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Se faire tatouer pour communiquer
Publié dans L'observateur du Maroc le 08 - 06 - 2012

Abdellatif, 21 ans, est un étudiant et un grand passionné de bricolage. Son bras gauche et ses jambes ressemblent à une fresque. Car en plus de ses occupations « ordinaires », le jeune homme est un féru de tatouage. Autodidacte, il a luimême fabriqué sa propre machine à tatouer et s'est triomphalement orné tout seul les bras avec les initiales du prénom de sa mère et de sa bien aimée à côté d'étoiles et autres motifs tribaux. «Ce sont des histoires, des rappels et des apostrophes que je trace sur ma peau pour ne jamais oublier», nous explique le jeune garçon qui, à peine sortie de la vingtaine, dit avoir déjà expérimenté la vie et ses épreuves. Amour, addiction, déception, aspirations... Le tatouage chez Abdellatif et ses compères est un moyen de s'exprimer sur un support atypique et bien vivant. «Le tatouage me donne cette impression de liberté.
C'est mon propre corps qui porte tous les messages que je veux transmettre aux autres et à moi-même parfois», nous révèle Lamiaa, 26 ans, commerciale dans une multinationale arborant avec fierté un magnifique papillon à l'épaule. J'ai un tatouage, donc j'existe ! Un avis que le sociologue Fouad Benmir partage et développe. «Le tatouage est un type de communication du corps connu dans les civilisations les plus anciennes. C'est une expression qui fait de la peau un support qui incarne un message interne de la personne tatouée », nous explique le sociologue. En effet, si dans des temps plus anciens, le tatouage a été un rite prisé, surtout dans les tribus berbères, afin de se protéger des mauvais esprits, de se parer et d'afficher son appartenance tribale, aujourd'hui les différents motifs ornant la peau sont porteurs d'autres messages. «Le tatouage a pris une autre dimension au Maroc. Il est devenu un phénomène de mode que la jeunesse s'approprie et utilise pour manifester sa différence et exprimer son mécontentement», analyse Benmir.
Ce dernier met l'accent sur l'effet de l'ouverture médiatique sur «l'importation » d'une nouvelle vision de cette pratique, pourtant bien présente dans notre culture traditionnelle. Bien loin des symboles berbères ornant les mentons et les poignets de nos grands-mères ou des dessins inquiétants des exprisonniers, les «tatoos» (comme aiment à les appeler les jeunes) d'aujourd'hui se rapprochent plus de motifs directement inspirés d'une culture urbaine traversée par différents courants modernes. «En effet, on est actuellement devant une partie de la jeunesse qui fait de certaines parties de son corps des tableaux contenant des formes géométriques, des plantes ou des créatures qui, sémantiquement, renvoient vers des significations précises », ajoute Benmir. Révolte, dépit, espoir, défi, résignation, résolution, renaissance... les différentes formes et couleurs prennent l'allure de signaux. D'après le sociologue, le tatouage serait ainsi une manière «originale» de partager avec l'entourage une étape marquante de son histoire.
Un état d'esprit qui connote une volonté certaine d'implication des autres dans «sa destinée » sans toutefois sacrifier ce besoin d'indépendance et d'émancipation que beaucoup de tatoués réclament avec véhémence. « J'ai dû batailler pour avoir mon tatouage (ndlr : une sorte de dragon sur l'avant-bras gauche). Ma famille s'y opposait fermement. De son point de vue, c'est une pratique proscrite par l'Islam, mais du moment que je ne fais aucun mal à personne j'ai foncé et je l'ai fait en fin de compte», confie Sami, 24 ans, informaticien. Si pour les garçons, le tatouage est, entre autres, une façon de se confirmer en tant qu'homme, pour les filles il peut recouvrer ses fonctions initiales et servir «d'objet de beauté», comme le décrit Fouad Benmir. D'après Hamid, un tatoueur amateur pratiquant le métier chez lui à Mâarif, les femmes préfèrent les motifs discrets avec un grand souci esthétique. «Ce sont des filles émancipées qui cherchent pour la plupart le côté séducteur du tatouage.
C'est une façon de se démarquer». Dans le noir Interrogé sur la pratique de ce «métier» dans notre pays, Hamid nous confie qu'en fait, il pratique le tatouage «dans le noir». N'ayant pas d'autorisation officielle, il propose ses prestations dans une petite pièce de son vieil appartement sis à Mâarif. Ses clients viennent le voir grâce au bouche à oreille qui a l'air de bien fonctionner pour son business. Pour Abdellatif, qui habite à Hay Mohammadi, le temps de passer à la vitesse supérieure n'est pas encore arrivé. Dissuadé principalement par crainte d'embrouilles avec les autorités, le jeune homme se contente de s'auto-tatouer. «Mais je sais que beaucoup de tatoueurs qualifiés pratiquent le métier et gagnent bien leur vie. Il faut dire que la demande est de plus en plus importante », nous révèle-t-il. Démarrant à partir de 300 DH, le coût d'un tatouage varie selon sa taille, sa complexité et la durée de sa réalisation. La matière utilisée est également un facteur important dans la définition du prix.
Pigments minéraux, organiques ou synthétiques, un tatouage peut s'avérer plus cher que l'on croit. Car si les tatoueurs «bon marché» vont opter pour l'encre de Chine qui ne coûte pas plus que 120 DH les 250 ml, ceux ayant affaire à des clients plus exigeants, et bien évidement plus aisés, vont utiliser des pigments minéraux (préparés à base de pierres semi-précieuses) pour réaliser leurs créations haut de gamme. «Mais ce n'est pas une garantie d'un tatouage 100% sans risques. Les pigments minéraux sont certes les moins dangereux par rapport à ceux organiques et synthétiques, pourtant ils peuvent s'avérer dangereux pour la peau et la santé en général», nous explique Professeur Farida Bennouna, spécialiste dermatologue.
Cette dernière met d'ailleurs en garde contre la pratique de plus en plus répandue du tatouage sans le moindre contrôle et en l'absence d'une réglementation sur le plan sanitaire. Un vide juridique qui ouvre grand la porte à la pratique anarchique d'une profession «portant atteinte à l'intégrité corporelle ». Une «autorisation» qui selon la praticienne est réservée par la loi marocaine aux professionnels de la santé et seulement à des fins thérapeutiques (voir l'interview avec Pr Farida Bennouna). Entre effet de mode et portée identitaire, le tatouage prend les allures d'une émancipation pour nos jeunes. Une sorte de liberté d'expression qui va au-delà des apparences pour dire le fin fond d'une pensée ancrée dans la société d'aujourd'hui.
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