Le marché des devises est reparti autour d'un axe clair en cette fin de mois de mars. Porté par les tensions géopolitiques et la fermeté persistante des anticipations d'inflation, le dollar reprend l'avantage, pendant que l'euro et la livre cèdent du terrain, sur fond de remontée des rendements souverains et de sélectivité accrue envers les marchés émergents. Le marché des changes a retrouvé, en cette fin de mois, une hiérarchie très lisible. Quand l'environnement géopolitique se tend, que l'énergie renchérit et que les anticipations d'inflation remontent, le dollar redevient le centre de gravité des arbitrages. C'est exactement ce que décrit BKGR dans sa note Foreign rates weekly. Le billet vert a progressé de 0,25% sur la semaine, porté par son statut de valeur refuge, tandis que l'euro a cédé 0,33% face à la devise américaine et que la livre sterling a perdu 0,72% contre le dollar. Cette séquence n'est pas seulement une histoire de devises. Elle traduit un changement plus profond dans la lecture du risque mondial. Pour BKGR, la combinaison d'un Moyen-Orient sous tension, de prix de l'énergie durablement élevés et d'une Réserve fédérale plus prudente maintient un biais favorable au dollar. En face, l'euro souffre davantage parce que le choc énergétique pèse plus lourdement sur la zone euro et fragilise les perspectives de croissance, malgré un discours encore ferme de la BCE. La livre, elle, encaisse à la fois la force du dollar et les doutes entourant la trajectoire monétaire britannique. La tension remonte aussi sur les rendements Le mouvement de refuge vers le dollar n'empêche pas une remontée générale des taux souverains. Entre le 23 et le 30 mars, les rendements à 10 ans ont progressé sur l'ensemble des grands marchés suivis par BKGR. L'Italie enregistre la plus forte hausse hebdomadaire avec +15,88 points de base (pbs) à 4,05%. La France suit avec +12,37 pbs, à 3,83%, devant l'Espagne, à 3,63% et l'Allemagne, à 3,10%. Au Royaume-Uni, le 10 ans s'établit à 4,97%, tandis qu'aux Etats-Unis, le T-Bond 10 ans remonte à 4,40%. Autrement dit, le marché price moins une détente rapide des conditions financières qu'une phase plus longue de vigilance monétaire. Le segment monétaire confirme d'ailleurs cette lecture. BKGR relève un Euribor 3 mois à 2,13% et un Term SOFR 3 mois à 3,89%. Les spreads 3 mois ressortent à -1,80 pbs pour l'Euribor et à -3,37 pbs pour le SOFR. Ce ne sont pas des chiffres spectaculaires en eux-mêmes, mais ils montrent un marché qui reste calibré pour une gestion fine du risque de taux, sans basculer dans l'idée d'un assouplissement monétaire brutal. Les marchés émergents restent très différenciés L'autre enseignement du tableau dressé par BKGR tient à la fragmentation du monde émergent. Les politiques monétaires ne convergent pas. Le taux directeur reste inchangé au Maroc, à 2,25%, comme en Afrique du Sud, à 6,75% et au Mexique, à 7%, tandis que la Turquie l'abaisse à 37%, le Brésil à 14,75% et l'Egypte à 19%. Sur le front du risque souverain, les écarts sont encore plus marqués. Le CDS 5 ans du Maroc ressort à 99,50 pbs, loin des 307,19 pbs de la Turquie et en dessous de l'Afrique du Sud, à 200,88. Le Brésil se situe à 142 pbs et le Mexique à 111. Cette dispersion montre que le marché ne sanctionne pas indistinctement tous les émergents. Il trie davantage qu'il ne condamne. Pour le Maroc, l'image est plus nuancée. D'un côté, le taux directeur demeure stable et le 10 ans domestique ressort à 2,939%, avec une variation de -20,10 pbs en glissement annuel dans le tableau de BKGR. De l'autre, le MASI affiche une contre-performance de 8,50% depuis le début de l'année et le CDS 5 ans marocain a progressé de 31 pbs. Sur le marché secondaire africain des Eurobonds, les souches souveraines marocaines offrent des rendements de 2,82% sur l'échéance 2026, 3,93% sur 2030, 4,09% sur 2031 et 5,98% sur 2042. Le message est clair. Le Royaume reste dans la zone des signatures relativement lisibles, mais il n'échappe pas à la remontée de la prime de risque globale.