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Sahara : Le chemin éprouvant vers les négociations ! [INTEGRAL]
Publié dans L'opinion le 06 - 01 - 2026

Censées démarrer le plus tôt possible, les négociations autour du plan d'autonomie n'ont pas encore commencé, au moment où l'Algérie reste enfermée dans son déni de réalité. Décryptage.
Les mauvaises nouvelles se succèdent pour l'Algérie qui voit, impuissante, son cercle d'alliés plus que jamais amenuisé. Capturé et humilié par les Etats-Unis, le dictateur vénézuélien, Nicolas Maduro, a fini emprisonné et déféré devant un juge de New York.

Avec la chute du régime chaviste, Alger perd son plus grand allié en Amérique Latine, qui défendait corps et âme le Polisario. Curieusement, la diplomatie algérienne se mure dans un silence assourdissant. Pas le moindre communiqué, ni aucune réaction officielle, au moment où les réactions internationales s'enchaînent. Ce qui en dit long sur la trouille dont est saisi le régime militaire qui, semble-t-il, se garde de critiquer l'Administration Trump. Sidérant de la part d'un pays qui se dit le chantre de l'anti-impérialisme !

Quoiqu'il en soit, le silence algérien est tout sauf irrationnel ! Alger veille à garder de bonnes relations avec l'Administration américaine qu'il ne cesse d'amadouer depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche malgré le soutien indéfectible du Républicain à la marocanité du Sahara.

Alger fait profil bas !

Les cadeaux n'auront servi à rien finalement. Alger a eu beau avoir offert son sous-sol aux explorateurs américains, notamment Exxon Mobile, et signé un accord militaire, Washington n'en a cure. Alger est toujours le cadet de ses soucis. Preuve en est le vote de la Résolution 2797 du Conseil de Sécurité sous la houlette des Américains. Le texte qui tranche 50 ans de lutte pour le Sahara en faveur du Maroc. Pourtant, l'Algérie n'ose pas s'opposer aux Etats-Unis dont elle espère encore un peu de mansuétude, au moment où les négociations définitives autour du plan du conflit s'annoncent.

Jusqu'à présent, le pouvoir algérien reste encore dans le déni de réalité même s'il comprend bien qu'il n'a plus aucune carte à jouer pour sauver la tête du Polisario. Mardi dernier, devant les deux Chambres du Parlement qu'il s'est mis à haranguer pendant environ deux heures, le président Abdelmajid Tebboune s'est efforcé de parler brièvement du Sahara.

Il s'est contenté d'un soutien timide au Polisario. Le référendum que l'ONU a définitivement enterré continue de hanter les esprits à Alger comme si le régime en a aujourd'hui la nostalgie. "Nous demandons à respecter les peuples, il y a un peuple sur cette terre, consultez-le", a lâché le président sous un tonnerre d'applaudissements. Pourtant, il a répété que « l'Algérie n'est pas plus sahraouie que les Sahraouis eux-mêmes ». Une phrase qui revient de plus en plus souvent dans la bouche des officiels algériens, dont l'ambassadeur à Washington, Sabri Boukadoum, qui a déclaré il n'y a pas si longtemps que son pays ne prétend pas parler au nom du front séparatiste.

Quoiqu'il en soit, Alger peine encore à digérer le revers qu'elle a subi au Conseil de Sécurité, fin octobre dernier, où il avait été lâché par ses alliés les plus proches, notamment la Russie et la Chine qui ont préféré s'abstenir de voter la Résolution rédigée par les Etats-Unis.

Alors que l'Algérie, semble-t-il, refuse encore de prendre part aux négociations auxquelles elle est sommée de participer, comme l'ensemble des parties prenantes, le temps s'écoule. Le Conseil de Sécurité exige un compte rendu dans les six mois suivants d'ici avril prochain, sachant qu'il faut arriver à une solution avant le 31 octobre 2026.

Les préparatifs interminables de Staffan de Mistura !

Les discussions n'ont pas encore commencé. L'envoyé personnel du Secrétaire Général des Nations Unies pour le Sahara, Staffan de Mistura, n'est pas encore parvenu à rassembler les parties concernées. Jusqu'à présent, l'heure est au recueil des suggestions. Le diplomate a fixé une méthodologie de travail. La première phase consiste, comme il l'avait fait savoir au lendemain du vote de la Résolution 2797, à rassembler les suggestions des uns et des autres avant d'engager des discussions qui pourraient être indirectes si nécessaire. Mais l'essentiel, c'est que le plan d'autonomie reste le cadre de la négociation. Pour l'instant, le Maroc continue de préparer le texte sur la base d'une consultation de toutes les forces vives de la Nation, notamment les partis politiques, qui ont d'ores et déjà soumis leurs mémorandums.

Maintenant, reste à savoir si l'Algérie et le Polisario se résignent à négocier selon les termes fixés par le Conseil de Sécurité. Qu'est-ce qui pourra advenir s'il n y a pas d'avancée d'ici avril ? "À défaut de progrès, il y aurait forcément des pressions, notamment de la part des Etats-Unis et des partenaires occidentaux, pour accélérer la cadence afin d'arriver à une solution avant octobre prochain", répond Mohammed Badine El Yattioui, Professeur d'Etudes Stratégiques au Collège de Défense (NDC) des Emirats Arabes Unis à Abou Dhabi. "La concrétisation du plan d'autonomie est le seul enjeu dans ce dossier. Tous les moyens devraient être déployés pour y parvenir, quitte à recourir à une forte pression diplomatique", ajoute l'expert, qui estime que l'Algérie tente de gagner le maximum de temps possible en laissant planer le doute sur sa participation aux discussions. Selon notre interlocuteur, Alger n'a pas intérêt à négocier car cela revient à reconnaître sa défaite, ce qu'il ne peut pas se permettre devant son opinion interne qu'elle accable de propagande à longueur de journée. C'est là que Staffan de Mistura est attendu. Son succès dépend de sa capacité à relancer la négociation comme ce fut le cas pour les tables rondes entre 2018 et 2019.

Pour sa part, le Polisario reste subordonné à son maître. Le front n'a d'autre choix que de se fondre dans la souveraineté marocaine, sachant que la black-liste américaine plane sur lui comme une épée de Damoclès. Il suffit que la proposition de loi déposée par le Républicain Joe Wilson et son camarade Jimmy Panetta passe au Congrès pour qu'il soit déclaré organisation terroriste. Entre-temps, le Maroc s'apprête à négocier en position de force, sachant que la nouvelle configuration du Conseil de Sécurité lui est visiblement favorable. (Voir repère)

Trois questions à Mohammed Badine El Yattioui : "Face à un Trump très offensif, l'Algérie essaye de faire profil bas"
* Il y a eu initialement un plan de paix américain en 60 jours au moment où Alger tente d'amadouer Washington depuis l'arrivée de Trump. Pourquoi ça piétine à votre avis ?

60 jours était au départ un objectif ambitieux. Il y a eu un optimisme chez les Américains qui se rendent compte que la mise en œuvre d'un tel plan de paix est complexe, vu la réalité historique et géopolitique. Aussi, il ne faut pas oublier que les émissaires américains, notamment Steve Witkoff, sont occupés par d'autres sujets actuellement, dont l'Ukraine, Gaza, le Yémen, le Soudan...etc. Ce qui fait que le dossier maroco-algérien n'est pas encore au top des priorités. Par ailleurs, l'Algérie ménage l'Administration Trump car elle n'a nul autre choix. Le régime est isolé à la fois dans la région et sur le plan international. Preuve en est qu'Alger a été lâché par la Russie, son principal allié, lors du vote de la Résolution du Conseil de Sécurité. Idem pour l'intégration aux BRICS, ce qui montre à quel point le régime est en manque de crédibilité. Ses soutiens sont très limités. Face à un Trump très offensif, l'Algérie essaye de faire profil bas pour éviter un isolement total.


* Staffan de Mistura semble avoir du mal à entamer les négociations. Quelles seraient ses contraintes éventuelles ?

Il faut se demander si De Mistura est toujours la personne la mieux placée pour mener les négociations, sachant qu'il a déjà commis des maladresses et peine à comprendre les enjeux du conflit, alors qu'il est censé être un diplomate chevronné. Là, la logique voudrait qu'un nouvel émissaire prenne le relais après la Résolution 2797. En fait, l'émissaire onusien a désormais le devoir de réunir toutes les parties prenantes autour de la table. Le Maroc est, pour sa part, disposé à aller de l'avant, tandis que le reste des parties sont réticentes et ne semblent pas bien intentionnées. Le Polisario et l'Algérie n'ont nulle volonté de négocier selon les termes fixés par le Conseil de Sécurité.


* L'Algérie tient encore un discours de déni de réalité pour rejeter les négociations. S'agit-il seulement de rhétorique ?


L'Algérie ne peut pas se permettre devant son opinion de se dédire. Négocier le plan d'autonomie reviendrait pour le régime à reconnaître sa défaite incontestable. Le régime se retrouvera dans ce cas obligé de justifier les fortunes dilapidées pour le Polisario pendant cinquante ans. Il serait impensable de négocier quoi que ce soit dans une affaire centrale de leur politique étrangère pendant 50 ans, surtout que le régime se livre à une escalade depuis 2019.


Conseil de Sécurité : Nouvelle configuration plus favorable au Maroc
Fin octobre, le Maroc - force est de le rappeler - a pu obtenir gain de cause au Conseil de Sécurité dans une configuration difficile. Il y a avait d'abord l'Algérie et d'autres pays qu'il a fallu convaincre pour voter la Résolution 2797, comme la Slovénie et Guyana... Malgré la difficulté de l'équation, le texte a été adopté sans aucune opposition. Maintenant, la composition de l'instance exécutive de l'ONU est plus favorable au Royaume.

Cinq nouveaux membres ont fait leur entrée en 2026, à savoir le Bahreïn, la République démocratique du Congo, la Lettonie, la Colombie et le Liberia.

Ils rejoindront les membres non permanents déjà élus l'année précédente (Danemark, Grèce, Pakistan, Panama et Somalie). La majeure partie des nouveaux arrivants soutient la marocanité du Sahara, la Colombie reste farouchement hostile au Royaume.

Le Polisario compte désormais sur Bogota après le départ de l'Algérie qui n'a réussi aucun coup diplomatique pendant son passage. Le soutien de la Colombie n'est pas garanti et reste tributaire de l'issue des élections présidentielles qui auront lieu cet été. Le retour de la droite ne manquerait pas de faire basculer le pays au rang des soutiens du Maroc. Le président colombien, Gustavo Petro, a décidé de son propre chef depuis son investiture de rétablir la reconnaissance du Polisario contre l'avis du Parlement et notamment du Sénat qui y est farouchement opposé. Il s'agit d'une décision personnelle prise pour des raisons idéologiques par un président gauchiste issu de la guérilla.
Résolution 2797 : Le calendrier onusien
Le Conseil de Sécurité, rappelons-le, a prorogé le mandat de la MINURSO jusqu'au 31 octobre 2026. Le temps de parvenir à une solution politique. Là, le Conseil appuie pleinement les efforts du Secrétaire Général et de son Envoyé personnel pour faciliter et conduire les négociations en se fondant sur le plan d'autonomie proposé par le Maroc afin de parvenir à un règlement juste, durable et mutuellement acceptable du différend, conformément à la Charte des Nations Unies.

La Résolution 2797 demande "aux parties de participer aux discussions sans conditions préalables et sur la base du plan d'autonomie proposé par le Maroc afin de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable qui assure l'autodétermination du peuple du Sahara". Le Conseil de Sécurité considère désormais "qu'une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalistes et encourage les parties à faire part de leurs idées à l'appui d'une solution définitive mutuellement acceptable".

Concernant le calendrier, le Secrétaire Général des Nations Unies est prié de présenter, dans les six mois suivant la prorogation du mandat, un examen stratégique relatif au futur mandat de la MINURSO, en tenant compte de l'issue des négociations.


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