Les pharmaciens entrent dans une nouvelle étape de leur refus des recommandations du Conseil de la concurrence. Ils ont adressé un courrier explicatif et revendicatif au Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, pour dénoncer des propositions qui pourraient induire une transformation structurelle profonde du modèle officinal au Maroc. En toile de fond, le refus catégorique de laisser entrer des investisseurs non pharmaciens dans le capital des officines. La fronde des pharmaciens est à la mesure de la profondeur des changements envisagés, qu'ils considèrent comme une remise en cause directe des fondements mêmes de leur exercice professionnel. Dans un courrier adressé à Aziz Akhannouch, signé par le président de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM), Mohamed Lahbabi, les professionnels du secteur rejettent les recommandations relatives à l'ouverture du capital, à la libéralisation des chaînes et à l'assouplissement des horaires, qui ont été formulées par le Conseil de la Concurrence. A leurs yeux, ces recommandations ne relèvent pas d'un simple ajustement réglementaire ou technique, mais d'un basculement vers un modèle dominé par des logiques purement financières. Ainsi, les pharmaciens se disent ouverts au dialogue et appellent à une réforme concertée qui préserverait l'indépendance du pharmacien et qui n'assimilerait pas la profession à un simple exercice commercial. De même, la Confédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc pose le cadre de la profession en indiquant que le pharmacien est à la fois un professionnel de santé, le propriétaire de son officine, indépendant dans ses décisions professionnelles et assume les responsabilités inhérentes à son activité, y compris légales et éthiques. Ainsi donc, le sujet de l'ouverture du capital aux investisseurs est le point culminant de la réaction des pharmaciens qui refusent catégoriquement que leur métier soit tributaire des décisions commerciales d'une tierce personne ou d'un groupe commercial. La Confédération estime que celui qui détient le capital influence les « décisions stratégiques », alertant sur le risque de passer d'un modèle responsable et professionnel à un modèle capitalistique guidé uniquement par une logique financière L'argument central des professionnels pour justifier ce refus est que « le médicament n'est pas un produit commercial », soulignant que le pharmacien engage sa responsabilité directe dans la vente et la recommandation des médicaments. Concernant les arguments avancés pour justifier l'ouverture du capital, dont font partie les économies d'échelle, la modernisation, financement des jeunes pharmaciens désireux d'ouvrir une officine, la CSPM a jugé que les prix des médicaments sont fixés par l'État, que les marges sont réglementées et que les centrales d'achat existent déjà. A ce titre, la Confédération propose d'orienter les efforts de modernisation vers la révision du modèle économique officiel, la valorisation des actes pharmaceutiques, l'intégration du pharmacien dans le parcours de soins, ainsi que d'observer d'autres mécanismes pour soutenir efficacement les jeunes diplômés. Dans sa missive, la Confédération appelle enfin, le gouvernement à adopter une réforme consensuelle qui préserve l'indépendance professionnelle, l'équilibre territorial et la mission de santé publique confiée aux pharmaciens.