Réuni en session extraordinaire le mercredi 28 janvier 2026, en présence de la majorité de ses membres, le bureau exécutif de l'Association Nationale des Médias et des Editeurs (ANME) a exprimé une condamnation ferme et argumentée des propos tenus par le chef d'un parti politique lors d'une séance plénière à la Chambre des représentants, propos jugés offensants à l'encontre de l'association, de son président et de ses membres. Des déclarations, diffusées publiquement à la radio et à la télévision, qui ont suscité une vive inquiétude quant à la banalisation d'un discours stigmatisant à l'égard des acteurs du quatrième pouvoir. Au-delà de l'incident verbal, la réunion a été consacrée à un examen approfondi de ce que l'ANME qualifie de campagne ciblée contre l'association, ainsi qu'aux développements récents relatifs au projet de loi encadrant le Conseil National de la Presse, à la lumière de la décision de la Cour constitutionnelle, et aux enjeux structurels liés à la pérennité économique de l'entreprise de presse. Prenant la parole, le président de l'ANME, Driss Chahtane, a dressé un bilan qu'il qualifie de « dépassant les attentes initiales », soulignant que l'action collective menée par l'association a contribué à éviter l'effondrement du secteur durant la crise sanitaire du Covid-19. Une crise existentielle dont les répercussions économiques et sociales continuent de fragiliser de nombreuses entreprises de presse, malgré les efforts de restructuration engagés. Le président a insisté sur la cohérence d'une vision prospective claire et intégrée, visant à structurer durablement l'entreprise médiatique afin qu'elle puisse, à terme, s'appuyer sur ses propres ressources. Cette ambition passe par une réforme profonde du système de la presse et des médias, incluant la montée en compétence des ressources humaines, l'amélioration de leurs conditions de travail et de formation, ainsi qu'une prise en compte réaliste de leur situation matérielle. Les débats ont également porté sur les équilibres financiers du secteur, le modèle économique des entreprises de presse, leurs relations avec les géants du numérique, les plateformes mondiales et le marché publicitaire. Lire aussi: Médias : l'ANME alerte sur une dérive politicienne et une crise institutionnelle sans précédent Dans ce cadre, l'ANME a élargi la réflexion à des chantiers spécifiques, notamment celui de la réforme de la presse sportive, appelant à rompre avec les logiques de laxisme et de rente. Ces projets, a précisé le président, ont été engagés en coordination avec les autorités publiques concernées, qui reconnaissent l'association comme un interlocuteur sérieux et crédible dans l'élaboration d'une feuille de route tenant compte de la diversité du tissu médiatique national : presse nationale et régionale, grandes, moyennes et petites entreprises, supports imprimés et médias électroniques. L'association n'a toutefois pas éludé les résistances rencontrées. Selon son président, certaines parties, marginales mais actives, ont choisi d'opérer dans des « eaux troubles », recourant à des fuites illégales et à des alliances de circonstance avec des acteurs politiques, dans le but de faire échouer un projet de réforme sectorielle en le transformant en instrument électoraliste, au moyen de méthodes populistes. C'est dans ce contexte que l'ANME a tenu à préciser qu'elle ne se laissera pas entraîner dans des dérives verbales ou des polémiques stériles visant à retourner l'opinion publique contre elle. L'association rappelle son positionnement constant d'égale distance vis-à-vis de l'ensemble des acteurs politiques, soulignant qu'elle regroupe toutes les composantes de la presse nationale – indépendante, partisane et régionale – et qu'elle œuvre à la complémentarité avec la scène politique, dans le respect de son rôle de quatrième pouvoir et de sa mission de contribution à la conscience civique. Sur le plan institutionnel, l'ANME a salué la décision de la Cour constitutionnelle ayant déclaré l'inconstitutionnalité de certains alinéas de la loi organique du Conseil national de la presse, tout en refusant toute lecture binaire en termes de victoire ou de défaite. Elle relève toutefois que cette décision entraîne de facto le blocage du renouvellement des instances du Conseil et prolonge sa paralysie au moins jusqu'à la session parlementaire d'avril 2026, voire au-delà. Une situation préoccupante, alors que plusieurs dossiers professionnels urgents demeurent en suspens, notamment le renouvellement des cartes de presse, des cartes de transport ferroviaire, ainsi que les travaux des commissions d'éthique et d'arbitrage. Enfin, concernant le soutien public à l'entreprise de presse, l'ANME a réaffirmé son exigence de transparence totale. Parmi les options évoquées figure la saisine de la Cour des comptes afin d'obtenir la publication exhaustive de la liste des bénéficiaires du soutien public entre 2005 et 2025, des montants alloués, de leurs retombées réelles sur le paysage médiatique et de l'identification des bénéficiaires effectifs. Une démarche qui, selon l'association, vise à assainir le débat public et à mettre fin aux amalgames. À l'issue d'un débat approfondi, les membres présents ont adopté à l'unanimité plusieurs décisions, saluant l'engagement, le travail et les sacrifices consentis par la direction de l'ANME dans la défense de l'entreprise médiatique. Des efforts marqués, selon eux, par l'abnégation et le sens de l'intérêt général, au service d'un secteur appelé à se réformer sans céder aux pressions conjoncturelles ni aux calculs politiciens.