La quatrième édition du GITEX Africa, qui s'est tenue à Marrakech, a été le théâtre de plusieurs signatures stratégiques majeures pour l'écosystème numérique continental. Retour sur les cinq contrats structurants de ce rendez-vous technologique. Entre souveraineté numérique et réindustrialisation par la donnée, le Maroc a confirmé son rôle de tour de contrôle de la tech continentale. La 4e édition du Gitex Africa, qui s'est tenue à Marrakech, a été marquée par des méga deals avec, à la clé, des milliards de dirhams qui vont être injectés dans le secteur. Voici le décryptage des cinq accords qui vont, dès demain, changer la donne. Nexus AI Factory : l'infrastructure comme acte de souveraineté C'est le dossier qui a fait trembler les compteurs. Le partenariat entre l'Etat marocain et Nexus core systems ne se limite pas à un simple investissement de 12 milliards de dirhams ; il s'agit de la fondation d'une indépendance algorithmique. En installant ce complexe à Nouaceur, puis dans le Nord, le Maroc ne se contente plus de louer de la puissance de calcul à l'étranger, il la produit chez lui. Ce projet de «AI Factory» est un pari sur la densité : un datacenter haute performance couplé à un centre d'excellence pour former les cerveaux de demain. Le choix de Nvidia pour la technologie et de TAQA Morocco pour une alimentation 100% renouvelable ancre le projet dans une modernité double, à la fois numérique et écologique. Pour Amal El Fallah Seghrouchni, c'est le socle qui manquait pour que l'IA ne soit plus un concept de laboratoire, mais un moteur industriel. L'investissement colossal : 12 MMDH (1,29 Md USD) injectés pour une infrastructure déployée dès 2027 sur deux sites stratégiques. Le trio gagnant : une alliance entre le savoir-faire britannique (Nexus), la puissance de calcul américaine (Nvidia) et l'énergie verte marocaine (TAQA). La finalité : créer un hub complet incluant calcul HPC, formation de pointe et accélération de startups locales. inwi et China mobile : la 5G au service de l'usine de demain On a beaucoup parlé de la 5G pour le grand public, mais inwi vient de prouver que son véritable terrain de jeu est ailleurs : dans l'industrie. En s'alliant au géant China mobile international, l'opérateur marocain s'attaque à un chantier de 52 hectares près du port de Nador. L'idée est simple mais redoutablement efficace : déployer le premier réseau 5G privé industriel du pays. Ici, la latence n'est pas un confort, c'est une exigence pour automatiser les flux et piloter des machines en temps réel. En installant cette infrastructure dans la région de l'Oriental, inwi positionne le Maroc comme la base arrière de l'Industrie 4.0 en Afrique, capable d'offrir aux investisseurs internationaux un environnement technologique aux standards mondiaux. Ciblage industriel : une zone de 52 hectares dans l'Oriental, transformée en laboratoire vivant de l'automatisation avancée. Expertise croisée : inwi gère la conception et l'exploitation, s'appuyant sur l'expérience de China mobile dans les déploiements massifs. Impact logistique : un boost direct pour la compétitivité du complexe portuaire de Nador et des industries périphériques. BOA et le Morocco finTech center : briser les silos financiers Dans le secteur bancaire, l'heure n'est plus à la méfiance envers les agitateurs du numérique. Bank of Africa (BOA) l'a bien compris en renforçant ses liens avec le Morocco finTech center. Ce partenariat est une pièce maîtresse de la stratégie nationale d'inclusion financière. L'objectif est d'accélérer l'expérimentation : permettre à des jeunes pousses de tester leurs solutions au sein d'une structure bancaire massive, tout en bénéficiant de son réseau. Cette structuration de l'écosystème est vitale. Elle transforme la banque traditionnelle en une plateforme ouverte, capable d'intégrer des services de paiement ou de crédit plus agiles, indispensables pour toucher les populations encore peu bancarisées. Synergie public-privé : un rapprochement entre un leader bancaire et une structure d'accélération pour fluidifier l'innovation. Objectif inclusion : développer des outils digitaux capables de simplifier l'accès aux services financiers pour tous. Accélération opérationnelle : favoriser les «bac à sable» (sandboxes) pour tester des solutions en conditions réelles.Gaming – Huawei et le ministère de la Jeunesse : la manette comme levier de croissance On a longtemps regardé le jeu vidéo comme un simple loisir. Huawei Maroc et le ministère de la Jeunesse et de la Culture viennent de rappeler qu'il s'agit d'une industrie lourde. L'accord signé vise à structurer une filière capable de générer 300 millions de dollars de revenus d'ici 2027. Le Maroc a les talents, Huawei apporte la pile technologique et l'expertise en infrastructure cloud. En soutenant le Morocco gaming expo 2026 et en lançant des programmes de mentorat, ce deal cherche à créer une «filière d'excellence». L'idée est de passer du statut de consommateur de jeux importés à celui de créateur de contenus exportables, un levier d'emploi massif pour la jeunesse marocaine. Potentiel financier : un marché national visé de 300 millions USD à l'horizon 2027, avec une forte composante export. Appui technique : Huawei devient le partenaire technologique clé pour le mentorat et l'infrastructure cloud des développeurs. Souveraineté culturelle : développer un écosystème local pour créer des jeux «Made in Morocco». Tamwilcom – Morocco fintech center : le partenariat qui structure le secteur des fintechs Le partenariat scellé entre Tamwilcom et le Morocco fintech center (MFC) apporte une réponse aux besoins d'accompagnement du secteur financier numérique. En officialisant cette coopération lors du GITEX Africa 2026, les deux institutions mettent en place un cadre destiné à faciliter le parcours des porteurs de projets. Cet accord permet de lier l'expertise sectorielle du MFC aux instruments de financement et de garantie gérés par Tamwilcom. L'objectif est de renforcer la visibilité des startups FinTech tout en sécurisant leur intégration dans le système financier national. Ce rapprochement s'inscrit en complément du programme Startup venture building opéré par Tamwilcom. Ce dispositif introduit, notamment, une bourse de vie pour permettre aux entrepreneurs de se consacrer à leurs projets, tout en prévoyant des prêts d'honneur et des crédits d'accélération. L'ensemble de ces mesures vise à soutenir la montée en charge des startups les plus matures du Royaume. Partenariat stratégique : signature d'une convention de coopération pour dynamiser l'écosystème FinTech au Maroc. Synergie de compétences : mise en commun des ressources de Tamwilcom et du MFC pour soutenir l'innovation financière. Accélération sectorielle : un cadre d'accompagnement dédié pour faciliter l'accès aux mécanismes de financement publics. Le défi de l'après-salon Si l'euphorie des signatures est palpable, la lucidité impose de regarder les obstacles qui jonchent la route. Un contrat de 12 milliards de dirhams, par exemple, ne se transforme pas en «AI Factory» par magie. Le premier défi sera celui du capital humain, et le second défi, celui de l'intégration locale. Il ne faudrait pas que ces mégas projets restent des enclaves technologiques déconnectées du tissu des PME marocaines. Enfin, la question de l'énergie reste centrale. Certes, les partenariats verts sont signés, mais la stabilité et le coût de cette énergie seront les juges de paix de la rentabilité de nos datacenters à long terme. Abdelhafid Marzak / Les Inspirations ECO