Les nouvelles autorités libyennes doivent proclamer dimanche la «libération totale» du pays, ouvrant la voie à la formation d'un gouvernement chargé de gérer la transition après 42 ans d'un règne sans partage de Mouammar Kadhafi, tué jeudi. L'annonce, attendue dans l'après-midi, sera faite à Benghazi, deuxième ville du pays à un millier de kilomètres à l'est de Tripoli, et ancienne «capitale» de la rébellion, qui y a vu le jour à la mi-février. Le Conseil national de transition (CNT) attendait la prise de Syrte, dernier bastion pro-Kadhafi tombé il y a trois jours, pour déclarer la «libération totale» du pays, condition sine qua non à l'ouverture de discussions pour la formation du gouvernement de transition. Selon la feuille de route publié en septembre, le CNT prévoit la mise en place d'un gouvernement de transition un mois maximum après l'annonce de la libération. Ce gouvernement devra organiser sous huit mois l'élection d'une Assemblée nationale qui désignera un Comité chargé de rédiger une nouvelle Constitution et organisera des élections générales dans un délai maximum d'un an. De multiples luttes de pouvoir au sein du CNT risquent de compliquer la donne pour former le gouvernement: libéraux contre islamistes, tensions régionalistes, rivalités tribales, ambitions individuelles ou pour le contrôle des revenus du pétrole. Après plusieurs semaines d'intenses tractations pour remanier le gouvernement, le nouveau pouvoir avait ainsi annoncé le 3 octobre la reconduction d'un exécutif provisoire quasi inchangé, repoussant la formation d'un nouveau gouvernement à la proclamation de la libération du pays. Cette annonce, très attendue, doit survenir trois jours après la mort de Mouammar Kadhafi, 69 ans, tué à Syrte (360 km à l'est de Tripoli) dans des circonstances toujours floues. Dimanche, il n'était toujours pas clair si l'ancien «Guide», en fuite depuis la chute le 23 août de son QG à Tripoli, avait été exécuté ou s'il avait péri dans des échanges de tirs. Le «Premier ministre» libéral du CNT, Mahmoud Jibril, qui a d'ores et déjà annoncé qu'il ne participerait pas au futur gouvernement, a assuré que le colonel Kadhafi avait succombé à des blessures par balles après des tirs croisés pendant son arrestation. Mais les images et vidéos prises au moment de son arrestation à Syrte laissent entrevoir d'autres hypothèses, comme celle d'une exécution sommaire. Alors que plusieurs organisations internationales, dont l'ONU, ont réclamé une enquête, le président du CNT, Moustapha Abdeljalil, a confirmé samedi qu'une investigation avait été lancée. En revanche, selon le Conseil militaire de Misrata, aucune autopsie ne sera pratiquée sur le corps de l'ex-dictateur placé dans une chambre froide, où des centaines de Libyens sont venus s'assurer de la mort de leur «ennemi» et de son fils Mouatassim. Invité samedi soir sur la chaîne de télévision britannique BBC, Mahmoud Jibril s'est dit «totalement d'accord» avec l'ouverture d'une enquête internationale sur la mort du colonel Kadhafi, tant qu'elle respectait le rite funéraire islamique. «Pour être honnête avec vous, personnellement j'aurais préféré qu'il (Mouammar Kadhafi) soit vivant. Je veux savoir savoir pourquoi il a fait ça au peuple libyen. J'aurais aimé être son procureur lors de son procès», a-t-il affirmé. Alors que les différentes brigades retournaient dans leurs villes d'origine, Syrte, ville fantôme parsemée de cadavres, tentait de se relever. «On a déjà évacué tellement (de cadavres), je ne sais pas combien... Des centaines, des milliers...», expliquait Sadouq Al-Banani, «nettoyeur» de l'ONG libyenne Tabiya, masque hygiénique sur le visage. A Benghazi, les combattants de retour de Syrte étaient de leur côté fêtés en héros, arrosés de bonbons, d'eau de rose et de baisers. Très émus, ils ont tiré en l'air avec leurs armes lourdes et légères pour participer aux célébrations. «Je ne peux pas exprimer ce que je ressens pour ces hommes. (...) Nous les aimons tous», a déclaré Moustapha Youssef en agitant le drapeau vert, noir et rouge adopté par les nouvelles autorités libyennes. La réputation du CNT «ternie» par la mort de Kadhafi Le ministre britannique de la Défense, Philip Hammond, a estimé dimanche que la «réputation» des nouvelles autorités libyennes avait été «un peu ternie» par la mort de l'ex-dirigeant Mouammar Kadhafi, tué jeudi dans des circonstances encore floues. «Le jeune gouvernement libyen comprendra que sa réputation dans le monde est un peu ternie par ce qui s'est passé», a déclaré le ministre lors d'une interview à la BBC. «Je suis sûr qu'il voudra tirer cela au clair, de façon à reconstruire et à redorer sa réputation», a-t-il ajouté. «Ce n'est pas une façon de procéder, ce n'est pas la façon dont nous aurions aimé que cela se passe», a-t-il ajouté. «Nous aurions aimé voir le colonel Kadhafi devant la justice, idéalement devant la Cour pénale internationale, pour répondre de ses méfaits, non seulement en Libye mais aussi pour les nombreux actes de terrorisme qu'il a soutenus et perpétrés hors de Libye, et pour lesquels nous, Britanniques, avons un nombre disproportionné de victimes», a-t-il dit. Il faisait référence notamment à l'attentat de Lockerbie qui avait fait 270 morts en 1988 et à la mort de la policière britannique Yvonne Fletcher, tuée par un tir en provenance de l'ambassade libyenne à Londres en 1984. Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, avait indiqué jeudi, après la mort de Mouammar Kadhafi, qu'il désapprouvait «les exécutions extrajudiciaires», en se défendant de spéculer sur les circonstances du décès et assurant qu'il n'allait «pas le pleurer». Dimanche, alors que le Conseil national de transition (CNT) doit proclamer la «libération totale» du pays, il n'était toujours pas clair si l'ancien dirigeant, en fuite depuis la chute le 23 août de son QG à Tripoli, avait été exécuté ou s'il avait péri dans des échanges de tirs. Le numéro deux du Conseil national de transition (CNT), Mahmoud Jibril, a assuré que le colonel Kadhafi, 69 ans, avait succombé à des blessures par balles après des tirs croisés pendant son arrestation. Mais les images et vidéos prises au moment de son arrestation à Syrte laissent entrevoir d'autres hypothèses, comme celle d'une exécution sommaire. Alors que plusieurs organisations internationales, dont l'ONU, ont réclamé une enquête, le président du CNT, Moustapha Abdeljalil, a confirmé samedi qu'une investigation avait été lancée. La Grande-Bretagne a, avec la France, joué un rôle majeur dans l'intervention de l'Otan en Libye.