Sahara : La révision du mandat de la MINURSO sur l'agenda du Conseil de sécurité en avril    Algérie : Entre prisons et faux avocats, la double épreuve des familles marocaines    Carburantes: En Marruecos, los gerentes de las estaciones de servicio «tan preocupados como los ciudadanos»    Moroccan families in limbo as over 1,700 nationals remain detained in Algeria    Maroc : Bob Maghrib revient sur scène tambour battant    Jidar : Le Rabat Street Art Festival fête 11 ans de dialogues urbains    Le groupe BMCI améliore son résultat net consolidé de 28,9% en 2025    Transport ferroviaire : un partenariat stratégique au service de la famille de la sûreté nationale    Sécurité routière : la NARSA passe les comportements des usagers à la loupe    Tourisme golfique. Le Maroc s'offre une vitrine mondiale sur Canal+    Conseil de paix et de sécurité de l'UA : le Maroc, de la réintégration à l'influence durable    Crise au Moyen-Orient : Le Maroc assure des stocks de diesel et d'essence pour 51 à 55 jours    Six ans de prison pour un TikTokeur et la mère d'un mineur    Le Comité R relativise le constat français sur les Frères musulmans en Belgique    Maroc : Les subventions au gaz augmentent pour maintenir des prix stables    Barrages : L'Exécutif fixe les règles du registre spécial    "Ouazane to Be Three" : une fratrie talentueuse et fière de ses origines (reportage)    CdM 2026 : l'échec de la squadra azzurra coûte son poste au président de la FIGC    Bourse de Casablanca : clôture en territoire négatif    Dialogue social : rendez-vous d'avril confirmé    L'ONMT s'associe à Canal+ pour valoriser le tourisme golfique marocain    Edito. Du baume au cœur    Ciment : une feuille de route pour décarboner l'industrie à l'horizon 2030    Le ministère public souligne le rôle clé des juridictions commerciales dans la protection de l'économie    Macron réagit aux "moqueries" de Trump sur son couple    Londres. L'urgence de rouvrir le détroit d'Ormuz    France. Rima Hassan en garde à vue pour apologie du terrorisme et pour possession de drogue    « Bnat Lalla Mennana » : la HACA refuse le rôle de censeur    Employabilité : 6.200 jeunes formés aux métiers du secteur eau & assainissement    Maroc – Pays-Bas : le classement FIFA démonte totalement Van der Vaart    GP Hassan II de tennis : Taha Baadi et Karim Bennani éliminés au second tour    Mondial 2026 : Comment acheter des billets pour les matchs du Maroc ?    Moroccan tennis players Bennani and Baadi exit GP Hassan II    Conseil des ministres de l'Intérieur arabes: Le Maroc réitère son soutien constant aux pays arabes frères face aux agressions iraniennes    Lions de l'Atlas : la révolution tactique sous Mohamed Ouahbi    Musique : Sylent Nqo en duo inédit avec Mann Friday    Quand l'Afrique danse : la Biennale pose ses valises au Sénégal    Immigration : 0,4 % de la population marocaine est originaire d'Afrique subsaharienne    Une baisse de près de 78 %... fort recul des cas de traite des êtres humains en Chine    Diplomatie : le Maroc et l'UA renforcent le dialogue sur la paix, la sécurité et l'intégration africaine    Après plus d'un demi-siècle, les États-Unis s'apprêtent à relancer la conquête de la Lune avec Artémis II    L'Iran dénonce les demandes "maximalistes et irrationnelles" des Etats-Unis    Fondation Mohammed VI : Lancement de la 9e édition du Concours des Jeunes Nouvellistes    Le Maroc réitère son soutien constant aux pays arabes frères face aux agressions iraniennes    Le Maroc au cœur du tournage de la série biblique «The Old Stories: Moses»    CV, c'est vous ! Ep-91. Yasmine Laraqui, une artiste pluridisciplinaire !    Le temps qu'il fera ce mercredi 1er avril 2026    Festival : Luis Fonsi, Busta Rhymes et MC Solaar annoncés au Timeless 2026    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Avec Nedjim Bouizoul, tout va Labess!
Publié dans L'opinion le 31 - 12 - 2025

Impossible de ne pas avoir l'impression d'être dans un grand stade, au milieu de 150 mille personnes, tous chantant à l'unisson sur la voix et la guitare de Nedjim Bouizoul, mieux connu avec le nom de son groupe LABESS, qui veut dire en arabe, tout va bien. Et pourtant Nedjim chante avec sa guitare gitane, joyeusement rythmée, tout ce qui ne va pas!
Ce soir-là, le 29 décembre 2025, au Balatou, nous n'étions qu'une poignée à pressentir, sans vraiment le savoir, que quelque chose de grand allait se produire. La nuit semblait suspendue.

Nedjim était là, sur la petite scène, sans fracas, avec cette présence douce et magnétique qui donne l'impression que le monde ralentit pour mieux écouter. Sa voix éraillée se posait, s'installait, ouvrait des portes invisibles. Elle portait les routes du désert, le bleu de la Méditerranée, les nuits de fête et les douleurs muettes, celles des damnés de la terre. Elle racontait des peuples entiers, dans un style andalou-algérien, portée par une guitare qui prenait l'allure d'un navire en pleine traversée, glissant sur une mer bleue sous un ciel tout aussi bleu. Même Richard Desjardins avec ses Yankees, trouve place dans son répertoire.
Après son passage à Rabat où il y'a pas longtemps, Nedjim donnait un show à grand déploiement au grand théâtre Mohammed V, il est là, à Montréal, entièrement présent, dans cette salle modeste mais néanmoins mythique, le Balatou.

Chaque note semblait chercher une âme à rejoindre. La sienne trouvait les nôtres sans effort. Chez les soufis, on appelle ça un dialogue de cœur à cœur. On aurait dit que le temps se dépliait, que les murs du Balatou, lentement s'effaçaient pour laisser place à une vaste place publique, quelque part entre Alger, Marseille, Paris, Casablanca, Munich, Strasbourg, Grenade, Rabat, Bogota, en passant toujours par Montréal et par nulle part ailleurs. Jamais reçu à Tout le monde en parle, trop occupé à faire le tour du monde.

Avec Labess, tout va bien parce que tout ne va pas bien. La musique, mine de rien, n'est plus un divertissement, mais une manière de tenir debout, de rester humain quand toutes les guerres nous poussent à devenir les derniers...

Assis, au bord de la scène, parce que plus de places, je vivais pleinement le moment, le passage, quand Nedjim a libéré quelques mots d'une chanson que d'habitude, je n'entendais que derrière les murs d'une prison. Je me suis souvenu alors de la première fois où je l'avais reçu en automne 2014, à la prison de Bordeaux, en pleine période de fureur et d'injustice à Gaza. Il était venu avec le brillant percussionniste Tacfarinas, portant sa guitare comme on porte une promesse de libération. Ce jour-là, derrière les barreaux et sous les regards assoiffés de beauté, quelque chose avait cédé. Les murs s'étaient fissurés sous le poids de ses chansons. Les hommes enfermés étaient redevenus des hommes.

Depuis, Nedjim est revenu en prison à mon invitation, encore et encore, fidèle à cette idée simple que la musique doit aller là où elle est nécessaire, même là où personne ne souhaite aller. Avec Kattam, ils ont cassé la baraque, ils ont libéré les Souverains en reprenant, à la manière gitane, les paroles de leur chanson-thème "Je quitte ma cellule, je traverse les couloirs, je salue mes amis, je leur dis à plus tard, je ne quitte pas Bordeaux, du moins pas encore, je m'évade dans les mots, et la musique des noirs". Parmi les Souverains, Nedjim était un prince accompagné d'un autre prince, Kattam.

Je revois aussi ce moment suspendu, après un concert donné pour le 25me des Souverains anonymes, quand tout le monde était parti. Il ne restait que quelques présences, des voix basses, une guitare que le chanteur rangeait lentement. Dans un coin de la salle, les Souverains se sont mis à rapper pour eux-mêmes, comme ils le faisaient souvent. La guitare est ressortie de sa boîte. L'inexplicable s'est produit. Les murs ont disparu, la prison aussi, et il n'y avait plus que des hommes libres autour d'un prince sans couronne. Un prince dont le royaume est fait de routes, de rencontres et de chansons partagées. Il n'a pas de trône, seulement une guitare et quelques compagnons, et cela suffit à faire tenir debout un monde fatigué.

Hier encore, Nedjim a ouvert la scène avec Raphaëlle Toutlemonde, dans ce geste simple et généreux qui dit tout de lui. Partager, transmettre, ne jamais garder la lumière pour soi. Raphaëlle, autrice compositrice venue du Sud-Ouest de la France, est montée sur scène pour raconter ses voyages. De sa voix douce et de sa guitare qui butine dans plusieurs couleurs, elle a séduit le public. Pour les fidèles de LABESS, une petite étoile est née ce soir-là.

Pour le reste de la soirée, Kattam et Nedjim ont fait monter la salle, jusqu'à ce point où l'on ne comptait plus les corps mais les battements de cœur accordés au même rythme. La même voix.

Nous étions 150. À la fin de la soirée, 150 mille, nous étions!

Mohamed Lotfi
30 Décembre 2025


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.