Les pharmaciens ne lâchent pas du lest. Dans un communiqué adressé à la profession, la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc fait état d'une mobilisation « large et responsable » à travers le Royaume. Une adhésion massive qui, selon elle, confère à cette action une portée particulière. « Il s'agit d'une étape militante décisive pour défendre la profession et son modèle », insiste la confédération dans son communiqué. Désaccord de fond Au cœur de la controverse, un désaccord de fond. Les représentants du secteur défendent un modèle officinal qu'ils jugent « socialement efficace» et garant de la sécurité médicamenteuse nationale. À l'inverse, le Conseil de la concurrence considère ce modèle « non pertinent et pas efficace », en recommandant l'ouverture du capital des pharmacies. Une orientation vivement rejetée par les pharmaciens, qui dénoncent un projet risquant de livrer les officines « aux détenteurs de capitaux sans justification objective ». Pour la Confédération, les enjeux dépassent largement une simple recommandation. «C'est l'avenir même de la profession qui est en jeu », alerte-t-elle, mettant en garde contre une dérive vers une logique de marché, d'investissement et de concentration. Une évolution qui pourrait, selon elle, fragiliser l'indépendance du pharmacien et porter atteinte à la sécurité médicamenteuse. Autre inquiétude soulevée : l'impact sur les pharmacies de proximité. La Confédération redoute une remise en cause de ce maillage territorial, essentiel pour garantir l'accès des citoyens aux médicaments. Elle s'étonne, par ailleurs, d'une position qui « suscite de nombreuses interrogations, tant chez les professionnels que dans l'opinion publique». Rejet catégorique Cap maintenu pour les pharmaciens : le rejet de l'ouverture du capital des officines est total, qu'il concerne des investisseurs extérieurs ou issus du secteur. Pour les pharmaciens, la ligne est claire : défendre un modèle à vocation sociale et préserver le droit des citoyens à un médicament encadré, accessible et sécurisé. Coriace, la profession affiche d'ailleurs sa détermination. « Les indicateurs d'engagement des pharmaciens sont encourageants », note la confédération dans son communiqué en laissant entrevoir une forte mobilisation lors du sit-in de jeudi. Pour conclure, la Confédération en appelle ainsi à une participation massive, afin de faire entendre « une voix unifiée du corps pharmaceutique ». Malaise A noter, le malaise des officines n'est pas uniquement liée à la recommandation du CNC. D'un côté, une réforme en profondeur s'impose pour mieux servir les patients et faire évoluer un métier qui n'a pas suivi le rythme des transformations du système de santé. De l'autre, un modèle économique à bout de souffle, reposant presque exclusivement sur les marges réalisées à la vente des médicaments, et que la régulation des prix grignote année après année ; comme le déplorent les pharmaciens. À cette fragilité structurelle s'ajoute une autre réalité : le réseau officinal a connu une expansion fulgurante et mal maîtrisée. En moins de dix ans, le nombre de pharmacies est passé d'environ 9 600 à plus de 14 000. Cette croissance, « mal contrôlée » faute de mécanismes territoriaux adaptés, a intensifié la concurrence entre officines et fragilisé l'équilibre du secteur.