Les pouvoirs publics veulent contrecarrer les effets négatifs des «révoltes arabes». La gestion des risques est devenue une fonction à plein temps chez les professionnels du tourisme. Les crises financière, puis économique. D'abord, nous avons eu la grippe porcine et puis aviaire. Le volcan islandais était également au rendez-vous. Le tsunami sur les côtes asiatiques ne faisait qu'empirer la donne. Le cours du brent connaît des remous, le kérosène augmente et par ricochet les billets low-cost deviennent une denrée rare. Cerise sur le gâteau : le printemps arabe a déboulé ! L'Egypte et actuellement la Lybie sont secoués par de grands chamboulements. Des métamorphoses bénéfiques à long terme. Mais, à court terme, c'est la machine économique qui en sera la première victime. En premier lieu, le secteur du tourisme. Une reprise mitigée Après ces événements la Tunisie, principal concurrent du Maroc dans le pourtour méditerranéen a perdu plus de 40% de ses recettes touristiques en janvier 2011 comparativement à 2010. En Egypte, des hôtels sont quasiment vides avec un taux d'occupation au Caire de 15% contre 85% avant la révolte. Première réaction : le Maroc espère s'accaparer les parts de marché perdues chez ses voisins. Souhait qui s'est concrétisé en début d'année. On observe dès lors une progression des arrivées de 15% et celle des nuitées de 19% en janvier par rapport au même mois de 2010. Une très bonne performance pour ce secteur névralgique de l'économie marocaine. Sauf que cette tendance euphorique a été promptement interrompue après le 20 février. A l'origine, des manifestations initiées partout au Maroc par des jeunes assoiffés de liberté. Mais qui dit grand rassemblement et manque de coordination de la part des organisateurs, dit sûrement mauvaises surprises. Des casses et des actes de vandalisme se sont produits en marge de ces manifestations. Le poumon touristique du Maroc, Marrakech a été victime de pillages et de casse. A Tanger, Al Hoceima, Fès… le même scénario s'est reproduit. Ce qui, au début, s'annonçait comme une embellie pour le secteur, qui a vu ses recettes voyages augmenter de 9,3% à 3,87 MdDH en janvier, a vite viré au cauchemar et à l'incertitude. Résultats de l'après-20 février : des annulations de réservations et une révision à la baisse des recettes du mois de février ainsi qu'une non visibilité par rapport au mois de mars et avril. Un véritable gâchis ! Contre-attaque médiatique Du côté du CRT (Centre régional du tourisme) de Casablanca on reste dans l'expectative avec un brin d'optimisme. «On a eu des hausses des arrivés à Casablanca de 11% et 13% pour les nuitées et on s'attend à une évolution positive à deux chiffres pour le mois de février. Même si on n'a pas de visibilité par rapport aux mois prochains, nos perspectives d'évolution sont optimistes», déclare Saïd Mouhid, DG du CRT de Casablanca. Par rapport aux annulations chez les hôteliers casablancais, M. Mouhid nous annonce qu'il y a eu environ une trentaine d'annulations la semaine dernière chez les hôtels, en plus d'un bateau de croisière qui s'est désisté à la dernière minute ainsi qu'un incentive de 150 personnes qui ont également annulé leur séminaire à Casablanca. Selon lui, ces annulations ne sont pas très importantes et sont dues à l'effet psychologique des événements survenus dans la région arabe. En parallèle, M. Mouhid nous confie que beaucoup d'arrivées ne sont pas encore confirmées et que le CRT compte mener une véritable contre-attaque médiatique pour estomper le doute apparu chez les voyagistes, les TO et les prescripteurs quant à la destination Maroc. En effet, il s'agira en avril de plusieurs work-shows qui seront organisés par le CRT en faveur d'une dizaine de journalistes hollandais, espagnols et américains ainsi que des visites dans les pays européens en plus des Etats-Unis pour séduire davantage les grands TO et communiquer également sur les potentialités du royaume. C'est dans cette même perspective, que le ministre du Tourisme et de l'Artisanat, Yassir Znagui, a décidé de mener une offensive médiatique et des road-shows chez nos principaux marchés émetteurs. En février et mars, les ventes et les réservations sont en baisse de 10 à 60%, selon les destinations et de nombreuses annulations au niveau du tourisme d'entreprise, des séminaires et des congrès ont été enregistrées, selon le journal La Vie Eco. Le royaume est passé de la première à la quatrième place des destinations les mieux vendues, chez le numéro 1 français de la vente en ligne de billets d'avion. Marrakech, la capitale touristique a reculé dans les ventes de l'opérateur. Même constat chez Go Voyages qui a vu les ventes destinées au Maroc diminuer. Marrakech était la 6è destination la plus vendue en 2010. Elle passe à la 11è place en 2011. Pour contrecarrer cette éventuelle paralysie de la machine touristique marocaine, qui avait débuté l'année sur les chapeaux de roues, le ministre ne lésine pas sur les moyens. Accompagné d'une délégation de professionnels, le ministre est en tournée actuellement à travers des road-shows à Paris, Londres, Berlin, Rome et Madrid pour consolider la destination Maroc. Cette décision a été prise au cours de deux réunions présidées par M. Zenagui, en présence notamment de hauts responsables du ministère, de délégués de l'Office national marocain du tourisme (ONMT) en Europe, de professionnels du tourisme et des représentants de la Royal Air Maroc (RAM) ainsi que de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Ces réunions avaient pour objectif de fixer un plan d'action afin de renforcer la position du Maroc en terme d'arrivées de touristes, malgré la conjoncture actuelle. Un plan d'urgence a donc été entrepris par les autorités. De son côté, Abdelhamid Addou, DG de l'ONMT s'active sans relâche. Il a rencontré récemment les professionnels ainsi que les opérateurs dont des patrons de chaînes hôtelières et les responsables de Royal Air Maroc, pour se pencher sur les conséquences de l'après-20 février. Ils ont convenu aussi à organiser des campagnes de communication en direction de la presse étrangère en les invitant au Maroc. Le DG de l'ONMT vient de s'associer également au TO français Fram pour lancer une campagne du 8 mars au 4 avril, en presse écrite régionale et journaux gratuits sur toute la France. Sur le volet aérien, la RAM œuvre également à cette consolidation de la destination Maroc. Juste après l'inauguration de la station Mogador, la troisième station du Plan Azur marocain de développement balnéaire, la compagnie aérienne a ouvert une nouvelle ligne Paris-Orly-Essaouira, augmentant ainsi la desserte aérienne à destination de la ville du vent qui sera desservie par 4 vols hebdomadaires. Crise maitrisée ? Ces actions de communication et mesures d'urgence prises par les autorités et les professionnels du secteur ont été bien captées par nos marchés émetteurs. Plusieurs TO, notamment russes, italiens, portugais, français et espagnols ont répondu présents à cet appel et maintiennent leur confiance par rapport au marché marocain. De ce fait, ces actions sont arrivées à point nommé pour réagir aux dégradations de la note du Maroc et rétablir la confiance des prescripteurs. Résultat : Agadir, la perle du Sud, a enregistré une augmentation de 23,10% en arrivées et 25,26% en nuitées durant le seul mois de février. Dans les autres régions du royaume, même si la non visibilité est de mise et même si quelques annulations ont été enregistrées, les professionnels n'écartent pas une montée en puissance des arrivées durant les mois qui viennent. La perte de vitesse qu'a subi le secteur en février et sera-t-il un mauvais souvenir ? L'espoir est de mise. Et les professsionnels du secteur, tout comme les officiels, se disent confiants en l'avenir. Mohamed Amine Hafidi