuis le début de l'année, la paire USD/MAD affiche d'ailleurs une progression de 3,30%, tandis que le CAD/MAD grimpe de 3,52%, le CHF/MAD de 4,03% et le GBP/MAD de 1,91%. Seul l'euro évolue dans un registre plus contenu, avec une hausse de 0,91 % de l'EUR/MAD en cumul annuel. AGR maintient un scénario de détente graduelle Pour autant, la note d'AGR ne verse pas dans l'alarmisme. Le bureau de recherche maintient ses prévisions à un, deux et trois mois. Ses niveaux cibles pour l'USD/MAD ressortent à 9,32 à un mois, 9,32 à deux mois et 9,29 à trois mois, contre un spot de 9,43 au 13 mars. Pour l'EUR/MAD, les cibles sont fixées à 10,93, 10,93 et 10,90, contre un niveau spot de 10,81. Cette relative stabilité prospective s'appuie sur deux hypothèses. D'un côté, les anticipations des brokers sur l'EUR/USD tablent sur un dollar encore ferme à court terme, mais sans emballement supplémentaire. De l'autre, les spreads de liquidité du dirham devraient se resserrer progressivement à l'horizon d'un à deux mois, avant de s'alléger à trois mois. En clair, AGR considère que la poussée récente du dollar contre le dirham relève davantage d'un choc de marché que d'un changement durable de régime.