«La presse écrite marocaine n'aborde pas suffisamment les sujets liés à l'enfance. Et lorsqu'elle le fait, elle s'y prend mal». Tel pourrait être le résumé du rapport «L'enfance dans la presse écrite au Maroc», dont les premiers résultats ont été diffusés récemment. Réalisée conjointement, entre 2007 et 2009, par l'Observatoire national des droits de l'enfant (ONDE) et le Fonds national pour l'enfance (Unicef), l'étude vise à décrypter le traitement des sujets relatifs à l'enfance par la presse écrite. En quête de sujets «sexy» Le constat est sans appel. Sur les 49 publications passées au crible (dont 29 quotidiens), les sujets relatifs à l'enfance sont rares. Six articles en moyenne par jour. Et lorsque le sujet est abordé, il est traité de manière à ce qu'il soit le plus «vendeur» possible. On l'oublie souvent, un organisme de presse est une entreprise qui, comme toutes les autres, cherche à faire du profit. Qu'est-ce qui fait vendre ? Des scoops, des histoires qui choquent, des images qui comblent le voyeurisme du lecteur. A en juger par les résultats de l'enquête, la presse arabophone est férue de sujets salaces touchant aux enfants. Viols, pédophilie, et exploitation économique remportent la palme des sujets abordés, soit 24% de l'ensemble des articles. La presse francophone est, quant à elle, «plus prudente et réalise un traitement plus conventionnel de l'information», souligne le sociologue Mohamed El Aouad, qui a participé à l'analyse des résultats de l'étude. Toutefois, quand un organe de presse traite d'un sujet relatif à l'enfance, c'est le plus souvent grâce au journaliste qui prend lui-même l'initiative de l'aborder. Une vérité dégagée par l'étude quand on sait que très peu de journalistes se spécialisent dans la thématique enfance. Un traitement de surface Souvent, c'est l'actualité qui le lui impose. Parlement de l'enfant, rentrée scolaire, ou encore journée mondiale de l'enfance. Les occasions sont connues. Seulement, les analyses et réflexions de spécialistes ou des journalistes eux-mêmes sont quasi inexistantes. «L'effort pour se documenter est irrégulier», lance Aniss Maghri, chargé de la communication à l'antenne marocaine de l'Unicef. Cette carence, associée au manque d'intérêt, fait basculer la balance du mauvais côté. Un quart des articles produits enfreignent à ce titre les règles de déontologie professionnelle et l'éthique. «Plusieurs chefs de presse ont avoué que sous une charge importante de travail (en particulier pour les quotidiens), ils fermaient les yeux sur certains détails qu'ils ne jugeaient pas importants», ajoute Maghri. Ce qui souligne la nécessité de former les journalistes (et les chefs de publication) au traitement de sujets délicats comme ceux liés à l'enfance.