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Entretien avec Abdellah Rami, chercheur au Centre marocain des sciences sociales, Université Hassan II (Casablanca) : « Pour la Syrie, Haddouchi joue un rôle dangereux »
Publié dans L'observateur du Maroc le 11 - 02 - 2013

L'Observateur du Maroc. Y-a-t-il des similitudes entre les jihadistes marocains en Syrie et en Irak ?
Abdellah Rami : Les jeunes qui partent en Syrie font partie de la mouvance salafiste jihadiste et en sont le prolongement. Ils n'ont rien de spécifique par rapport aux jihadistes en Irak. Par contre, politiquement, « le jihad » en Syrie est soutenu objectivement par les « Amis de la Syrie », opposé au régime de Assad. Sociologiquement, ces personnes partagent avec celles parties en Irak l'appartenance au Nord du Maroc. Dans quelques cas, ce sont les MRE. Issus de milieux sociaux similaires, ces individus ont la même tranche d'âge et leur religiosité est nouvelle. Leur maîtrise des technologies de l'information leur a permis de découvrir cet univers très rapidement, sans passer par des structures organisationnelles. Il leur suffisait juste d'avoir la « tazkia » (cooptation) d'un cheikh salafiste local ou d'un cadre jihadiste reconnu au Maroc pour se mettre dans le bain. Leur temps d'embrigadement record suit le rythme des canaux de communication qu'ils utilisent pour plonger dans cet univers. Cette nouvelle génération s'inscrit en porte-à-faux par rapport aux premiers jihadistes qui ont rejoint l'Afghanistan et la Tchétchénie. Ces pionniers étaient d'abord membres de structures organisées au Maroc dont la Chabiba al Islamiya, Al Jamaâ Al Islamiya ou Tabligh. Autant de groupes qui avaient des connexions à l'étranger avec des organisations jihadistes reconnues. Cette ancienne génération avait une formation idéologique solide. Dernière différence : le nombre de ces jihadistes était très réduit et s'était introduit dans des groupuscules très surveillés.
Pourquoi Haddouchi affiche-t-il clairement son soutien à Al Qaida en Syrie ?
Cette position s'explique par la place de l'homme chez la jeunesse salafiste jihadiste dans le Nord. Ces adulateurs sont nombreux dans cette région. Donc, il se doit d'afficher sa solidarité idéologique dans ce dossier. Il prêche et mobilise autour de lui pour le jihad. Pour la Syrie, ce cheikh joue un rôle dangereux, car il octroie sa « tazkia » aux personnes qui souhaitent combattre en Syrie. Cette bénédiction permet au candidat de rejoindre le rang des combattants dans ce pays. Haddouchi arrive à jouer ce rôle grâce à la place qu'il occupe dans les milieux du « jihad mondial », surtout au Liban, en Tunisie, en Egypte ainsi qu'en Europe. Ses relations lui permettent de mobiliser les jeunes pour des combats en Syrie.
Comment expliquer la position de cheikh Maghraoui dans le dossier syrien ?
Je rappelle que ce cheikh représente au Maroc une ligne idéologique refusant l'affrontement avec l'autorité politique même quand elle est injuste. Dans le cas syrien, il opère un virage surprenant. Ce cheikh apporte un soutien visible aux opposants au régime syrien. J'explique ce revirement par les relations fortes qu'entretient Maghraoui avec le cheikh Adnane Al Arour, une des icônes des groupes combattants en Syrie. Les deux amis partagent la même idéologie et les mêmes bailleurs de fonds officiels et officieux du Moyen-Orient. A la différence de Haddouchi, Maghraoui demeure discret dans son soutien aux jihadistes syriens. Il affiche surtout un soutien aux factions de cheikh Al Arour.


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