Sous pression démographique et économique, Casablanca-Settat accélère sa mue en matière de mobilité. Renforcement du parc de bus, pari sur le ferroviaire et test grandeur nature lors de la CAN, la région affine sa stratégie pour répondre aux exigences des grands événements internationaux. À l'approche des grands rendez-vous internationaux que s'apprête à accueillir le Maroc, la mobilité s'impose plus que jamais comme un enjeu stratégique. C'est le message qu'a porté Abdelatif Maâzouz, président de la région Casablanca-Settat, à l'ouverture de la table ronde organisée au siège de la région autour du thème «La mobilité urbaine et intercommunale à l'ère des grands événements internationaux». Casa-Sud, futur nœud multimodal D'emblée, le président de la région a tenu à rappeler que la mobilité ne relève pas seulement de la circulation ou de l'accessibilité, mais qu'elle constitue un véritable levier de développement territorial. «Une mobilité mieux structurée favorise l'accès à l'emploi, soutient l'attractivité économique et contribue à l'amélioration du cadre de vie. De plus, sur le plan environnemental, les effets sont déjà perceptibles des efforts engagés entre 2023 et 2026», indique-t-il. Selon les données de la station d'observation de l'environnement, la qualité de l'air s'est nettement améliorée en 2026, passant de points rouges aux points verts dans certaines zones, portée notamment par le renouvellement du parc de bus, l'extension des lignes de tramway et l'élargissement de plusieurs axes routiers. Ces avancées prennent une dimension particulière dans une région confrontée à une forte pression démographique et économique. Casablanca-Settat concentre à elle seule 31% du PIB national. Si son territoire reste majoritairement rural en superficie, la population est en revanche essentiellement urbaine, avec 73,3% des habitants vivant en ville contre 26,7% en milieu rural. La région gagne en moyenne un million d'habitants tous les dix ans. Elle concentre aussi 35% du parc automobile national et enregistre quotidiennement quelque 625.000 déplacements interrégionaux, dont la moitié s'effectue en transport en commun. Le tissu du transport y est dense, avec 14.781 entreprises recensées, grands et petits taxis compris, même si le poids du transport informel demeure élevé. Face à cette pression croissante, la région entend poursuivre l'effort. L'accessibilité restant au cœur de ses priorités, le programme d'acquisition de bus doit être renforcé, avec un objectif de 900 bus et une tranche supplémentaire de 115 véhicules en 2027. Mais pour Abdelatif Maâzouz, le véritable tournant se situe du côté du ferroviaire. Aujourd'hui encore marginal dans la répartition modale, avec un peu plus de 1% du transport mixte, il est appelé à devenir l'épine dorsale de la mobilité urbaine. Dans cette perspective, la future gare Casa-Sud, dont l'achèvement est prévu en 2029, est présentée comme un projet structurant. Pensée comme une gare multimodale, elle devra relier efficacement la périphérie, l'aéroport et le centre-ville, tout en offrant une alternative crédible à l'usage de la voiture individuelle. Au-delà des infrastructures, le président de la région a insisté sur la nécessité d'un cadre de gouvernance solide pour piloter des chantiers d'une telle ampleur. Le Conseil régional plaide ainsi pour la mise en place d'un organisme régulateur dédié, à travers soit la création d'une institution régionale de gouvernance, soit l'élargissement du rôle de Casa Transport à l'échelle régionale. La CAN, test grandeur nature La seconde partie des échanges a permis d'apporter un éclairage plus opérationnel, à travers les retours d'expérience des acteurs du secteur. Les intervenants, essentiellement des opérateurs publics, ont globalement estimé que les dispositifs déployés lors des grands événements récents ont permis de tester, dans des conditions réelles, la robustesse du système de mobilité casablancais. Le réseau, déployé sur les 18 communes de l'établissement de coopération intercommunale, s'appuie déjà sur une offre structurée combinant tramway, BHNS et bus. Les opérateurs ont souligné l'importance du cadre contractuel existant, de la coordination avec les autorités et de l'expérience acquise à Casablanca dans la gestion régulière de grands flux, notamment lors des matchs de football impliquant les deux grands clubs de la ville. Plusieurs adaptations ont néanmoins été mises en œuvre à l'occasion de la CAN, considérée comme un test grandeur nature en vue d'échéances plus importantes encore. L'information voyageurs a été renforcée et adaptée à un public international, avec des dispositifs déployés en arabe, en français et en anglais, aussi bien dans les stations que sur le réseau. Des hôtesses d'accueil ont été mobilisées et le pilotage de l'exploitation a été ajusté en temps réel pour éviter aussi bien la saturation que la surcapacité. Les opérateurs ont également accéléré l'installation de caméras et le déploiement d'outils de cybersécurité afin de mieux sécuriser les centres de contrôle. Sur le plan tarifaire, les intervenants ont rappelé que Casablanca demeure la seule grande ville du Royaume à avoir maintenu ses tarifs inchangés depuis 2012. Plutôt qu'une hausse des prix, le choix a porté sur le développement de nouveaux produits, notamment des pass de courte durée mieux adaptés aux visiteurs et aux touristes. Selon le représentant du ministère de la Logistique, ce sont 250.000 supporters qui ont été transportés lors de la période de déroulement de la CAN. Le panel a aussi ouvert la réflexion sur les enseignements à tirer en matière de gouvernance. Pour plusieurs participants, ces événements n'ont pas tant révélé une incapacité qu'ils ont confirmé la possibilité, pour le Maroc, d'organiser de grands rendez-vous dans de bonnes conditions. En revanche, ils ont mis en lumière la complexité d'une gouvernance encore éclatée entre plusieurs niveaux d'intervention : l'Etat, le ministère de l'Intérieur, les régions, les communes et les opérateurs. La régionalisation avancée appelle désormais une actualisation des textes et une clarification des compétences, notamment pour mieux articuler transport urbain, transport interurbain et infrastructures d'accueil. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO