L'Agence nationale de régulation des télécommunications vient de lancer une procédure pour obtenir la reconnaissance EFQM, un label international d'excellence managériale. Pour la première fois, un régulateur marocain accepte de soumettre son fonctionnement interne à cette évaluation externe rigoureuse. Explications sur un pari stratégique qui pourrait changer la donne pour l'ensemble du secteur numérique au Maroc. L'Agence nationale de régulation des télécommunications (ANRT) a discrètement lancé une procédure qui, à bien des égards, change la donne. Le régulateur se prépare à remplir les formalités en vue de l'obtention de la reconnaissance EFQM (European foundation for quality management). En clair, l'institution choisit de soumettre son propre fonctionnement à une évaluation internationale rigoureuse, avec ce que cela implique de transparence, de remise en cause et de transformation interne. Jamais une autorité de régulation sectorielle au Maroc n'avait franchi ce pas. Le modèle EFQM, référentiel d'excellence utilisé par des milliers d'organisations à travers le monde, exige de mesurer non seulement les résultats mais aussi la maturité des processus, la qualité du leadership et la capacité à créer de la valeur pour toutes les parties prenantes. Pourquoi l'ANRT a besoin de l'excellence EFQM Ce choix n'est pas anodin. Il intervient dans un secteur sous haute tension. Entre le déploiement accéléré de la fibre optique, l'exigence de couverture haut débit sur l'ensemble du territoire, la gestion des infrastructures critiques et la protection des données personnelles, l'ANRT doit à la fois innover, contrôler et anticiper. Dans ce contexte, adopter une démarche d'amélioration continue reconnue internationalement n'est pas un luxe, mais une nécessité stratégique. Le modèle EFQM repose donc sur une évaluation rigoureuse des processus, des résultats et de la capacité à générer de la valeur pour l'ensemble des parties prenantes. Pour l'ANRT, cela signifie concrètement mieux mesurer l'efficacité de ses décisions, renforcer la cohésion de ses équipes et gagner en crédibilité face aux opérateurs télécoms, aux institutions européennes et aux investisseurs. Ce que cette certification suppose en interne Techniquement, obtenir la reconnaissance EFQM ne se résume pas à un audit de conformité. Cela suppose une transformation profonde des pratiques de management. L'ANRT devra accepter de se regarder elle‐même avec un œil critique, de formaliser ses processus, de quantifier ses résultats et d'identifier ses axes de progrès avec une transparence inhabituelle pour une administration. Concrètement, l'Agence va devoir mobiliser l'ensemble de ses directions autour d'un projet fédérateur, former ses cadres à la logique RADAR (Résultats, Approche, Déploiement, Evaluation, Révision), et accepter que des évaluateurs externes viennent interroger ses pratiques, y compris les plus sensibles. Un signal fort pour l'écosystème des télécommunications Au‐delà des murs de l'ANRT, cette certification envoie un message puissant aux opérateurs et aux acteurs du numérique. En se soumettant volontairement à une évaluation d'excellence, l'Agence se positionne comme un partenaire engagé dans une dynamique de qualité partagée. Cela peut faciliter le dialogue, désamorcer les tensions et créer un langage commun autour de la performance. De plus, dans un contexte où le Maroc accélère sa transformation numérique, disposer d'un régulateur certifié EFQM renforce l'attractivité du pays pour les investisseurs étrangers, sensibles aux garanties de bonne gouvernance. Les défis à ne pas sous‐estimer La route vers la certification est exigeante. L'ANRT devra réussir le pari délicat de préserver son indépendance et sa force de coercition tout en adoptant une culture d'auto‐évaluation et d'ouverture. Il faudra également éviter que la démarche ne se dilue dans un excès de formalisme, parfois reproché aux grands modèles de qualité. Enfin, la certification EFQM étant un point de départ, elle doit être renouvelée et entretenue. L'ANRT s'engage donc dans un processus de long terme, qui devra résister aux aléas politiques, budgétaires et humains. Les prochains mois, avec l'évaluation à blanc puis l'audit officiel, marqueront le début du parcours de l'Agence, de la régulation à l'excellence.