Les adversaires du PJD ont beau dénoncer ses carences et son attentisme, ses faiblesses ou ce qu'ils appellent son inexpérience en matière de gestion, il n'en demeure pas moins le parti qu'il caracole. Et les dernières validations d'élections législatives dont il vient de bénéficier, à Tanger et à Marrakech, nous en disent long sur sa popularité. Le parti du Chef du gouvernement devra convaincre par rapport à ses dix mois de gestion après la rentrée parlementaire. Le parti de la Lampe retrouve sa virginité et en impose même, à qui se hasarderait à augurer si vite de sa prochaine usure. Donc, mieux vaut compter avec un parti islamique qui campe et monte sur ses ergots. Mieux déplacer ses espoirs ailleurs pour tous ceux qui comptent les jours... Le champ politique est étrangement dominé par les clichés qui deviennent des idées reçues, ensuite, de fil en aiguille, des doctrines et une tendance lourde ! Il existe à présent, on ne le voit que trop, un décalage réel entre le discours politique et l'action. Au sein du gouvernement, c'est devenu une règle du genre que chaque ministre possède sa propre bergerie et, ce faisant, sa propre démarche. Ce sont des ministères dans le gouvernement, ce dernier étant simplement une « marque de fabrique » qui, solidarité et discipline obligent, fédère dans une hétérogénéité sans nom. La rumeur publique ne cesse d'échafauder depuis maintenant dix mois les hypothèses les plus contradictoires et les plus abracadabrantes : ici, le gouvernement faillit en termes de rythmes de réformes et de politique économique. Là il organise la chasse aux sorcières, là encore il improvise, enfin tout le monde s'accorde sur le fait qu'il a pris du retard, un long retard pour annoncer la couleur. Nous sommes à la veille de l'ouverture d'une nouvelle législature, déjà, et si l'on excepte la Loi de finances sur laquelle un ministre istiqlalien s'échine bon an mal an, on ne voit pas encore ce que les derniers mois d'activité ont pu produire, en termes de réformes porteuses. Une longue liste des attentes On peut en effet souligner que l'ouverture du parlement, vendredi prochain, se fera sous le signe emblématique d'un PJD triomphal. Pour la première fois de l'histoire du Maroc, un parti islamique mettra à contribution ses tons pour nous dire les réalisations effectuées, les lois votées et adoptées, enfin les projets de lois envisagés sous son égide, etc. Or, voudrait-il nous en convaincre qu'il n'y arriverait guère ! La réforme de la Justice, que le roi Mohammed VI a lancée , avec un discours et des recommandations fermes, est en gestation depuis quelques mois, tandis que s'accumulent les frustrations et se multiplient les interrogations. Dix mois de gestion, caractérisée tantôt par des gesticulations, tantôt par la rhétorique populiste. Il reste que tout n'est pas si négatif dans ce jeu d'alternance, devenu le « modus operandi » du pouvoir. On attend avec impatience la sortie prochaine du nouveau Code de la presse après que de nombreuses moutures ont été envoyées à la trappe ! Mustapha Khalfi, ministre de la Communication qui en a la charge, réussira-t-il là où beaucoup de ses prédécesseurs, et non des moindres, ont échoué ? On s'impatiente également de ce que donnera le fastidieux débat sur la réforme de la Justice. Les derniers mois , qui ont vu le triomphe du PJD et du nouveau gouvernement, auraient pu être ceux de la réforme efficiente de la justice, tant il est vrai qu'avant les élections législatives de novembre 2011 et depuis des années en fait, tambour battant, chacun y est allé de son couperet pour faire de la lutte anti-corruption son cheval de bataille....Comment ne peut-on pas dire qu'au lieu d'être réformée, la justice des enfoncée dans la crise morale ? La sortie dans la rue des robes noires et magistrats n'est-elle pas le signe révélateur de son profond malaise ? Leur slogan , qui n'a rien d'intempestif, n'est-il pas le signe d'une radicale tendance à dire le vrai, à enterrer la langue de bois, à s'affranchir enfin des pesanteurs diverses ? On pourrait énumérer une longue liste des attentes, les unes raisonnables, les autres injustifiées ou à tout le moins précoces ! Sur un plan strictement institutionnel, il se trouve encore des gens pour dénoncer le choix du bicamérisme « à la marocaine », visant en particulier la Chambre des conseillers qui ne bénéficie pas de leur grâce, au prétexte que cette institution, créée autrefois dans une euphorie démocratique, « fait doublon » avec la première chambre. En fait, les deux chambres ont chacune sa propre majorité, même contradictoire l'une avec l'autre, et partant semblent s'opposer non sur un plan d'efficacité mais sur un plan strictement idéologique... La première chambre est la chambre de la majorité gouvernementale, la deuxième reflète l'espace contigu de l'opposition, hétérogène d'ailleurs. Ce n'est pas sa composition organique qui compte, mais son poids politique, nécessaire en démocratie parlementaire. Jusqu'ici, on l'a constaté, la 2e chambre a joué aussi son rôle et le fait que le chef du gouvernement , Abdelilah Benkirane ait jugé nécessaire à deux reprises, de s'y rendre et exposer son programme et ses initiatives, témoigne de sa crédibilité et de la perspicacité de ce dernier...Les mois à venir nous diront ce qu'il en sera... * Tweet * *