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Elections du 8 septembre : Les Marocains ont voté... et maintenant ?
Publié dans L'opinion le 08 - 09 - 2021

Après cinq ans du gouvernement El Othmani et deux mandats gouvernementaux jugés décevants, les Marocains se sont rendus aux urnes pour renouveler leur représentation nationale et leurs assemblées élues. Les uns votent, les autres hésitent, certains s'abstiennent, les citoyens choisissent, chacun selon ses convictions, de vivre le 8 septembre comme ils l'entendent. « L'Opinion » relate les coulisses d'un jour crucial dans un bureau de vote d'un quartier populaire à Témara.
Mercredi 8 septembre, le jour tant attenu est arrivé, la campagne électorale est close la veille dans le tumulte des cortèges qui sillonnaient les rues et les boulevards clamant leurs candidats et leurs têtes de listes. Appelés aux urnes, les citoyens résolus, ayant pris leur décision, font l'effort de se déplacer vers les différents centres de vote où leurs noms sont inscrits pour exercer un droit et accomplir un devoir national.
À Témara, un climat nébuleux règne au sein du collège Omar Ben Khattab, situé au quartier El Massira, qui a ouvert ses portes dès 8h45 pour accueillir les votants. Après les préparatifs de mise : aménagement des salles, installation des urnes, des isoloirs et disposition des listes électorales et des bulletins de vote, les membres de chaque bureau de vote s'installent chacun à sa place, en attente des premiers électeurs. Sur ces entrefaites, ils tentent tant bien que mal de créer de l'ambiance.
« C'est l'heure de vérité, ces élections seront pleines de surprises », s'amuse à lâcher un des assesseurs au président du bureau qui répond avec un rire prudent : « On ne sait jamais ce qui peut se passer, espérons pour le moment que les gens vont affluer d'abord, il y a tellement de colère qu'il me semble que personne n'aura envie de venir ».
De son côté, le secrétaire du bureau, à l'apparence taciturne, avec un air d'habitué de l'ambiance du scrutin, reste assis à sa place, buvant son café matinal, tout en toisant l'observateur électoral qui vient d'entrer. Le président lui demande sa carte d'accréditation. « Il est venu très tôt, c'est sa première fois, me semble-t-il », grommela un des assesseurs à son camarade.
Les urnes accueillent les premiers bulletins
Les citoyens ont commencé à se présenter dès 9h du matin. Des hommes et des femmes, en majeure partie des fonctionnaires et des employés qui ont préféré se rendre au bureau de vote avant d'aller au boulot. Des femmes âgées aussi, accompagnées de jeunes enfants, étaient au rendez-vous. Ne sachant comment s'y prendre, le policier placé à l'entrée du collège leur indique les salles de vote, tout en arpentant de long en large les couloirs. Les électeurs entrent dans leurs bureaux, munis de leurs CIN.
Après vérification de leurs noms dans les listes, ils reçoivent leurs deux bulletins, celui réservé aux législatives et celui réservé aux locales. A chaque fois, les responsables leur expliquent la différence entre les deux documents, « prends garde à ne pas les mélanger », un refrain répété par le secrétaire chaque fois qu'il distribue les bulletins.
Devoir ou soutien familial, chacun vote pour une raison
Tout au long de la matinée, l'affluence était éparse, nous dit-on au centre, avant d'ajouter que celle-ci devrait certainement s'intensifier pendant l'après-midi. À scruter attentivement les électeurs, on peut distinguer deux catégories : les personnes qui votent pour leurs proches ou un candidat de leur quartier, et celles qui viennent voter par devoir, nonobstant les profils.
« Je ne sais pas si mon vote va changer les choses, mais je ne perds rien en cochant la case de tel ou tel parti », confie Mohammed, cadre bancaire âgé de 45 ans, venu endimanché. « Que Dieu nous bénisse, ce pays ne survit que par la bénédiction divine », répond une femme en djellaba, au moment de déposer son bulletin. « A chrifa... A chrifa », lui crie le chargé des urnes pour lui mettre le signe d'encre sur le doigt alors qu'elle s'apprêtait à sortir. « Encore ça, cette marque indélébile ne va pas me lâcher toute la journée », maugréa-t-elle.
« Franchement, cette pratique est surannée », réagit un jeune qui attend son tour, lequel nous confie qu'il est venu soutenir son camarade de classe à l'université, candidat aux élections régionales. « C'est la première fois que je vote, franchement, il faut qu'on bouge et qu'on valorise les nouvelles mentalités, autrement, on restera toujours dirigés par une génération déphasée, qui croit encore au monde des années 80 et 90 », martèle ce jeune vingtenaire qui poursuit ses études en biologie à la Faculté des Sciences à Rabat.
Eviter les déconvenues à tout prix
Les autorités semblent déterminées à faciliter la tenue du scrutin, « des instructions ont été données pour éviter la moindre complication », nous confie un agent d'autorité sous couvert d'anonymat, qui ajoute que les gens sont tellement réticents qu'au moindre souci, ils quitteront sur le champ. C'était le cas d'un quinquagénaire qui a boudé aussitôt qu'il n'a pas trouvé son nom dans les listes. Bien qu'il ait confondu le lieu du bureau, il s'est aussitôt tiré en exprimant son désappointement.
Enfin, reconnaissons que tout est fait pour indiquer le chemin des centres de vote. Il suffit qu'on envoie le numéro de la CIN au 2727, pour recevoir l'adresse automatiquement. Parfois, plusieurs malentendus se produisent lorsque quelques gens vont voter sans savoir qu'il faut être d'abord inscrit dans les listes électorales.
12% de participation vers midi
À l'heure où nous mettions sous presse, les premiers chiffres sur la participation commencent à sortir. Le ministère de l'Intérieur a annoncé, dans un communiqué, que le taux de participation a atteint 12% vers midi, ajoutant que l'opération de vote se déroule dans des conditions normales. Quant aux résultats, les premières estimations et les tendances restent toujours inconnues, les chiffres officiels ne devront être dévoilés qu'en fin de soirée après la fin du décompte des voix.
L'issue de ce scrutin est fort attendue, tant les enjeux sont grands – la réconciliation des citoyens avec la politique en est un... Ces élections, tenues pour la première fois simultanément, sont aussi importantes en termes de valeur historique que celles de 1997 et 2011, dans la mesure où elles devraient aboutir à une vraie alternance.
Pourquoi parle-t-on d'alternance ? Tout simplement parce que la déception des Marocains du gouvernement actuel est telle qu'on peut dire que ce scrutin est une chance à saisir pour un retour de la confiance et une entrée sereine dans le Nouveau Modèle de Développement.
Anass MACHLOUKH


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