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Professions libérales : Où en est-on par rapport au métier de guide touristique ?
Publié dans L'opinion le 25 - 07 - 2023

Les guides du tourisme marocain excellent et leur réputation atteint l'échelle internationale. En témoigne la distinction que le guide de montage, Hamid Oumezdou a reçu parmi 3000 guides internationaux. Zoom sur un métier qui évolue doucement mais sûrement.
Repère et compagnon privilégié des touristes dans les villes ou dans les espaces culturels, le guide touristique est devenu au fil du temps un acteur majeur de la chaîne touristique. De par son savoir-faire, ses connaissances, ses compétences linguistiques et communicationnelles et sa culture générale, il joue le rôle d'ambassadeur culturel de la destination auprès des touristes sur le territoire de son pays. Son attitude, en plus d'autres paramètres, s'avère déterminante pour que le touriste ait l'envie de revenir.
Le métier de guide touristique, bien qu'« ancestral », est une profession récente au Maroc. Il a connu son plein essor avec l'émergence du tourisme dans les années 70. Sauf que faute de prérequis, de formation et d'encadrement..., les guides ont appris ce métier sur le tas avant de le voir structuré au fil des années par des initiatives publiques et privées. Toutefois, malgré les avancées réalisées dans ce sens, les acteurs aspirent à un encadrement et à un accompagnement plus important dans un contexte de mutation constante.

Formel et informel
A l'heure où l'activité touristique bat des records au Maroc, surtout lors de la saison estivale, plusieurs guides touristiques évoluent dans l'informel. Par insuffisance de guides par rapport à la densité de touristes dans certaines régions du Royaume ou simplement par amour du métier, des personnes ayant des compétences de terrain sans formation se mobilisent pour répondre aux attentes des clients.
« Ces mêmes guides participent, sans aucun doute, à l'essor de l'activité touristique surtout dans les montagnes. Ils bénéficient de l'encadrement de leurs collègues sur le terrain », fait-observer Mohammed Bamansour, acteur de la chaîne de valeur touristique.
Face à l'augmentation de leur nombre, le ministère du Tourisme s'est mobilisé pour certifier cette catégorie de guides, et ce, sur la base d'un examen portant sur la région ou la province en question, ainsi que sur les compétences en matière d'accompagnement des touristes.
A cet effet, les guides touristiques qui réussiront à l'examen de cette année, dont les résultats devront être publiés dans les jours à venir, recevront une certification qui leur permettra d'exercer leur activité en tant que guide touristique pour une période de trois ans, renouvelable.
Cette initiative s'ajoute à la mise en place d'une formation initiale et continue au profit des guides. « Elle permettra de répondre aux besoins des agences touristiques surtout dans les saisons de haut flux, en mettant à leur disposition des guides touristiques expérimentés et dont les compétences sont reconnues par la tutelle », explique Mohammed Bamansour.

Faux guides
«Nous sommes surpris de constater que des étrangers, basés au Maroc, s'octroient des fonctions de guide de tourisme en ville alors qu'ils n'y sont pas autorisés», déplore Hamid Oumezdou, élu récemment le meilleur guide de montagne au monde par des Wanderlust World Guide Awards. Il fait, ainsi, référence à l'article 5 de la loi réglementant la profession de guide de tourisme, qui stipule que « le guide doit absolument être Marocain » et l'article 21 selon lequel l'usurpation du titre de guide soit passible de poursuites pénales.
Le guide, qui déplore une concurrence déloyale, indique que les associations régionales de guidage sont mobilisées là-dessus pour lutter contre ce phénomène. « Elles exigent aux étrangers au Maroc de faire appel au guide touristique professionnel lors de leur circuit touristique en ville », fait-il remarquer.

Besoins et loi

« Du fait de l'excellence du service fourni par certains guides des espaces naturels, ces derniers sont appelés à maintes reprises, à la demande de l'agence de voyage, d'accompagner les touristes en villes. Chose qui est loin d'être du goût des guides des villes et qui provoque des tensions entre les professionnels sur le terrain », explique Hamid Oumezdou.
Le métier de guide de tourisme est régi par la loi n°05-12 réglementant la profession de guide de tourisme qui a été modifiée et complétée par la loi n°133.13 et la loi n°93.18. Ledit texte de loi distingue entre deux catégories de guides :guide des villes et des circuits touristiques et guide des espaces naturels. Il exige à ce que chacune de ces catégories est exercée à titre exclusif. Une règle qui devrait être changée dans les jours à venir suite l'introduction par le département de tourisme de la possibilité de changer de catégorie après la réussite d'un examen.
« C'est avec joie que les guides des espaces culturels ont appris cette nouvelle. Cette disposition va non seulement mettre fin aux tensions entre les guides mais elle va leur permettre aussi d'évoluer dans leur carrière », se réjoui notre interlocuteur qui s'estime optimiste quant à l'avenir de ce métier.
Enfin, le métier de guide touristique constitue, sans aucun doute, l'une des pierres angulaires du développement du secteur. Bien qu'il ait connu un essor remarquable suite à la mise en place de plusieurs politiques publiques visant à le structurer, le métier manque encore de visibilité, surtout pour la gent féminine. L'enjeu reste donc de changer le constat des professionnels selon lequel l'accès à ce métier est plus réservé aux hommes.


Trois questions à Hamid Oumezdou
« J'espère que le centre de formation d'Azilal s'ouvrira très prochainement »
-Quels sont les prés-requis pour être un bon guide touristique au Maroc ?
-Au-delà des compétences communicationnelles et linguistiques requises, un bon guide de tourisme est celui capable d'offrir une expérience authentique et durable aux voyageurs tout en soutenant la communauté locale.
Un bon guide travaille aussi dans le respect de l'éthique de son métier et veille sur la sécurité des touristes. En d'autres termes, il fait en sorte qu'ils soient des invités et non une opportunité de gain facile. Il doit se comporter de telle manière que les touristes se sentent des hôtes spéciaux et être bien servis de l'arrivée jusqu'au départ. Un bon guide est conscient de la responsabilité qui lui est confiée. A cet égard, il exerce son métier en vue de donner la meilleure image de son pays en aidant les touristes à se connecter avec la culture et le patrimoine de notre pays.
-S'agit-il d'un métier rentable ?
-Je suis affirmatif. Le guide touristique, qu'il soit guide des villes et des circuits touristiques ou guide des espaces naturels, est bien payé. C'est vrai que cela dépend des conditions de travail offertes par chaque Agence et le critère de l'expérience. Mais généralement, c'est un métier rentable.
Outre la question de la rémunération, j'estime que l'accompagnement est un levier sur lequel les Agences de voyage devront miser en mettant en place des formations continues pour les guides. Une façon de les adapter aux nouvelles exigences des touristes.

-Que reste-t-il à faire pour développer ce métier au Maroc ?
-C'est une responsabilité partagée entre tous les acteurs du secteur. Il faut d'abord que les guides, eux-mêmes, aient conscience du rôle stratégique qu'ils jouent dans la promotion de la destination Maroc.
Du fait de l'importance de la formation dans ce domaine, l'ouverture de plus de centres de formation servira de stimulateur pour le développement des compétences des guides et donc de l'activité touristique. Ainsi, les guides de montagne attendent avec impatience la réouverture du centre de formation des professions de la montagne, dans la province d'Azilal, fermé depuis 2014. Ce centre, dans lequel j'ai fait ma formation, est en mesure de participer dans la formation de la nouvelle génération de guide. J'espère qu'il ouvrira ses portes très prochainement.


L'info...Graphie
Guides touristiques : L'inclusion des femmes est une nécessité
La profession du tourisme au Maroc se trouve dans un contexte qui évolue notoirement et qualitativement. Seulement, il existe une forme de paternalisme dans ce métier repéré à travers les statistiques récentes. D'où l'inclusion des femmes s'impose comme une nécessité impérieuse.
Au Maroc, selon ces statistiques, 54% des travailleurs du secteur du tourisme sont des femmes, contre 39 % dans l'ensemble de l'économie. Le constat est que les femmes dans le tourisme ont tendance à occuper les emplois les plus bas et mal rémunérés.
Dans son analyse bien approfondie sur le sujet, Zina Bencheikh, directrice générale Europe, Moyen-Orient et Afrique d'Intrepid Travel, met en avant deux problématiques majeures. La première est liée au manque de visibilité sur le métier et la seconde porte sur la difficulté d'accès suite aux contraintes règlementaires.
«Le concours organisé par le ministère du Tourisme est une opportunité pour régulariser la situation des guides et surtout avoir plus de femmes dans le métier, jusque-là réservé aux hommes. Mais, ce concours n'est pas régulier », explique-t-elle. Et d'ajouter que la solution serait plutôt de renforcer le nombre de formations pour un accès plus facile au métier.
Selon la directrice, le salaire moyen des guides, en effet, est estimé entre 500 et 1.500 DH par jour sans parler des pourboires et primes. «Cela pourrait intéresser beaucoup de femmes ». L'ambition est alors de contribuer à l'amélioration de la représentativité des femmes dans ce métier et d'atteindre même la parité dans les années à venir.


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