La hausse des cours du brut agit comme un multiplicateur de risques pour l'économie marocaine. Selon Saham Research, chaque augmentation de 10 dollars du baril au-delà des 65 dollars retenus dans la Loi de Finances 2026 représente un surcoût de 15 milliards de dirhams. Dans un pays où plus de 90 % des besoins énergétiques sont importés, cette équation pèse directement sur les finances publiques, la balance commerciale et, in fine, sur le pouvoir d'achat. Trois scénarios, trois trajectoires économiques Face à l'incertitude géopolitique, Saham Research distingue trois scénarios d'évolution, chacun porteur d'impacts différenciés. Dans l'hypothèse d'un conflit prolongé sur 6 à 12 mois, avec un baril évoluant entre 90 et 110 dollars, le Maroc subirait un choc significatif mais encore absorbable. La facture énergétique pourrait s'alourdir de 40 à 50 milliards de dirhams, tandis que le coût du butane exercerait une pression budgétaire additionnelle de 5,5 à 7,5 milliards de dirhams. Le déficit budgétaire se rapprocherait des 4 % du PIB, avec des tensions sur la balance des paiements et une inflation en hausse. Une réponse monétaire serait probable, avec un relèvement du taux directeur et une pression sur le dirham. Dans le cas d'une désescalade rapide, sur une période de 2 à 4 semaines, les effets resteraient limités. Le baril reviendrait dans une fourchette de 70 à 80 dollars, réduisant l'impact sur les équilibres macroéconomiques. Les ajustements seraient alors principalement techniques avec une légère hausse des taux d'intérêt (+20 à +35 points de base), une dépréciation modérée du dirham (jusqu'à -2,5 %), et une correction temporaire des marchés financiers. Ce scénario permettrait de contenir les pressions inflationnistes et de préserver la trajectoire budgétaire. À l'inverse, un enlisement du conflit au-delà de 12 mois ferait basculer l'économie dans une zone de forte turbulence. Dans ce cas, les déséquilibres deviendraient structurels avec une inflation pouvant atteindre 6 %, une croissance ralentie autour de 3 %, un déficit budgétaire porté à 4,5 % du PIB et une baisse des réserves de change. Le dirham subirait une pression durable, tandis que les marchés financiers enregistreraient des corrections plus marquées. Des effets en chaîne sur l'économie réelle Quel que soit le scénario, la hausse des prix du pétrole se diffuse rapidement dans l'ensemble de l'économie : renchérissement des coûts de transport, pression sur les prix des biens, hausse des intrants industriels et agricoles. Les importations de produits stratégiques, notamment le soufre et l'ammoniac, pourraient également s'alourdir, aggravant le déficit commercial. Celui-ci pourrait atteindre près de 430 milliards de dirhams dans le scénario central. Face à ces chocs, le Maroc dispose de certains filets de sécurité, notamment l'accès à des financements internationaux comme la Ligne de crédit modulable du FMI ou le recours aux marchés obligataires. Mais ces leviers restent conjoncturels. En toile de fond, cette crise rappelle une réalité structurelle : la forte dépendance énergétique du Royaume continue d'exposer son économie aux chocs externes.