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La région d'El Jadida voit bleu
Publié dans Le Soir Echos le 22 - 06 - 2011

Organisée par l'Association des Doukkala jusqu'à samedi, la Semaine de l'environnement d'El Jadida sensibilise aux problématiques du milieu marin. Entre réglementation à trous, surexploitation des ressources et industrialisation accentuée, zoom sur un écosystème menacé.
Les amoureux de la mer connaissent bien ses 150 km de côte. Que ce soit pour déguster les huîtres d'El Oualidia, pour profiter du farniente sur la plage de Sidi Bouzid ou pour surfer sur ses excellents spots, le littoral d'El Jadida en attire plus d'un dans ses filets. Et pour cause, de Sidi Rahal au nord à El Oualidia au sud, le littoral regorge de richesses naturelles. Mais avant de faire le bonheur des touristes, ces ressources assurent surtout des activités économiques à ses habitants.
La côte regorge de ressources halieutiques. Céphalopodes (calamars, seiches,…), sardines, maquereaux, chinchards, soles ou encore merlus frétillent tout au long de l'année dans les filets des pêcheurs de la région. Bien connue dans cette région, l'ostréiculture à El Oualidia et à Sidi Moussa fait également d'El Jadida la 1ère zone de production d'huîtres et moules, avec 160 tonnes produites chaque année.
A l'image de l'ensemble du littoral marocain, qui compte 7 136 espèces marines, dont 271 en danger, la biodiversité du milieu marin d' El Jadida est menacée. L'anguille et l'alose surtout se font de plus en plus rares. «De façon générale, on observe des fluctuations dans la quantité pour toutes les espèces. Même la sardine n'est plus comme avant. Safi n'est plus la capitale de la sardine, même s'il en reste encore beaucoup», constate le professeur Mohamed Ramdani, de l'Institut scientifique de Rabat.
Chaque année, le ministère de l'Equipement et du Transport et le secrétariat d'Etat chargé de l'Eau et de l'Environnement pondent un rapport sur la qualité des eaux de baignade. Pour l'année 2010-2011, les plages contrôlées de la région d' El Jadida sont conformes, c'est-à-dire que la baignade ne représente pas de risque. Oui, mais…. « Attention, je dis bien les plages con-trô-lées», nous rappelle Abdelouahab Abdelaoui, du Secrétariat d'Etat chargé de l'Eau et de l'Environnement. En tout, sur la zone Atlantique Nord, ce sont 79 plages qui sont contrôlées. Autant dire que plus d'une plage de la région se glisse entre les mailles du filet. Toutefois, après l'état des lieux, place à l'action. Pour améliorer les eaux de baignade, le département de l'Environnement a ainsi mis en place un programme d'assainissement liquide, avec une station de traitement au niveau d' El Jadida et de Oualidia.
Une situation qui s'explique par l'impact des activités de l'homme sur l'équilibre fragile du milieu marin. Surexploitation des ressources et rejets industriels se taillent ainsi la part du lion dans les causes de la dégradation de certains points du littoral. Consciente de cette situation et pour sensibiliser à ces réalités tout en cherchant des solutions, l'Association des Doukkala organise cette semaine la Semaine de l'environnement à El Jadida. «L'environnement est notre quotidien. Il faut sensibiliser chaque jour», nous déclare le professeur Mohammed Moncef, organisateur de l'événement. Au programme des 6 jours de ce forum de débats : des résultats scientifiques alarmants, des promesses d'industriels de plus en plus conscients et des coups de poing sur la table des habitants.
La région d'El Jadida est en train de changer de visage. Une forte croissance démographique, une industrialisation à grande vitesse, et une urbanisation parfois mal contrôlée : autant de facteurs qui influent sur l'environnement. «La province est censée devenir le 2e grand pôle économique du Maroc, après Casablanca. Les changements ont des conséquences sur l'écosystème. Il faut parvenir à un mariage réussi entre un développement socioéconomique et une meilleure qualité de l'environnement», déclare avec conviction le professeur Mohammed Moncef, directeur du Laboratoire d'étude et d'analyse environnementales de la Faculté des sciences d'El Jadida.
La côte d'El Jadida est tellement longue et large (150 km et plus de 200 nœuds) qu'il est difficile de connaître la quantité réellement pêchée dans la région. Nombre d'espèces pêchées sur ce littoral sont débarquées ailleurs. «Les pêcheurs savent qu'à Casablanca, ils pourront les vendre plus cher et n'hésitent donc à débarquer dans la ville blanche. Les professionnels doivent s'entendre pour que les espèces pêchées soient débarquées sur le littoral où elles ont été pêchées. C'est cela la régionalisation avancée, sur le plan maritime», estime le professeur Mohamed Ramdani, de l'Institut scientifique de Rabat.
Premier danger majeur pour l'environnement : la surexploitation des ressources naturelles. Par exemple, l'exploitation non maîtrisée des sables d'El Jadida impacte le littoral, avec des effets tels que la dégradation des plages, la défiguration des paysages et des répercussions néfastes sur la faune et la flore. «Il faut rechercher des solutions alternatives, comme le concassage de roches tendres ou de méthodes de construction écologique qui évitent l'utilisation du sable », propose Ahmed Belaaiza, chef de service à la Direction provinciale de l'Equipement et du Transport.
Même topo de surexploitation pour la culture des algues, dont les champs foisonnent sur le littoral d'El Jadida. La période de repos biologique n'est pas respectée, les braconniers s'en donnant à cœur joie. Conséquence directe, la biomasse a atteint un seuil critique. Le phénomène est national puisqu'on estime aujourd'hui que le littoral marocain a perdu plus de 40% des algues rouges depuis le début de l'exploitation.
S'il y a 10-15 ans, le littoral baignait dans un vide juridique, aujourd'hui, la législation marocaine regarde d'un peu plus près les projets qui s'y déroulent. Toutefois, quelques problèmes sont devenus des casse-tête chinois. C'est le cas notamment des épaves abandonnées dans le domaine maritime, source de pollution du fait de l'oxydation et de leurs soutes remplies d'hydrocarbures. Dans le cas du littoral d'El Jadida, deux épaves, une datant de 1986 et l'autre de 2000, attendent ainsi d'être enlevées. «La loi ne prévoit pas la procédure aboutissant à l'opération d'enlèvement. Nous sommes face à un vide juridique», déplore Younes Alahiane, du Service de la Marine marchande d'El Jadida.
En parallèle à la surexploitation des ressources, le deuxième danger majeur qui pèse sur l'écosystème marin provient des rejets industriels. Les unités industrielles de la région polluent les eaux avec des rejets de différente nature, tels que les métaux lourds (cuivre, zinc, fer…). Exemple frappant, les déchets de cadmium, liés à l'utilisation de fertilisants à base de phosphates, présentent des risques pour la santé, provoquant des intoxications chroniques, des atteintes rénales ou pulmonaires ou encore des troubles de la reproduction.
Si pendant longtemps les études scientifiques sur les déchets industriels ont été jetées aux oubliettes sous la pression; depuis quelques années, les langues se délient et les scientifiques tirent la sonnette d'alarme.
Ainsi, sur le site de Jorf Lasfar, les rejets industriels ont de lourdes conséquences sur l'écosystème marin. «Des rejets sont jetés directement dans le milieu marin, ce qui constitue un stress énorme pour les espèces. Conséquence, dans un rayon de 150 à 200 m, il n'y a pas une seule forme de vie», explique au Soir-échos le professeur Moncef. Pas question pour autant de pointer du doigt le développement industriel de la région, mais plutôt de mettre en évidence la nécessité de prendre des mesures d'accompagnement des projets industriels pour la protection de l'environnement.
Le principe est clair : les rejets industriels doivent être traités avant d'être rejetés. «Il est inadmissible qu'une entreprise avec des milliards de capital n'investisse pas des millions par la qualité de l'environnement. Les entreprises ont une responsabilité environnementale», s'insurge le professeur Moncef. Et le message passe visiblement, puisque le site de Jorf Lasfar court à présent pour décrocher les normes ISO, garantissant la protection de l'environnement.
Lancée ce lundi, la Semaine de l'environnement d'El Jadida se poursuit jusqu'à samedi, alternant débats et activités ludiques.
Mercredi 22 juin
Poursuite des débats sur les problématiques du milieu marin. Cette fois-ci, la parole est donnée aux professionnels qui viendront témoigner de leur expérience. Lieu : Siège de la province d'El Jadida, de 9h à 14h
Jeudi 23 juin
Journée d'animations artistiques et culturelles pour les enfants sur la thématique «Mon comportement avec les plages». Lieu : Salle Najib Naami, plage d'El Jadida.
Vendredi 24 juin
Débats sur l'impact de l'éducation, de la communication et de la sensibilisation sur la préservation du milieu marin. Lieu : Siège de la province, de 9h à 14h.
Samedi 25 juin
Le sport est à l'honneur pour clôturer la semaine de l'environnement de façon énergique. Au programme, beach volley ball et matches de football ! Lieu : plage d'El Jadida.
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