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Affaire Salaheddine Mezouar ou du principe de non ingérence dans les affaires intérieures d'un Etat
Publié dans Maroc Diplomatique le 22 - 10 - 2019

La démission de Salaheddine Mezouar, désormais, ancien président de la Confédération générale des entreprises marocaines, a donné lieu, dès l'annonce – pratiquement concomitante- du communiqué du ministère des affaires étrangères du Royaume, à un véritable emballement médiatique. Dans ce dernier, on pouvait y lire : « la CGEM ne peut se substituer au gouvernement de SM le Roi dans la prise de position sur les questions internationales et notamment le développement dans le pays voisin».
En effet, « l'ancien ministre des Affaires Etrangères du Royaume » sans doute exaspéré par le peu de convergence, et les maigres évolutions positives de la position algérienne, sur maintes questions touchant aux rapports bilatéraux, la situation régionale et internationale, n'a pas manqué de donner son sentiment sur la situation interne qui prévaut en Algérie, en ce moment crucial de son histoire.
Salaheddine Mezouar n'est certes pas homme à s'interroger sur la nature du pouvoir, ses manifestations, ses formes d'expression, les lieux où il s'incarne, officiels ou cachés, ou ses modes de domination. C'est un homme connu pour son expérience, qui a arpenté les allées du pouvoir, qui était censé en connaitre les codes, les subtilités et les nuances, un homme qui savait ; mais sa sortie au policy conference, c'était le pas de trop, à ne pas franchir.
Tout au long de son règne, le Roi Mohammed VI, s'est astreint fidèlement à cette ligne de non-ingérence sur le plan de la politique intérieure de notre voisin algérien, poussant cette neutralité encore plus loin, que ses augustes prédécesseurs. Toucher au champ politique des développements internes du pays voisin aurait constitué une rupture du protocole observé depuis des décennies, par le Royaume. D'ailleurs, le principe de non-ingérence trouve son fondement dans la Charte des Nations Unies plus spécialement en son article 2, principe 7, qui dit : « Aucune disposition de la présente Charte n'autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un Etat ni n'oblige les membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte ».
Force est de constater que depuis son intronisation en 1999, le Roi Mohammed VI a toujours mené des actions de main tendue en direction de l'Algérie. De nombreux messages royaux ont appelé la normalisation des relations et une sortie de l'impasse qui perdure entre les deux pays. A chaque occasion, le Souverain insistait sur l'engagement sincère du Maroc « garder la main tendue en direction des frères en Algérie », messages solennellement, repris, encore récemment, lors de la célébration du 20è anniversaire de son accession au Trône, déclarant en substance : «fidèles en cela aux liens de fraternité, de religion, de langue, et de bon voisinage, qui unissent depuis toujours nos deux peuples frères. Cette foi profonde dans la communauté de destin, sous-tendue par une histoire et une civilisation communes, nous incite à œuvrer, avec espoir et optimisme, à la réalisation des aspirations à l'unité, à la complémentarité et à l'intégration ».
De son côté, le président algérien ne manquait pas d'exprimer « ses chaleureuses félicitations et meilleurs vœux de bonheur, de santé et de bien-être au Roi Mohammed VI et l'auguste famille royale, et de souhaiter davantage de progrès et de prospérité au peuple marocain frère, sous la conduite éclairée du Souverain», réaffirmant sa « ferme détermination de travailler à la consolidation des liens de fraternité et de solidarité qui lient les deux peuples » et sa volonté « d'œuvrer de concert » avec le Maroc « pour ancrer les relations bilatérales basées sur le respect mutuel, au mieux des aspirations des deux peuples au progrès, au développement et à la prospérité ».
De même était mis en avant, le souvenir des « pages glorieuses de l'histoire et les grands sacrifices consentis par les Marocains, sous la conduite de feu le Roi Mohammed V, que Dieu ait son âme, et qui ont été couronnés par le recouvrement de l'indépendance et de la souveraineté du peuple marocain frère ». C'est ce discours qui structure et interagit sur notre mémoire collective et qu'entre l'Algérie et le Maroc, rien ne saurait se mettre au travers, et surtout pas les acteurs extérieurs. Le regard que nous portons les uns sur les autres, entre état voisin, est un regard égalitaire : même culture, même niveau, même profil social.
Dans un contexte global de menaces, de guerre larvées, de renforcement menaces de la faiblesse comme de la force, de la dynamique et le poids des opinions dans un monde connecté, dont il faut en considérer les émotions. Toute cette grammaire maghrébine, Salaheddine Mezouar la connaissait par cœur, il en était l'auxiliaire enthousiaste, du temps où il exerçait à la tête du département des affaires étrangères ; mais, nuance, il n'était pas la tête de la diplomatie marocaine; celle-ci est l'affaire du gouvernement, du conseil des ministres, de Sa Majesté le Roi, en premier ressort.
Alors pourquoi ce faux pas, cette bourde, cette gaffe, ce timing ? Je sais qu'on a l'habitude au Maroc, et un peu partout, de prêter aux dirigeants des petitesses qui les font momentanément descendre au niveau de ceux qui les jugent et qui les envient. On appelle cela les contrastes de la nature humaine. Devrait-on croire Cette légende ? Je suis persuadé que Salaheddine Mezouar obéissait à une pensée d'un tout autre ordre. II y a, lorsqu'on décrypte le communiqué du ministère des affaires étrangères, concernant la déclaration de Salaheddine Mezouar – il s'agit- d'une faute capitale, qui heurte les idéaux, qui contrarie les projets et les ambitions du Maroc.
En effet, Sa Majesté le Roi, entreprend, au milieu des plus grands obstacles, de constituer l'unité de la nation, l'intégrité territoriale, la paix et la concorde avec le voisin frère, et l'union du Maghreb. Comme tous les grands hommes d'Etat qui ont marqué l'histoire, il en sait une exigence ; il veut que toutes les forces vives de son pays concourent à l'accomplissement de son œuvre. Ainsi il en est de ses convictions incarnées dans ses discours, pour donner à notre pays la vision, les moyens et l'énergie pour accomplir son dessein, d'établir des liens de confiance basés sur la détente, l'entente et la coopération avec l'Algérie. Sa seule arme, c'est le soft power, une politique douce, qui s'avance, porteuse d'une capacité à faire partager des valeurs. Il y a également une histoire qui avance, on prend un pas de côté, une histoire qui avance en crabe et non de façon linéaire.
Salaheddine Mezouar ne peut ignorer que l'Algérie est un pays tenu par l'armée, gardienne de la souveraineté nationale, détentrice de la légitimité historique, symbole de la continuité et de la pérennité de l'Etat. L'Algérie se débat en ce moment justement, dans les mille difficultés que lui créent les mouvements tectoniques communautaires, une vacance momentanée du pouvoir civil, une agitation intérieure grandissante, une armée sur le qui-vive, une main invisible de l'extérieure qui alimente et appelle la sédition. Tous les ingrédients sont là pour appeler et dénoncer un complot fomenter de l'extérieur.
Le Maroc est dans le collimateur des adversaires irréductibles. II y a dans cette situation, dans cette conjoncture de mesquines jalousies de part et d'autres, qui abaissent ce qui est en haut, ce qui est voulu par la plus haute autorité du pays qui incarne ce faisant toutes les espérances de son peuple. Nous ne voulons plus tomber dans les pièges de la manipulation systématique, de l'irresponsabilité, des décisions improductives, qui sous l'ère de Driss Basri, grand ordonnateur du système sécuritaire totalitaire qui prévalait au Maroc, avait vite fait de conclure, après l'attentat de l'hôtel Atlas Isni, en 1994, que celui-ci aurait été formellement fomenté par les services secrets algériens.
Certes, ceux-ci n'étaient pas des enfants de chœur, eux aussi avaient à en revendre. Mais on en connait la suite et les conséquences néfastes de ces manipulations et déclarations, non corroborée par les faits. Ce sont des centaines de milliers de personnes de part et d'autre de la frontière, qui du jour au lendemain se sont vus interdire de rejoindre les leurs, assistant impuissants à la fermeture systématique des frontières, entre les deux pays.
Cela, fait 25 ans que cela dure, alors que les populations, les sociétés civiles, et nombre de nos dirigeants de part et d'autre appellent la réouverture des frontières. Sa Majesté, en visionnaire, simplement, loyalement, franchement, appelle à transcender tous ces obstacles en tendant la main au voisin algérien. Certes, nombre de dirigeants algériens, n'entendent pas le cri désespéré des familles, comme ils n'ont pas entendu le bruit des bravos et les applaudissements du peuple marocain, devant la victoire de l'équipe algérienne à la coupe des nations. Ce succès était aussi le nôtre.
Quoi ! C'est au moment où le Roi essaie au nom d'une multitude de facteurs, du sens et de l'intérêt supérieur, de rapprocher les deux pays, tandis que les conspirations internes et externes sont à l'œuvre pour empêcher ce rapprochement, que Salaheddine Mezouar qui doit tout à son Roi, ne fût-ce que par reconnaissance, ne se doutait certainement pas du mal qu'il faisait à son pays. C'est en un pareil moment qu'il vient exalter sur une scène publique, devant un forum international, et des dizaines de cameras, qui diffusent en continu l'événement, qu'il choisit pour faire une sortie médiatique funeste à bien des égards. Ailleurs, cela aurait été pris pour une conspiration. II aurait pu s'en tirer avec autant de franchise que d'habileté. Ce qu'on appelle aujourd'hui le langage académique, l'art si difficile de dire la vérité avec toute la sincérité, toute la courtoisie, et toute la finesse possibles. Il a choisi la voie la plus dangereuse, en gênant par ses déclarations les desseins du Royaume, en voulant s'impliquer au nom d'une institution, dans les affaires internes d'un Etat Souverain.
Par Omar Hasnaoui Chaoui
Président fondateur
Fondation Hélios pour le dialogue et le développement durable


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