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Les volte-face occidentales renforcent Al-Nosra
Publié dans L'observateur du Maroc le 02 - 05 - 2013

SYRIE La récente allégeance des djihadistes à Al Qaëda légitime à posteriori le refus des Occidentaux, François Hollande en tête, de porter assistance à peuple en danger.
L'opposition syrienne n'avait pas besoin de cela : être assimilée au Front Al-Nosra, une organisation classée «terroriste» par les Etats-Unis. Le chef de Jabhat Al-Nosra, la principale formation djihadiste armée en Syrie, vient de proclamer son allégeance à al-Qaïda tandis que Ayman Al-Zawahiri, le successeur de Oussama Ben Laden, appelait à l'instauration d'un Etat islamique en Syrie après la chute du dictateur...Cela tombe à pic pour ceux qui prennent prétexte de tout – l'épouvantail islamiste, et les «divisions de l'opposition » – pour justifier une attitude qui relève de la «non assistance à peuple en danger».
A commencer par François Hollande. Le chef de l'Etat français est en effet revenu tranquillement sur une décision – livrer des armes aux rebelles – qu'il avait pourtant annoncé de manière retentissante deux semaines avant ! Aujourd'hui, la France argue de «l'absence de garantie» que les armes resteront dans de bonnes mains pour faire marche arrière. En réalité, Paris qui redoute de devoir prolonger sa mission au Mali, veut éviter toute nouvelle aventure militaire. Et il faut dire que l'absence d'un mouvement d'opinion important en faveur de la révolution syrienne lui facilite les choses. Les armements du Golfe ont favorisé Al Nosra Mais cette volte face, ajoutée au refus américain et européen, de livrer des missiles anti-chars et anti-aériens aux insurgés, a largement contribué à la montée en puissance de Jabhat Al-Nosra. C'est en effet grâce à des financements et des armements importants venus du Golfe que le front a pu devenir la principale force armée de la rébellion.
En un an, l'équipement, le courage et les prouesses militaires de ses combattants – à l'origine des transfuges venus d'Irak où ils ont acquis une expérience militaire sans égale en bataillant contre l'occupation américaine – lui ont permis de marquer des points face à l'Armée syrienne libre (ASL). La création de zones libérées à l'est et au nord de la Syrie, le sentiment d'une impuissance de l'opposition à répondre aux bombardements de plus en plus brutaux du régime ont fait le reste : Al-Nosra, qui s'est fait connaître par des attentats suicides, contrôle désormais des portions de territoire syrien. Pour autant, et contrairement à ce qui est avancé, ce mouvement est loin d'être seulement composé de djihadistes étrangers. Il demeure même majoritairement syrien et évite d'imposer un ordre islamique trop strict dans les zones qu'il contrôle...Mais tout cela pèse peu face à l'annonce dévastatrice d'une subordination à Al Qaëda par un chef si mystérieux que personne n'en connaît le visage... Grogne islamiste contre Al-Nosra Cet épisode crédibilise la propagande de Assad qui assimile la révolte de tout un peuple à un «complot terroriste étranger».
Pire : il fait passer au second plan le refus de Damas d'autoriser une commission de l'ONU à enquêter sur l'usage avéré d'armes chimiques dans le village de Khan Aassal, près d'Alep. C'est décisif pour Assad car les Occidentaux, à commencer par les Américains, avaient prévenu que l'emploi d'armes chimiques constituait une «ligne rouge» dont le franchissement pouvait déclencher une intervention internationale. L'affaire Al-Nosra a toutefois une vertu : mettre fin au silence qui régnait au sein des insurgés syriens qui faisaient tout pour masquer leurs divergences avec cette organisation même si des accrochages ponctuels entre des combattants de la brigade (islamiste) dal-Farouq et al-Nosra ont été signalés. «Nous avons lancé le jihad contre le régime (…), pas pour prêter allégeance à X ou Y ni pour qu'on impose à nos frères et notre peuple des choses malgré eux», a fait savoir le Front islamique de libération de la Syrie (FILS), la plus importante coalition islamiste. Quant aux salafistes du Front islamique syrien (FIS) – hostiles aux attentats suicide -, ils n'ont certes pas réagi officiellement. Mais Abou Bassir al-Tartousi, leur « parrain idéologique », n'a pas caché qu'annoncer son rattachement à Al-Qaïda était une provocation.
«Tu n'as pas besoin de dire que tu appartiens ou que tu combats sous cette bannière. Personne ne t'y oblige: ni la charia, ni le bon sens, ni la politique, quand tu sais que cela va faire du tort au peuple de Syrie et que cela aidera le tyran», a-t-il déclaré. Spécialiste de la Syrie, Thomas Pierret va plus loin. Pour les islamiste syriens, les déclarations de Zawahiri et d'al-Baghdadi (chef d'Al-Qaïda en Irak, ndlr) suggèrent qu'al-Nosra veut passer du statut de force militaire rebelle parmi d'autres à celui de leader politique de l'insurrection, ce qui est inacceptable pour eux. Pour la première fois, ils ont un reproche tangible à formuler à l'endroit d'Al-Qaïda en Syrie : «Qui êtes-vous pour proclamer l'Etat islamique alors qu'Assad n'est pas encore tombé et qui êtes-vous pour vous auto-désigner comme ses leaders?». Tout n'est pas joué De son côté, l'opposition non islamiste, a tenté – certes prudemment – de se démarquer de Al-Nosra.
Le respecté Moaz Al- Khatib, chef de la Coalition Nationale syrienne, le principal regroupement anti- Assad, a affirmé que «la pensée d'Al-Qaïda ne sied pas», ajoutant que «les révolutionnaires doivent prendre une position claire sur le sujet». Si les islamistes grignotent chaque jour du terrain en Syrie, tout n'y est pas joué pour autant. Le 12 avril, des milliers de Syriens manifestaient ainsi comme tous les vendredi avec pour slogan : «La Syrie est trop forte pour être divisée». Une formule à double message. «Le premier s'adressait au régime et lui faisait savoir (...) qu'il ne parviendrait pas à provoquer la guerre civile confessionnelle sur laquelle il comptait pour renforcer la cohésion de ses partisans», note dans son blog Ignace Leverrier, un ancien diplomate et l'un des meilleurs connaisseurs de la Syrie. «Le second visait les jihadistes du Jabhat al-Nosra et l'ensemble des Syriens qui rêvent d'établir en Syrie un « état islamique ».
Les révolutionnaires leur indiquaient qu'ils n'admettraient pas l'imposition par quiconque d'un système politique qui n'aurait pas été décidé à la majorité et contredirait les principes guidant leur Révolution : l'égalité de tous devant la Loi, sans distinction de genres d'ethnies et de religions (...)». La Syrie abandonnée aux Saoudiens, aux Qataris et à ...l'Iran Une chose est sûre : en privant l'ASL d'armements lui permettant de défendre la population contre les bombardements d'Assad, les Occidentaux accélèrent la main mise sur la révolte syrienne des islamistes radicaux qui sont à la pointe du combat militaire contre le dictateur et surfent sur le sentiment d'abandon nourri par les Syriens. L'absence des Occidentaux abandonne en outre la Syrie à l'Arabie Saoudite et au Qatar s'agissant de l'aide à l'opposition; à l'Iran et au Hezbollah s'agissant du soutien à Assad. Sans parler du danger que représente la perpétuation du conflit pour l'équilibre de la région.
L'afflux de réfugiés – déjà 1 300 000 – risque de devenir ingérable pour les états voisins, Jordanie, Turquie, Irak et surtout Liban qui redoute une explosion entre Syriens et Libanais. François Hollande avait décidemment raison de dire que «le plus grand risque serait de ne rien faire». Mais son basculement dans l'inertie et l'incapacité des «amis du peuple syrien» à tenir leurs promesses leur font porter une lourde responsabilité dans la poursuite du massacre. Et incitent de plus en plus de Syriens à se tourner vers les mouvements extrémistes.


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