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Le monde féminin en laisse
CINE-SCRIPT : L'esprit colonial
Publié dans L'opinion le 12 - 03 - 2010

La semaine dernière, le 8 mars, la communauté internationale célébrait la Journée mondiale de la femme, une occasion pour se pencher sur les avancées réalisées par la femme dans les différents domaines.
En ce qui concerne le cinéma, on ne peut pas dire que de nouveaux acquis ont été enregistrés de la part des femmes à travers le monde.
La destinée du cinéma est toujours entre les mains des hommes qui décident de ce que va voir le public.
Curieusement, on assiste au même pourcentage de cinéastes-femmes tant au Maroc, en France, qu'aux Etats-Unis dont souvent, le nombre ne dépasse pas celui des doigts de la main. La France est peut-être le pays où il y a le plus grand nombre de cinéastes-femmes compte tenu du statut de la femme très avancé dans ce pays.
Quand en essaie de dénombrer les cinéastes-femmes en Amérique, on a toujours la même difficulté à trouver des noms. Pire encore, il n'y a presque plus de films féministes susceptibles d'évoquer des questions graves liées à la condition féminine. Le public étant devenu plus gourment en matière de consommation de films d'action, de thrillers et autres aventures, toutes les questions sociales sont délibérément délaissées par le cinéma y compris celles à la thématique féministe.
En plus, pour les cinéaste-femmes américaines aient aussi l'occasion de faire des films, il faut qu'elles se conforment au système hollywoodien, c'est-à-dire respecter les normes et les ingrédients habituels qui garantissent le public : le star-system, l'intrigue, le happy-end le suspense, … Embrasser une autre voie c'est faire cavalier seul et ne pas compter sur le soutien financier des majors. La nature des films produit par Hollywood se contredit avec celle des films intimistes où la question de la femme est prépondérante.
Le pays le plus producteur de films, en l'occurrence l'Inde, ne compte plus de femmes-cinéastes. La seule qui a osé s'aventurer dans ce domaine Mira Nair, vit tranquillement à Londres, loin de son pays. ll devient presque absurde de constater que les 800 films que produit l'Inde par an sont tous réalisés par des hommes, à leur manière, selon le sujet de leur choix, sous un angle purement masculin. Et la situation n'est pas prête à changer dans un proche avenir.
De même pour l'Egypte qui ne compte que quelques rares femmes cinéastes dont la plus en vue et Ines Dghidi, acquise depuis longtemps à la « cause » masculine et chez laquelle on ne décèle aucune touche féministe, ses films sont entièrement identiques à ceux que réalisent ses collègues cinéastes-hommes. Et pourtant, de nombreuses cinéastes sont lauréats de l'Institut du cinéma du Caire, formées dans toutes les options sans qu'elles trouvent un débouché dans le domaine du cinéma.
Cette situation est certes anachronique et vient contredire le discours pompeux des instances internationales en matière d'émancipation, de liberté, d'épanouissement, d'élargissement et d'égalité. Si la télévision connaît une certaine avance, le cinéma et l'esprit qui y sévit stagnent dans une situation précaire, rétrograde et franchement caduque. Le monde a besoin de la femme pour participer effectivement à la gestion des affaires de toutes natures comme il a besoin de côtoyer ses produits et production pour mieux connaître notre monde.


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