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Sebta-Melilia La vie dans les territoires occupés
Publié dans L'observateur du Maroc le 05 - 11 - 2010

Jeudi 28 octobre 2010 à 21h, j'ai pris la route pour Sebta. Mon objectif était la réalisation d'un reportage sur la situation socio-économique des Marocains de Sebta et Melilia. Après quelques heures de trajet, Tétouan était ma première escale. Une fois dans la ville, ma surprise fut immense. Le Nord du pays est en pleine renaissance. Je ne reconnus plus les villes. C'est l'effet de la volonté royale qui veut que le Nord soit un moteur croissance économique du Maroc. Le lendemain, à 8h, je me suis retrouvée devant les portes de Sebta. Sans grande difficulté ni complication, passeport et carte nationale en main, je passe la frontière pour poser les pieds sur une terre marocaine. L'ambiance est celle d'un territoire occupé. Les regards des policiers espagnols sont lourds de mépris. Et pourtant, ils donnent l'impression que tout le monde peut circuler, et qu'il y a de belles choses à voir. J'ai pris un taxi pour me rendre au centre ville «Centro». Bien que Melilia vivait dans la tension entre les jeunes marocains et les autorités espagnoles, Sebta, et plus exactement sur le Boulevard «Galambria», les choses semblaient calmes, donnant l'impression que la ville vit dans la paix et que tout marche à merveille. Mais que cache cette ambiance de paix préfabriquée ? La question taraude les Espagnols. Sans hésiter, j'ai demandé à un passant où je pourrais rencontrer les Marocains. Sa réaction était révélatrice: Madame, tout ce qui brille n'est pas or ! Si vous voulez voir la misère des Marocains de Sebta, vous devez aller à El Principe, au centre Sidi Mbarek et à Lakhzaèn. Je ne me le suis pas fait dire deux fois. Une fois sur place, j'ai découvert que le calme qui règne au centre ville cache en fait une grande misère. Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu'à 100 mètres du centre de Sebta, deux policiers espagnols ont arrêté brutalement mon taxi. L'un deux m'a demandé de descendre et de présenter une pièce d'identité. Sans hésiter, je lui ai tendu ma carte d'identité bien évidement marocaine et où figure la qualité de journaliste. Comme la nature de ma profession l'a dérangé, il m'a demandé d'ouvrir mon sac à main. Dès qu'il a vu le magnétophone, il a commencé à me harceler par une longue séries de questions : «que faites-vous ici et pourquoi ce magnéto» ? Malgré son attitude arrogante, je me suis efforcée de garder mon calme. «Je suis journaliste et cet appareil, je l'ai toujours dans mon sac», ai-je répondu. Sans un mot, il a rejoint son poste. Livrée à mon sort et sans savoir si ce policier espagnol avait terminé son contrôle, j'ai continué ma marche vers El Principe. Mauvaise surprise! A quelques mètres du Centre, le contraste est frappant entre les belles maisons, recouvertes d'«azulejo» (faïence), et les cabanes décrépies, à flanc de colline. Les Marocains sont marginalisés. El Principe est une sorte d'ancien bidonville, peuplé par des Marocains. Il est devenu une médina colorée, composée de 4000 logements construits anarchiquement. «Ici, vous faites tout vous-même. Il n'y a aucune aide de l'Etat. Si vous avez de l'argent, vous avez l'eau courante, sinon vous restez avec votre toit ondulé», ironise Aziz Abdellah ben Mohamed, un jeune de 21 ans. Dans ce dédale de rues, on compte une trentaine de mosquées, des teterias (salons de thé) et la grande majorité des femmes porte le voile. Comme la plupart des 15.000 habitants de cette modeste zone, les jeunes marocains sont choqués par les opérations policières, fréquentes. «On nous reproche de ne pas être assez patriotiques avec l'Etat espagnol», ajoute, Aziz. En ce qui concerne leur qualité de vie, les jeunes rencontrés s'insurgent : «Dans un pays supposé être développé et une puissance économique mondiale, des chrétiens qui vivent dans cette zone marginalisée ont pour principale mission de servir 700 repas quotidiens aux Marocains démunis du quartier».
Sebta détient le taux de chômage le plus élevé d'Espagne, soit 35 % de la population active. Pire, exploités, maltraités, les Marocains sont la cible facile de certains employeurs qui n'hésitent pas à profiter de leur situation pour les exploiter. Ils sont pour la plupart payés 50% de moins que les Espagnols, si ce n'est encore moins. L'échec scolaire est monnaie courante. Seulement quatre étudiants d'origine marocaine sur mille poursuivent des études. Autant d'ingrédients qui prédisposent ce quartier à être une poudrière. «Regardez, comment on vit. Les bennes à ordures ne viennent pas et il n'y a pas d'éclairage public, alors que l'on paie aussi nos impôts locaux ! Si la mèche s'enflamme, il ne faudra pas s'étonner», fait remarquer un habitant d'origine marocaine qui souhaite garder l'anonymat. «Nous sommes considérés comme des citoyens de seconde zone, alors que nous avons la carte d'identité espagnole», conteste-t-il. Ce que les Espagnols veulent cacher au monde c'est que les Espagnols d'origine marocaine représentent la majorité de la population locale et que leur nombre ne cesse d'augmenter, même si leur représentation dans les institutions locales est encore modeste. D'après Adil Mohamed Saïd, les Marocains militent pour des droits minimes : «On milite pour que le quartier El Principe, perché sur sa colline, soit desservi par deux lignes d'autobus, pour que les enfants puissent jouer dans des squares comme ceux du centre ville». En ce qui concerne les incidents qui se sont produits à Melilia, les Sebtaouis soulignent qu'il ne s'agit pas du premier incident mais de plusieurs incidents entre la police espagnole et des ressortissants marocains à Sebta et Melilia. Si les autorités espagnoles se cachent derrière la crise mondiale, les Marocains sont excédés par l'exploitation dont ils font l'objet de la part des Espagnols. Pour eux il serait grand temps de récupérer Melilia et Sebta. «Etant Espagnol d'origine marocaine, je vous assure que Sebta et Melilia ne sont que des quartiers militaires avec la seule idée que les deux villes seront un jour attaquées par les Marocains. Et il faut être préparé si jamais ça arrive car le chômage qui touche ces deux villes est impressionnant». Le chauffeur de taxi, qui nous a livré ce qu'il pense, a fait un effort pour surmonter ses craintes, car il a été torturé plusieurs fois par la police espagnole. Ce Marocain né à Sebta estime qu'il est ridicule de faire fi de la géographie: «Notre cause est plus juste. L'Espagne a fait beaucoup de mal au Maroc : colonialisme au nord, colonialisme au sud». L'homme de 43 ans s'insurge : «Les Marocains vivant dans ces villes occupées par l'Espagne ne veulent plus passer pour des citoyens de seconde zone. Pourquoi ne bénéficient-ils pas des mêmes droits que les Catalans, les Basques, les Galiciens ou les Aragonais ?» Question de notre interlocuteur : «Pourquoi l'Etat espagnol refuse d'accéder à la demande des Marocains d'officialiser «l'arabe et l'amazigh ?». Pour lui, cela prouve que Madrid considère réellement ces deux villes comme des régions occupées, et que les autochtones ne seront jamais des Espagnols à part entière. Aujourd'hui, ce que vit Melilia prouve que si les autorités espagnoles s'entêtent à ne pas écouter les doléances des Marocains, ces derniers sont prêts à user de tous les moyens pour arriver à leur fin, confirme notre source. D'autres personnes interrogées ont versé dans le même sens et sont convaincues que l'Espagne «laisserait des plumes dans cette affaire».
Le Maroc va récupérer les deux villes un jour. C'est sûr, et ça n'a rien de d'irréaliste. Cette perspective est confortée par le formidable développement que connaît la région du Nord. La plupart des Marocains de Sebta sont convaincus de cela. Et c'est justement cette réalité que les autorités espagnoles veulent cacher au monde en interdisant aux journalistes de la rapporter. D'ailleurs, après avoir quitté El Principe, j'ai été arrêtée par d'autres policiers espagnols. Un autre contrôle. Mais cette fois-ci, les policiers m'intiment l'ordre de quitter la ville. Le lendemain au poste-frontière de Mélilia, les policiers m'ont clairement signifié que ma présence n'était pas souhaitable dans la ville. Les autorités locales verrouillent ainsi l'information. D'ailleurs, les chaînes télé, les radios et les journaux espagnols n'ont fait qu'effleurer l'événement du bout de leurs caméras, micros ou claviers. La voix des Marocains ne doit pas dépasser les frontières. Surtout quand ils parlent de leur marocanité. L'embargo est total.


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