Alors que le Maroc cherche à renforcer la compétitivité de son tissu entrepreneurial, la Charte de l'investissement entièrement dédiée aux TPME marque une évolution majeure dans la politique économique nationale. Cette nouveauté a été au cœur des débats d'une conférence du cycle Le Cercle des Eco, organisée par Horizon Press en partenariat avec Attijariwafa bank et le Centre régional d'investissement Rabat-Salé-Kénitra. Animée par Hicham Bennani, Directeur Général Délégué de Horizon Press, la rencontre a réuni trois spécialistes au cœur de cet écosystème : Hind Driouech, Directrice Exécutive du Marché entreprises à Attijariwafa bank, Meriem Zairi, présidente de la Commission entrepreneuriat et TPME à la CGEM, et Mohcine Benjelloun, Directeur du CRI Rabat-Salé-Kénitra. Lecture croisée des objectifs, promesses et défis d'un dispositif inédit et qui fera immanquablement date. La charte de l'investissement TPME, centrée sur l'inclusion, la territorialité et la création d'emplois, redéfinit profondément les conditions d'accès au financement pour les jeunes entrepreneurs. En mettant l'accent sur les primo-investisseurs, c'est-à-dire les jeunes porteurs de projets qui se lancent pour la première fois, elle ouvre un champ d'opportunités inédit pour transformer une idée en entreprise viable. La question centrale reste : qu'est-ce qu'un jeune entrepreneur peut concrètement obtenir grâce à cette charte et comment peut-il s'y préparer pour maximiser ses chances de succès ? La mesure la plus marquante pour les primo-investisseurs est l'accès à une subvention publique pouvant atteindre 30% du montant du projet. C'est du concret. «À partir d'un million de dirhams, un jeune entrepreneur peut bénéficier de 30%. C'est vraiment considérable pour quelqu'un qui vient de commencer. Cela booste extrêmement sa capacité financière et augmente même la partie apport dans la bancabilité du projet», explique Hind Driouech, Directrice Exécutive du Marché Entreprises à Attijariwafa bank Cette subvention est un levier déterminant pour alléger la charge financière du jeune entrepreneur et réduire le risque de défaillance dans les premières années, qui constituent souvent la période la plus fragile pour une jeune entreprise. Hind Driouech souligne également que cette initiative place les primo-investisseurs sur un pied d'égalité avec les entreprises déjà établies. «On devrait se féliciter d'avoir vraiment mis le point sur les primo-investisseurs. Ils peuvent en bénéficier comme les entreprises qui sont déjà établies», souligne-t-elle. Au-delà du soutien financier, la charte renforce l'accompagnement des jeunes entrepreneurs via les Centres Régionaux d'Investissement (CRI). Ces centres ne se limitent pas à instruire les dossiers. Ils offrent un véritable accompagnement stratégique et méthodologique. Mohcine Benjelloun, directeur du CRI de Rabat-Salé-Kénitra, est catégorique. «Rendez-vous demain chez vous, dans votre province ou préfecture, pour un atelier de travail. On échange sur votre projet, on le challenge, on examine vos dossiers, on identifie vos besoins en formation ou coaching. C'est vraiment un accompagnement complet que nous offrons», plaide-t-il. Benjelloun ajoute que cette approche repose sur la connaissance approfondie du tissu territorial, acquise par le traitement quotidien de dossiers de toutes natures. Cette expertise locale permet de proposer des solutions adaptées aux réalités du terrain et de s'assurer que chaque projet est réaliste, viable et aligné sur les critères d'éligibilité bancaire. La charte vise également à encourager les jeunes entrepreneurs à passer d'un entrepreneuriat de survie à un entrepreneuriat capable de créer de l'emploi et de la valeur. Meriem Zairi, présidente de la Commission entrepreneuriat et TPME à la CGEM, souligne que ce dispositif permet aux jeunes entrepreneurs de voir plus grand, «de passer du stade d'entrepreneuriat élémentaire à un entrepreneuriat plus ambitieux». Zairi insiste sur la nécessité d'une préparation sérieuse et d'un calcul économique rigoureux pour maximiser les chances d'obtenir le financement. Selon elle, la charte représente une opportunité unique pour les jeunes entrepreneurs, mais elle exige un engagement total et une réflexion structurée sur la bancabilité et la viabilité de leur projet. Une condition indispensable pour bénéficier de la charte est la détention d'au moins 10% de fonds propres par le porteur de projet. Cette exigence, que l'on pourrait considérer comme un seuil minimal, joue un rôle central dans la sécurisation des projets. Ainsi, le financement public de 30% n'est accordé qu'en contrepartie d'un engagement personnel significatif. Il s'agit d'un moyen de responsabiliser le porteur de projet et de garantir que l'argent public est utilisé pour des initiatives solides. Pour éviter de reproduire les échecs des dispositifs précédents, la charte s'appuie sur une gouvernance solide et un suivi continu. «Aujourd'hui, le CRI est réellement le One Stop Shop. Nous accompagnons l'investisseur depuis l'idéation jusqu'à l'exploitation, en suivant chaque étape : recherche du foncier, acceptabilité environnementale, permis de construire, recrutement et convention d'investissement... », explique Benjelloun. Cette approche garantit que seuls les projets sérieux et bien préparés bénéficient de l'accompagnement et des subventions, évitant ainsi les duplications et les initiatives non viables. Pour la première fois, le système offre un ensemble cohérent d'outils permettant de passer d'un entrepreneuriat limité à un entrepreneuriat structuré, créateur de valeur et d'emplois durables. Les jeunes qui sauront s'engager pleinement dans ce processus pourront concrètement transformer leurs idées en projets ambitieux et pérennes.