L'annonce est tombée jeudi, confirmée par la télévision publique : le président Abdelmadjid Tebboune a nommé Sifi Ghrieb premier ministre par intérim, mettant un terme aux fonctions de Nadir Larbaoui. Ce dernier n'aura tenu que quelques mois, succédant en novembre 2023 à Aïmene Benabderrahmane, déjà écarté sans ménagement. Trois chefs de gouvernement en moins d'un an : une valse ministérielle qui illustre la profonde instabilité politique du pouvoir algérien. Ce nouveau remplacement s'inscrit dans une séquence récurrente où le Palais d'El Mouradia peine à trouver un équilibre durable. L'arrivée de Sifi Ghrieb, ancien ministre de l'Industrie et de la Production pharmaceutique, ne doit pas masquer la réalité : loin d'incarner un cap politique nouveau, cette nomination traduit l'incapacité du régime à stabiliser son exécutif. L'Algérie s'enferme ainsi dans une mécanique de remaniements rapides, qui fragilise encore la crédibilité de ses institutions. Cette instabilité contraste fortement avec les ambitions régionales affichées par Alger. En Afrique, le pays aspire à se poser en puissance incontournable, notamment en matière énergétique et sécuritaire. Mais sur le plan intérieur, la fragilité institutionnelle renvoie l'image d'un Etat empêtré dans ses propres contradictions. Comment prétendre incarner une force de stabilité sur le continent, lorsque l'exécutif ne parvient pas à maintenir sa propre cohésion ? Cette dissonance est relevée par plusieurs observateurs africains et internationaux, qui doutent de la capacité d'Alger à tenir sur la durée un rôle de leadership. Lire aussi : Valise diplomatique : L'Algérie fragilise un principe intangible des relations internationales Les changements successifs au sommet de l'Etat surviennent dans un contexte de crispations économiques et sociales. La dépendance persistante aux hydrocarbures accentue la vulnérabilité du pays, surtout en période de fluctuations des cours mondiaux. Les tensions budgétaires, l'inflation, la faiblesse des réformes structurelles et la défiance politique alimentent un climat de mécontentement. Dans ce contexte, la désignation d'un technocrate comme Sifi Ghrieb pourrait apparaître comme une tentative de rassurer, mais sans ligne directrice claire, la stabilité reste incertaine. À l'international, les chancelleries observent avec prudence. La répétition de ces nominations donne le sentiment d'un système politique en mouvement permanent, incapable de proposer une vision stratégique cohérente. Pour des partenaires africains et européens qui comptent sur Alger comme acteur énergétique et sécuritaire, ces secousses internes jettent une ombre sur la fiabilité du pays. Le paradoxe algérien apparaît alors au grand jour : un Etat qui revendique un rôle de puissance régionale, mais dont l'instabilité chronique limite considérablement la portée diplomatique et stratégique.