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Protocole thérapeutique de la Covid-19 : Prescription de la chloroquine, exigence du protocole ou libre arbitre du médecin ?
Publié dans L'opinion le 07 - 10 - 2020

Tant que la Chloroquine ne fait pas l'unanimité dans le traitement du Coronavirus, les médecins sont toujours acculés entre l'exigence du protocole du ministère et la liberté d'y déroger.
Dès le début de la pandémie, la Chloroquine s'est imposée comme seul remède potentiel contre la Covid-19 à défaut d'alternative. Son efficacité a toujours fait objet de polémique dans le monde entier, compte tenu de l'ambivalence des études scientifiques qui disent tout et son contraire. Le débat s'est invité récemment au Maroc sur l'usage de la Chloroquine qui fait partie du protocole thérapeutique adopté par le ministère de la Santé dès le 24 mars.
Alors que l'Hydroxychloroquine sera disponible dans les officines, les malades pourront le prendre sur ordonnance des médecins. Ces derniers sont tenus de suivre le protocole recommandé par le ministère de la Santé. Néanmoins, quelques-uns décident de leur plein gré, par conviction ou par dubitation, de ne pas prescrire la Chloroquine vu les incertitudes qui pèsent sur son efficacité. Il en est même pour les patients dont un grand nombre s'abstient de le prendre.
Dans le vide juridique et compte tenu du risque que cela présente, la question du libre arbitre du médecin et celui du patient se pose. Reste à savoir s'ils peuvent déroger au protocole du ministère sans tomber sous le coup de la sanction.
Protocole thérapeutique : obligation ou choix du médecin ?
« J'attache un intérêt particulier quant au respect et à l'application stricte des termes de la circulaire qui doit faire l'objet d'une large diffusion auprès de vos structures », écrit Khalid Ait Taleb dans la circulaire du 24 mars en s'adressant à l'ensemble du corps médical pour les inciter à traiter les malades à la Chloroquine. Toutefois, ce dernier a lui-même laissé entendre que les médecins disposent d'une liberté de choix dans le traitement de leurs malades. « La prescription du médicament relève de la libre prescription du médecin », a-t-il reconnu lors de son passage sur Radio 2M.
Qu'en est-il des malades ?
Tant que l'incertitude plane toujours sur l'usage de la Chloroquine, il semble que le ministre s'est rappelé qu'il est lui-même médecin en reconnaissant la souveraineté du soignant dans le traitement de la Covid-19. Les patients semblent également en état de refuser le traitement, « l'usage de la Chloroquine reste une discussion entre le malade et son médecin », estime Najib Amghar, président du Conseil national de l'Ordre des médecins. « En cas de réticence du malade, on ne peut pas le forcer à prendre la Chloroquine », a-t-il renchéri. Tayeb Hamdi, président du syndicat national des généralistes privés (SNGP), va dans le même sens. « Le malade demeure libre de prendre ou de ne pas prendre la Chloroquine, mais il reste obligé de se mettre en isolement », a-t-il précisé.
Déontologie vs réalisme
La contradiction entre les propos du ministre et l'exigence du protocole prête à la confusion. D'un point de vue déontologique, le médecin est libre puisqu'il ne peut pas prescrire la Chloroquine s'il considère que cela peut avoir des complications (par exemple cardiaques) pour les malades, estime Azzedine Ibrahimi, directeur du laboratoire de biotechnologie de la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat. Il s'agit de l'approche personnalisée du traitement, selon M. Ibrahimi qui explique que « les gens ne réagissent pas de la même manière à la Chloroquine », d'après son expérience. « C'est ce qui nécessite une marge de manoeuvre du médecin qui, notamment, doit respecter le protocole du ministère et n'y déroger que dans les cas exceptionnels, à savoir les malades présentant des risques de sensibilité ou d'allergie à la Chloroquine », a-t-il conclu.
Ce débat concernait au début uniquement les médecins du public, maintenant que les libéraux peuvent eux aussi prendre en charge à domicile les cas les moins risqués du Covid-19, ils s'attachent eux aussi à l'autonomie de décision en matière de traitement d'autant plus que la Chloroquine ne fait pas l'unanimité. « Le médecin est tenu de prescrire un traitement qui soit conforme à la science », martèle Tayeb Hamdi, qui ne semble pas très enthousiaste pour le remède miracle de Didier Raoult. « Des études montrent l'inefficacité de la Chloroquine, il serait donc transgressif de la part d'un médecin de prescrire un traitement dont il n'est pas lui-même convaincu », a-t-il tranché.
Enfin et à l'heure où les recherches pour le développement d'une vaccination anti-covid avancent à grands pas, dans le monde comme au Maroc où l'on procède déjà aux essais cliniques, quelques questions se posent avec acuité: l'Etat va-t-il imposer la vaccination obligatoire pour des raisons de sûreté sanitaire ? De quels recours disposent ceux qui n'en veulent pas par crainte d'éventuels effets secondaires ? Les spécialistes sondés ont tous botté en touche, affirmant que de telles questions ayant trait à la salubrité publique restent du ressort du législateur. Le Parlement est donc prié de s'y pencher avant que ça ne soit trop tard.
Anass MACHLOUKH
3 questions à Allal Amraoui
« Le meilleur moyen d'atteindre une immunité de la population, c'est la vaccination »
Allal Amraoui, Chirurgien et député istiqlalien à la Chambre des Représentants, a répondu à nos questions sur la nécessité de la vaccination de la population contre la Covid-19.
- Le Maroc procède d'ores et déjà aux essais cliniques d'un vaccin anti-Covid, en cas de leur réussite, le vaccin sera-t-il obligatoire pour tout le monde ?
- Il est aujourd'hui prématuré de débattre de l'obligation ou non de la vaccination pour tout le monde, d'abord on n'en dispose pas encore, et on risque d'attendre encore pour en avoir, d'ici là on aura à évaluer l'évolution de la pandémie chez nous au Maroc et à travers le reste du monde. Plusieurs questions devront être posées à ce moment, allant de quelle immunité collective on aura atteint jusqu'à décider du profil de la population cible à vacciner en priorité.
- En principe, le refus de faire le vaccin peut-il être considéré comme un risque à la santé publique étant donné la forte contagiosité du Covid-19 ?
- En tant que Marocains, nous ne devons pas remettre en question les bienfaits de la vaccination comme moyen incontournable de lutter contre les maladies infectieuses qui, jusqu'à récemment, faisaient un ravage au sein de notre population. Il faut rappeler que toutes les études scientifiques montrent les bienfaits de la vaccination en général, et de l'extension de la couverture vaccinale qui éradique quasiment la maladie en diminuant le nombre de porteurs, donc la probabilité de contagion. Je rappelle que le principe de la vaccination repose non sur le bénéfice individuel, mais sur celui de la collectivité : je me vaccine afin de faire barrage à la propagation du Covid-19 et ainsi prémunir mes semblables.
- En cas d'arrivée du vaccin au Maroc, qui peut l'imposer ?
- En dehors du vaccin contre la tuberculose qui est exigé par le ministère de l'Intérieur pour l'inscription des enfants sur le livret de famille, les autres vaccins ne sont pas juridiquement obligatoires, il est en revanche fortement conseillé de suivre le calendrier national de vaccination et respecter les différentes dates recommandées par le ministère de la Santé. Dans le cas du Covid-19, une vaccination de grande envergure s'avère probablement nécessaire. Il incombe donc à tous les organes de l'Etat de faire le maximum possible pour assurer l'adhésion de la population à la potentielle campagne de vaccination.
Recueillis par A. M.
Encadré
Vaccin : Pour un comité national d'éthique
Alors que le vaccin anti-Covid-19 s'annonce de plus en plus proche, et au milieu du débat permanent qui divise le corps médical sur la pertinence de l'Hydroxychloroquine et la Chloroquine dans le traitement du Covid-19, la mise en place d'un comité national d'éthique n'a jamais été aussi indispensable, c'est ce que plaide constamment Allal Amraoui, chirurgien, député istiqlalien, ancien Directeur régional de la Santé, Président du Centre marocain des études et recherches en politique de santé. Ce dernier milite pour un Conseil d'éthique qui encadre les valeurs humaines dans leur ensemble, s'occupant plus précisément de l'éthique médicale, de bioéthique, c'est à dire tout ce qui entoure la recherche qui concerne le vivant et la santé.
Concernant la vaccination contre la Covid-19, tous les spécialistes insistent sur l'importance de la clarté et de la transparence au sujet du processus de développement du vaccin, pour assurer l'adhésion large à la potentielle campagne de vaccination, précise M. Amraoui qui insiste sur l'importance d'établir une proximité entre le corps médical et les citoyens.
Selon le député istiqlalien, le comité doit être multidisciplinaire qui puisse faire l'examen éthique des protocoles de recherche biomédicale impliquant des sujets humains en appliquant des principes éthiques reconnus dans la médecine, définir des politiques ou émettre des avis sur des questions éthiques d'actualité dans le domaine de la recherche scientifique.

Repères
Le Maroc généralise le traitement à la Chloroquine
Le Maroc a dès le début de la pandémie adopté l'Hydroxychloroquine et la Chloroquine dans le protocole thérapeutique des cas positifs au Covid-19, aux côtés de la Plaquinine et l'Azithromycine. À partir du mois d'avril, le ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, a acté la généralisation du traitement à la Chloroquine à l'ensemble des malades même pour les cas possibles sans attendre les résultats des tests PCR.
Les cas asymptomatiques traités à domicile
Suite à la mise à jour du protocole thérapeutique du 8 aout, le ministère avait décidé que les cas asymptomatiques qui ne présentent pas de facteurs de risques peuvent être pris en charge à domicile pendant une durée d'isolement de 14 jours. Afin de soulager la pression sur les unités hospitalières, l'Hydroxychloroquine et la Chloroquine seront mis à disposition des malades du Covid-19 dans les pharmacies. Ces derniers peuvent se les procurer par simple ordonnance du médecin.


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