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ABDELKRIM SRHIRI, ARTISTE-PEINTRE A BORDEAUX
« Je puise mes sources d'inspiration dans le vacarme des villes »
Publié dans L'opinion le 02 - 03 - 2013

Vivant depuis 1987 en France, plus exactement dans la ville de Bordeaux, Abdelkrim Srhiri, artiste peintre, natif de la région d'Oujda, est une figure de la grande créativité des Marocains du Monde qui représentent une pièce maîtresse dans le développement et le rayonnement culturel du Maroc. A travers ses créations qui oscillent entre figuration et abstraction, Srhiri crée un style qui lui est propre fondé sur un rapport très intime avec la matière depuis une première découverte étant enfant dans son patelin natal, la petite ville de Touissit dans l'Oriental région d'Oujda. Depuis une toute première exposition collective à l'Ecole des Beaux-Arts à Tétouan en 1986, Srhiri a eu à son actif de nombreuses expositions collectives et individuelles en France. Au Maroc il a participé à l'exposition collective « Global'art » à la Villa des Arts de Rabat en 2007 et une exposition individuelle en 2011 à l'Institut Français de l'Oriental avec la Fondation Moulay Slimane à Oujda. Entretien autour d'une idée de création et de résistance :
-L'Opinion : Quels étaient les premiers moments d'éveil à la création à Touissit et surtout la découverte, étant enfant et adolescent des matières humbles terre, bois, cuivre... dont la présence accompagnera votre cheminement artistique ?
-Abdelkrim Srhiri: Hermann Broch disait: « Je ne suis pas animé par une sentimentalité nostalgique du passé, une contemplation rétrograde et transfigurante des époques révolues. Non, derrière tout mon dégoût et ma lassitude se cache une idée très ancienne et très fondée, l'idée que, pour une époque, il n'y a rien de plus important que son style. ». Quant à moi à un moment donné, je lisais : « La Civilisation, ma Mère !.. » de Driss Chraïbi. J'ai eu le déclic, je suis retourné dans mon passé et j'ai fouillé dans mes souvenirs. J'ai vu des images de mon enfance, à l'époque où mes parents habitaient encore à Touissit. Et j'ai écrit,
Face au soleil
J'avais six ans, je jouais avec de la terre.
Ce n'était qu'un jeu d'enfance.
Je suis né à Touissit, au Maroc,
La terre était mouillée. Je la mélangeais avec un bout de bois.
L'après-midi, j'exposais ces éléments en face du soleil pour les sécher.
Exposition face au soleil !
C'était ma première exposition.
A Oujda, ma mère quelquefois tissait des tapis et des « bourabah », en l'observant, j'ai pris mes premières leçons de composition des couleurs.
A l'école primaire, je dessinais et gravais sur les tables. Malheureusement chaque fois, je recevais des coups en guise de punition, et le maître me forçait à nettoyer les tables.
Le maître monsieur Zarouki, CM2 à l'école Ibn Rochd à Oujda m'a donné quelques conseils artistiques, pour mes collages, dessins et peintures.
-Quels avaient été les moments forts de l'école des Beaux-Arts et du séjour à Tétouan ?
-C'était l'aube de ma jeunesse... C'était un rêve que d'être étudiant à l'école des Beaux-Arts de Tétouan. Le commencement de la liberté, pour moi : ne pas respecter l'emploi du temps, fumer du kif, braver l'interdits... Je me souviens, parfois le directeur, monsieur Sarghini Mohamed, lorsque nous quittions l'école à la moitié du chemin, venait nous ordonner d'y retourner, car ce n'était pas encore l'heure.
Je me sentais comme étranger dans mon propre pays, tout changeait pour moi : l'architecture, le paysage et le climat. La médina me semblait un labyrinthe. Presque tous les jours, je faisais des aquarelles et des croquis. Je squattais à « l'Oukash », avec d'autres étudiants dans cette ancienne école à côté de la grande mosquée, abandonnée. On s'éclairait à la bougie et on se débrouillait pour la nourriture. J'ai habité dans d'autres quartiers comme Jbel Darsa, el-Barrio, Sidi Talha. J'ai même habité dans un garage, sans eau ni toilettes. Parfois, la nuit, j'ouvrais la porte du garage et je pissai directement dans la rue, heureusement le sol était en terre battue. Nous utilisions la fontaine du quartier pour se laver. Nous n'avions pas de sous.
-Aviez-vous déjà en tête l'immigration à ce moment-là pour accomplir un projet créatif ?
-A L'école des Beaux-Arts de Tétouan, j'ai été influencé par les artistes impressionnistes et abstraits. Je ne connaissais pas les mouvements artistiques comme l'arte povera, l'art conceptuel... Je peignais le paysage et faisais des croquis dans les souks et dans ‘'Parada'', l'ancienne gare routière.
J'ai découvert plus tard l'art conceptuel au Musée CAPC de Bordeaux, et l'expression plastique à l'école des Beaux-Arts de Bordeaux.
Pendent l'été 1997, au coucher du soleil sur la plage de Saïdia, je discutais avec les pêcheurs ‘'Bouhout'', soudain j'ai aperçu une barque se dirigeant vers le large. Elle m'a intrigué, et j'ai posé cette question à l'un des pêcheurs :
« Tu vois cette barque ? Qui peut pêcher à cette heure-ci ? »
Dans le calme de la mer, malgré quelques petites vaguelettes, la petite voix de Bouhout m'a répondu :
« Ce sont des ‘'Harraguas'' !»
Tu plaisantes ?, ai-je dit
– Non, c'est la vérité. »
Cette scène m'a choqué, bouleversé. J'en ai éprouvé un sentiment de solitude, de culpabilité et de tristesse. L'horizon était vide, et j'ai pensé au fameux discours de Tarik ibn Ziyãd, haranguant l'armée ; et au travail du peintre sculpteur Théodore Géricault, Le radeau de la Méduse. A mon retour à Bordeaux, j'avais senti le besoin de me libérer par l'expression artistique. C'est ainsi que j'ai réalisé quatre tableaux : ‘‘Lhrrigue'', « Tanger'', « L'aube", « el Boulici''.
-Comment s'est produit le passage de l'abstraction à la figuration en 1997 ?
-Le jour le plus noir de la même année, ce jour-là j'ai perdu mes deux sœurs dans un terrible accident de la circulation au Maroc. J'ai été traumatisé par cette tragédie. De nouveau j'ai affronté ce que j'avais oublié depuis que j'avais quitté mon pays en 1987. Dans cette tragédie, j'ai vécu les horreurs dans des hôpitaux publics. Des va-et-vient, chagrin, stress, déprime et colère. J'avais l'impression d'être abandonné par mon propre pays, dans une jungle, entouré par des vautours affamés.
Cela explique mon escapade vers le pays qui allait m'accueillir, la France. Dans mon atelier, j'ai sorti mes pinceaux et mes gouaches. Après cette souffrance, que peindre ? J'ai fait des œuvres figuratives représentant la réalité de la vie quotidienne au Maroc. C'était l'expression d'un peintre libre.
J'étais dans un état de transe, j'étalais au sol de vieux draps, des toiles et des papiers. Je voulais juste m'exprimer non devenir un vulgaire courtisan, créant des œuvres destinées à satisfaire les goûts de ses clients et à flatter leur vanité. J'étais loin des styles et des modes.
Voici ce qu'a écrit Jean-Paul Michel sur mon travail :
« ...Son savoir-faire est étonnant. En témoignent de parfaits dessins classiques. Il l'aura acquis d'école en école, des Beaux-Arts de Tétouan aux Beaux-Arts de Bordeaux, perfectionné par une longue pratique. Mais, ne cédant ni à l'illusion juvénile qui donne à croire à trop d'ambitieux jeunes gens peu préparés pour ce voyage que l'on est d'autant plus libre en art que l'on y est plus ignorant ; ni non plus à l'illusion scolaire qu'il suffirait d'avoir appris pour savoir, et d'être capable d'imiter pour pouvoir, il a fait fond avec finesse sur la réalité qui était la sienne, comme peintre et comme exilé, comme enfant pétri de nostalgie non moins que comme un moderne citoyen de l'universelle république des arts... »
– Dans votre démarche on a pu évoquer un figuratif « naïf » tandis que vous parlez d'un ressourcement dans la culture et l'imagerie populaires. De quoi s'agit-il au juste ?
- Tout simplement je voudrais revenir à une peinture loin des styles et les écoles, une expression pure et simple. J'ai évoqué plusieurs tragédies dans mon passé. Je ferme les yeux et je continue à peindre des formes abstraites ou des paysages comme quand j'étais étudiant à l'école de Tétouan ...« Si l'art ne nous brûle pas « vraiment », il serait « comédie ».
Abdellatif Abboubi, a lui aussi écrit :
«... On croirait d'emblée en contemplant les travaux d'Abdelkrim Srhiri qu'on a affaire à une expression visuelle naïve. Pas du tout, vous réplique-t-il. C'est un travail d'une extraordinaire densité, engageant aussi bien la forme que le contenu. Toutes ses préoccupations artistiques sont en effet orientées vers la recherche constante d'un langage plastique neuf, d'une forme picturale authentique qui peut le mieux, explique-t-il, exprimer l'imaginaire, le visu populaire maghrébin...)
-Quelle place du quotidien, du temps, de la femme dans votre démarche artistique ?
-Je peins le corps de la femme en blanc qui est la couleur de la djellaba des hommes, avec un fez rouge. Cette image féminine - masculine traduit, pour moi, la place de la femme dans la société marocaine.
-Pour Srhiri, que représente le Maroc dans le rapport à la création ?
-Yves Bonnefoy disait : « Et mieux vaut le peintre de la déréliction mais aussi de la nostalgie que l'orgueil du signe à n'être que soi, sur une terre qui se disloque. ».
Créer, c'est résister, je ne peux pas échapper à mon vécu ni à mon passé au Maroc. Un artiste crée malgré la distance qui le sépare de son pays. « Une nouvelle conception de la réalité et une nouvelle accumulation d'énergie créatrice. »
Quelquefois, je rends visite à ma famille et mes amis dans mon pays. Comme on dit « Je recharge les batteries ». Je me promène et j'observe les changements positifs, qui me réconfortent, mais aussi les changements négatifs, qui heurtent mes sentiments. Ces états me rendent créatif pour exprimer ma colère et ma souffrance sur divers sujets.
Pendant les années quatre-vingts et au début des années quatre-vingt-dix, au Maroc comme à Bordeaux, je me promenais au calme dans la nature. Actuellement, je puise mes sources d'inspiration dans le vacarme des villes, dans les cafés et les bars, (Errances intérieures).
Mes lectures des magazines sur l'art, des livres, et les événements du monde et les faits de la vie quotidienne nourrissent mes émotions... Cette accumulation d'angoisse, je l'exprime dans un langage artistique.
-Vivre et travailler à Bordeaux est-ce un exil volontaire ou une manière de fuite pour prendre du recul par rapport au passé intime ?
-Ce n'est pas un exil ni une fuite, c'est un choix, pour continuer à exercer une expression libre et sans contrainte. Partir à l'étranger, c'est un rêve. Un rêve pour la plupart des jeunes marocains. Partir chercher fortune dans un ailleurs improbable ?...
-Quelle évolution a connu votre rapport à la matière ?
-Je récupère ou bien j'achète du fil de cuivre, le bois, la toile, la terre, la peinture, la colle et le papier. Cette source me permet de constituer un vocabulaire, un langage plastique, conceptuel ou figuratif. Mon histoire avec la matière vient de mes souvenirs d'enfance, au Maroc. La terre, le bois, le cuivre étaient dans mon enfance un moyen de jeu pour m'exprimer, créer une sculpture, une forme, ou bien dessiner un signe.
Le cuivre représente la chaleur, la lumière, la couleur, la vitesse et la communication. J'utilise le cuivre dans mon travail comme une couleur, une matière, une matière qui nous rapproche les uns des autres.
Le bois cassé et relié par le fil de cuivre montre une force, une répétition de la matière qui crée le temps et la couleur du support.
-On vous voit souvent dans des manifestations participatives avec des enfants. Est-ce que la dimension pédagogique fait partie de votre démarche ?
-Dans la région d'Aquitaine, l'artothèque du Conseil Général de Gironde diffuse les œuvres des artistes dans les écoles de la commune. Les artistes sont invités pour animer les ateliers d'art visuel auprès des enfants. J'ai animé d'autres ateliers dans écoles, au musée CAPC de Bordeaux, et dans des bibliothèques.
Je trouve ces expériences enrichissantes pour les enfants et pour les artistes.


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